Armée : 2 milliards d’euros pour 7 000 camions, un pari industriel stratégique

En injectant 2 milliards d’euros dans la modernisation de ses camions, l’armée de Terre relance un pan entier de la filière industrielle terrestre. Ce méga-contrat confié à Arquus et Daimler Truck traduit un recentrage sur la souveraineté productive française, dans un contexte d’incertitude géopolitique croissante et de pression budgétaire accrue.

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By Rédaction Published on 16 janvier 2026 15h50
Arquus Camions
Armée : 2 milliards d’euros pour 7 000 camions, un pari industriel stratégique - © Economie Matin
10 ansLa durée prévue de plus de dix ans permet un lissage budgétaire.

Le 15 janvier 2026, le ministère des Armées a officialisé un contrat majeur de 7 000 camions militaires pour l’armée de Terre. Attribué à un duo industriel franco-allemand composé d’Arquus et de Daimler Truck, ce programme baptisé PL6T s’inscrit dans une double logique : moderniser une flotte vieillissante tout en soutenant la base industrielle terrestre française. Ce contrat, estimé à 2 milliards d’euros, marque un tournant budgétaire dans l’investissement logistique de la défense.

Un marché structurant pour la BITD française

Le contrat PL6T représente l’une des plus importantes commandes logistiques jamais passées par la France. Pour un montant global de 2 milliards d’euros, l’État engage une planification industrielle sur plus de dix ans, visant à remplacer des camions Renault datant parfois des années 1980.

Le programme repose sur la fourniture de 7 000 camions Zetros, produits en configuration 6×6, avec une charge utile de six tonnes. Les véhicules seront d’abord assemblés dans les usines Daimler Truck à Wörth (Allemagne) et Molsheim (France). Ensuite, la militarisation, l’intégration des systèmes de protection, et l’armement seront assurés sur les sites d’Arquus à Limoges, Garchizy et Saint-Nazaire.

Ce schéma de production constitue un soutien décisif à la base industrielle de défense française (BITD). Il mobilise des filières critiques telles que le blindage, la mécatronique et le soutien en service (MCO), souvent menacées de sous-charge ces dernières années.

Le PDG d’Arquus, Emmanuel Levacher, l’a souligné : « En collaboration avec Daimler Truck, nous fournissons à l’armée française une solution robuste, moderne et durable qui répond aux besoins opérationnels à long terme ».

Un levier économique au service de la souveraineté

En plus de répondre en partie aux besoins militaires, cette commande répond à un impératif économique et politique : réancrer les productions stratégiques en France, tout en réduisant la dépendance extérieure sur les moyens logistiques. En choisissant un montage industriel équilibré entre l’Allemagne et la France, le ministère des Armées privilégie une approche de co-souveraineté industrielle, alignée sur les orientations de la Loi de programmation militaire (LPM 2024–2030).

Le programme PL6T intervient aussi dans un contexte où l’investissement dans les infrastructures de défense est redevenu une priorité budgétaire nationale, notamment face aux défis de la haute intensité. Le ministère vise une hausse de 40 % du budget défense d’ici 2030, dont une large part destinée à l’équipement terrestre.

Pour Thierry Renaudin, PDG de John Cockerill Defense, ce contrat est autant une avancée technique qu’un signal stratégique : « Nous sommes fiers de recevoir la confiance renouvelée du ministère des Armées, surtout que le programme PL6T revêt une importance majeure pour les forces armées françaises ».

À terme, ces camions pourraient générer des centaines d’emplois indirects dans les territoires où Arquus est implanté. L’entreprise, filiale du groupe Volvo, y dispose de sites historiquement spécialisés dans le soutien blindé et la militarisation des plateformes civiles.

Entre rentabilité et dépendance : une coopération franco-allemande sous surveillance

Si le contrat est salué pour ses retombées économiques, certains analystes alertent sur la part importante confiée à Daimler Truck, en particulier pour la fabrication initiale des châssis. L’assemblage des bases Zetros à Wörth, siège industriel de Daimler en Allemagne, pose la question de la dépendance amont pour un équipement jugé critique en cas de rupture stratégique.

Pour autant, la répartition contractuelle semble répondre à une logique d’efficacité industrielle. Daniel Zittel, Directeur des ventes Défense chez Daimler Truck, défend cette approche : « Ce programme est bien plus qu’un simple contrat ; c’est un exemple de ce que la coopération européenne peut accomplir ».

La rentabilité du programme repose aussi sur la standardisation et la mutualisation des pièces, avec des économies d’échelle permises par une production longue. La durée prévue de plus de dix ans permet un lissage budgétaire, évitant une pression excessive sur les finances publiques tout en garantissant un socle d’activité durable aux sous-traitants.

Par ailleurs, les perspectives d’exportation de la version militarisée du Zetros par Arquus pourraient renforcer la balance commerciale de la filière, si l’entreprise obtient les autorisations nécessaires du ministère de l’Économie et de la Défense.

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