Passer de l’intention à l’action : pour une stratégie Zero Trust dynamique et efficace

À l’heure où les organisations multiplient les environnements hybrides, multi-cloud et distants, les approches traditionnelles de cybersécurité fondées sur des périmètres fixes montrent leurs limites. Dans ce contexte, le modèle Zero Trust — fondé sur le principe « ne jamais faire confiance, toujours vérifier » — s’est imposé comme un cadre stratégique essentiel.

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By Pascal Beurel Published on 31 janvier 2026 8h36
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Passer de l’intention à l’action : pour une stratégie Zero Trust dynamique et efficace - © Economie Matin
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Cependant, malgré sa forte adoption conceptuelle, de nombreuses implémentations restent figées dans une approche statique qui vérifie une seule fois l’identité ou la posture d’un appareil avant de considérer qu’il est fiable. La réalité des menaces — vol d’identifiants, mouvements latéraux, compromission de sessions — exige une posture bien plus dynamique et continue de défense.

Comprendre le Zero Trust : au-delà d’un principe, une architecture vivante

Le modèle Zero Trust repose sur l’idée que rien dans le réseau n’est intrinsèquement digne de confiance, qu’il s’agisse d’un utilisateur, d’un appareil ou d’une application — qu’ils soient internes ou externes. Chaque requête d’accès doit être continuellement vérifiée, que ce soit au moment de l’authentification, de l’accès à une application ou lors de mouvements latéraux invisibles.

Mais Zero Trust ne se limite pas à une série de contrôles ponctuels : c’est une architecture structurée qui englobe l’inventaire et la connaissance de tous les utilisateurs, appareils et flux de données, la définition de “protect surfaces” et de politiques d’accès fondées sur le moindre privilège, l’authentification renforcée et l’autorisation adaptative, la micro-segmentation pour limiter les mouvements latéraux, et la surveillance et la validation continues.

Ce cadre doit être vivant et adapté en temps réel, car les actifs et les menaces évoluent en permanence. Sans une boucle de rétroaction constante, les politiques deviennent obsolètes et la sécurité se fragmente.

La visibilité : fondement indispensable du Zero Trust dynamique

La pierre angulaire de toute stratégie Zero Trust n’est pas une technologie isolée, mais la visibilité — c’est-à-dire la capacité à voir et comprendre ce qui se passe réellement sur le réseau, dans le cloud, entre les segments et à l’intérieur du trafic chiffré.

Dans les architectures modernes, les blind spots — zones invisibles pour les outils de sécurité — constituent des opportunités pour les attaquants : le trafic est de plus en plus chiffré, rendant aveugle l’inspection classique ; les communications East-West (entre segments internes) échappent souvent aux contrôles ; et les environnements hybrides et multi-cloud multiplient les “zones d’ombre”.

Pour qu’une politique de confiance continue soit appliquée, il faut voir le comportement des entités en temps réel, analyser les flux et corréler les signaux issus de multiples sources (identité, réseau, endpoint, cloud). Sans cette visibilité, Zero Trust reste un concept abstrait : les contrôles reposent sur des données incomplètes et les décisions de sécurité peuvent être basées sur des informations obsolètes.

De la théorie à la pratique : une défense vivante contre les menaces persistantes

Une mise en œuvre réussie du Zero Trust ne se contente pas de définir des règles et des contrôles, elle intègre un cycle continu de surveillance, d’évaluation et d’adaptation. C’est ce que certains experts qualifient de “Living Defense” : une posture qui, à l’image du gardien mythique Heimdall, ne se contente pas de vérifier une seule fois, mais scrute constamment chaque accès et comportement.

Cette approche s’articule autour de plusieurs capacités clés. D’abord, le monitoring et la corrélation en temps réel, qui consiste à détecter les anomalies, comportements suspects ou déviations de posture dès qu’ils apparaissent. Ensuite, la révision et adaptation des politiques, qui vise à s’assurer que les politiques de moindre privilège restent pertinentes au fil des changements d’applications ou d’infrastructures. La visibilité sur les segments internes et le trafic chiffré s’avère également incontournable, pour repérer les mouvements latéraux et les menaces cachées ; enfin, l’enrichissement du contexte pour les décisions d’accès : mêler identité, posture des appareils, comportement historique et contexte de session.

Cette dynamique transforme le Zero Trust d’outil statique à système de défense adaptatif, capable d’évoluer face à des attaques de plus en plus sophistiquées.

Le Zero Trust n’est pas une finalité immuable, mais une posture active, adaptative et fondée sur la visibilité. Dans un monde où les frontières traditionnelles du réseau ont disparu, où les menaces exploitent la complexité et la rapidité des environnements numériques, la cybersécurité doit elle-même devenir vivante. Les organisations qui réussiront à transformer leurs principes en une stratégie Zero Trust pleinement dynamique — basée sur une observabilité avancée et continue de leurs réseaux — seront mieux armées pour prévenir, détecter et contenir les compromissions avant qu’elles ne deviennent des crises. La question n’est donc plus “Faut-il adopter Zero Trust ?”, mais “Sommes-nous capables de voir suffisamment pour le rendre réel ?”.

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Pascal Beurel est Directeur Technique Europe du Sud chez Gigamon – société spécialisée dans la visibilité réseau

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