Réseaux sociaux : Meta à nouveau menacée de démantèlement

La décision de la FTC de faire appel contre Meta relance un affrontement majeur autour du monopole dans les réseaux sociaux aux USA, après une victoire judiciaire décisive du groupe en novembre 2025. Derrière cette procédure, c’est l’avenir de la concurrence numérique et la place d’Instagram et Facebook dans l’écosystème mondial qui se jouent.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 21 janvier 2026 7h37
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Réseaux sociaux : Meta à nouveau menacée de démantèlement - © Economie Matin
1520 MILLIARDS $La capitalisation de Meta est estimée à 1520 milliards de dollars.

Le 20 janvier 2026, la Federal Trade Commission américaine a officiellement annoncé qu’elle ferait appel de la décision rendue le 18 novembre 2025 par un tribunal fédéral de Washington, une décision qui avait rejeté ses accusations de monopole contre Meta. Ce rebondissement marque une nouvelle étape dans l’un des dossiers antitrust les plus emblématiques des USA, où la question de la concurrence sur les réseaux sociaux demeure centrale.

Accusations de monopole : ce que la FTC reprochait à Meta

Depuis 2020, la FTC accuse Meta d’avoir construit et consolidé un monopole illégal sur les réseaux sociaux personnels. Selon l’agence américaine de la concurrence, le groupe n’aurait pas dominé le marché par l’innovation seule, mais en rachetant des concurrents identifiés comme des menaces stratégiques. Les acquisitions d’Instagram en 2012 et de WhatsApp en 2014 constituent le cœur du dossier, la FTC estimant qu’elles ont neutralisé toute pression concurrentielle durable, selon Reuters.

Pour l’autorité américaine, cette stratégie aurait privé les consommateurs d’alternatives crédibles, renforçant ainsi un monopole dans les réseaux sociaux aux USA. La FTC soutient que Meta a conservé une position dominante et des profits records non par une concurrence loyale, mais par l’élimination de rivaux potentiels, a expliqué Daniel Guarnera, directeur du Bureau de la concurrence de la FTC, dans un communiqué officiel daté du 20 janvier 2026. Selon l’agence, cette concentration aurait également freiné l’innovation, un argument central dans les débats sur la concurrence dans le domaine du numérique.

Le régulateur réclamait donc un remède radical. La procédure engagée visait explicitement une restructuration du groupe, pouvant aller jusqu’à une cession forcée d’Instagram et de WhatsApp. Une telle décision aurait profondément bouleversé l’équilibre des réseaux sociaux mondiaux, en remettant en cause le modèle de croissance externe qui a fait la puissance de Meta. Pour la FTC, seule une action forte pouvait restaurer une concurrence effective face à un monopole jugé nocif pour le marché américain.

La décision de justice de novembre 2025, un revers majeur pour la FTC

Le 18 novembre 2025, le juge fédéral James Boasberg a pourtant rejeté les accusations de monopole portées par la FTC contre Meta. Dans sa décision, il a estimé que l’agence n’avait pas apporté la preuve suffisante que Meta détenait un pouvoir monopolistique illégal sur le marché pertinent des réseaux sociaux personnels, selon Associated Press. Cette analyse s’est appuyée notamment sur la difficulté à définir précisément le marché concerné, un point central du droit de la concurrence aux USA.

Le tribunal a souligné que l’environnement concurrentiel avait profondément évolué depuis les rachats d’Instagram et de WhatsApp. L’émergence de plateformes concurrentes, telles que TikTok ou YouTube, a été prise en compte pour relativiser la position de Meta. Pour le juge, cette dynamique rendait plus complexe la démonstration d’un monopole durable et incontestable dans les réseaux sociaux, malgré la taille et l’influence de Facebook et d’Instagram, explique The Verge.

Cette décision a été vécue comme une victoire stratégique pour Meta. Le groupe a salué un jugement reconnaissant, selon ses termes, la concurrence intense à laquelle il fait face. Andy Stone, porte-parole de Meta, a déclaré que le rejet des arguments de la FTC confirmait la réalité d’un marché disputé. À ce stade, le tribunal n’a donc pas validé la thèse selon laquelle les acquisitions passées auraient créé un monopole illégal aux USA, infligeant un revers majeur à l’autorité de concurrence.

Pourquoi la FTC fait appel et quels risques pèsent encore sur Meta

Malgré ce revers, la FTC a choisi de ne pas clore le dossier. Le 20 janvier 2026, l’agence a annoncé son intention de faire appel devant la cour fédérale d’appel du district de Columbia. Pour la FTC, la décision de novembre 2025 ne reflète pas correctement les preuves présentées lors d’un procès de six semaines, selon The Verge. L’autorité estime que les éléments du dossier démontrent toujours l’existence d’un monopole construit par des acquisitions anticoncurrentielles dans les réseaux sociaux.

Dans son communiqué officiel, la FTC affirme que Meta a violé le droit de la concurrence en rachetant Instagram et WhatsApp, et que les consommateurs américains en ont subi les conséquences. Joe Simonson, porte-parole de l’agence, a rappelé que l’appel vise à faire reconnaître ces violations et à rétablir une concurrence effective aux USA, selon Reuters. Pour le régulateur, l’enjeu dépasse le cas Meta et concerne la capacité des autorités à agir contre des positions dominantes dans l’économie numérique.

Pour Meta, cet appel prolonge une incertitude juridique lourde de conséquences. Même si la décision de novembre 2025 a écarté l’accusation de monopole à ce stade, une victoire de la FTC en appel pourrait rouvrir la voie à des sanctions structurelles. La perspective d’une séparation d’Instagram ou de Facebook demeure donc théorique mais non exclue, ce qui constituerait un choc stratégique pour le groupe.

L’appel introduit également un risque politique et réglementaire. La FTC entend montrer qu’elle ne renonce pas à combattre les situations de monopole, même après une défaite judiciaire. Pour Meta, la répétition de ces contentieux pèse sur son image et sur sa capacité à mener de nouvelles acquisitions.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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