À Paris, l’administration Trump a brandi une menace lourde de conséquences : quitter l’Agence internationale de l’énergie si l’organisation persiste à placer le climat au cœur de ses scénarios. Derrière les mots, un affrontement stratégique sur l’avenir de l’énergie mondiale et la place des États-Unis dans la gouvernance internationale.
Climat : les USA menacent (encore) de quitter l’AIE

Le 17 février 2026, à Paris, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a publiquement mis en cause l’orientation de l’Agence internationale de l'énergie. Selon Reuters, il a averti que les États-Unis pourraient quitter l’agence si celle-ci reste trop centrée sur les politiques climatiques, lors d’une déclaration faite en marge d’une réunion ministérielle.
Énergie et AIE : la mise en garde directe de Chris Wright
L’attaque vise en particulier les scénarios dits de neutralité carbone. « Washington n’a pas besoin d’un scénario de neutralité carbone et pourrait partir si l’agence insiste pour être dominée par des éléments liés au climat », a déclaré Chris Wright, selon Reuters. Le message est clair : pour l’administration Trump, l’énergie doit d’abord répondre à des impératifs de sécurité et de production.
Bloomberg Law souligne que le secrétaire à l’Énergie avait renchéri. « Nous ne sommes absolument pas satisfaits », a-t-il affirmé. Il a ajouté que l’agence devait mener des réformes pour que les États-Unis restent membres à long terme. La menace n’est pas rhétorique : elle s’inscrit dans une stratégie de pression assumée sur l’architecture de l’énergie internationale.
Énergie et lutte pour le climat : un désaccord de fond avec l’administration Trump
Cette offensive sur l’énergie s’inscrit dans une séquence politique plus large. Quelques jours plus tôt, le 12 février 2026, l’Agence de protection de l’environnement américaine a finalisé l’abrogation du « endangerment finding » de 2009, fondement juridique central de la régulation des gaz à effet de serre. Ce texte, adopté en 2009, permettait à l’État fédéral de réguler les émissions au titre du Clean Air Act.
Le président Donald Trump a qualifié cette décision de « la plus grande action de déréglementation de l’histoire américaine, et de loin », selon l’Associated Press. Dans la foulée, l’EPA a annoncé vouloir proposer un report de deux ans d’une règle adoptée sous l’ère Biden visant les émissions de gaz à effet de serre des voitures et pick-up légers.
Dans ce contexte, la ligne de fracture avec l’AIE devient manifeste. L’agence, fondée en 1974 après le choc pétrolier de 1973, regroupe aujourd’hui 31 pays membres. Elle publie régulièrement des scénarios de transition vers une énergie bas carbone et évoque l’objectif de neutralité à l’horizon 2050 afin de contenir le réchauffement à 1,5 °C. Or, pour Chris Wright, cette orientation dénature la mission première de l’organisation.
La bataille autour de la mission de l’agence
Chris Wright a été encore plus direct. « C’est une politique folle. Les groupes de défense du climat peuvent faire ce qu’ils veulent, mais on ne peut pas avoir de militantisme climatique au sein d’un groupe honnête consacré à la sécurité énergétique. », selon la dépêche AFP.
L’enjeu est institutionnel. L’AIE, dont le siège est à Paris, tient les 18 et 19 février 2026 sa réunion ministérielle annuelle. La session est présidée par la ministre néerlandaise Sophie Hermans, tandis que le directeur exécutif Fatih Birol en est l’hôte. À ce stade, la présence américaine reste acquise, mais la tension est palpable.
En réalité, la menace de retrait n’est pas nouvelle. Déjà en 2025, Chris Wright évoquait la possibilité de « réformer ou se retirer » de l’agence, selon des propos rapportés à l’époque. La répétition de cette ligne montre une stratégie de négociation par la pression. Toutefois, quitter l’AIE signifierait pour Washington se priver d’un outil clé de coordination en cas de crise d’approvisionnement, précisément le cœur historique de l’organisation.
Énergie mondiale : quelles conséquences d’un départ américain ?
Un retrait américain bouleverserait l’équilibre de l’énergie internationale. Les États-Unis sont l’un des principaux producteurs mondiaux de pétrole et de gaz, et un acteur central des marchés. Leur départ affaiblirait mécaniquement le poids politique et financier de l’AIE, qui repose sur la coopération entre ses 31 membres.
D’un autre côté, une telle décision enverrait un signal politique fort aux marchés de l’énergie et aux investisseurs. Elle confirmerait la priorité donnée aux hydrocarbures par l’administration Trump, au détriment des renouvelables et des scénarios de transition. En contestant la légitimité des scénarios climatiques de l’AIE, Washington remet en cause l’idée même que la planification énergétique puisse intégrer des objectifs de limitation du réchauffement. À court terme, la menace crée un rapport de force. À moyen terme, elle pose une question plus large : les institutions nées des crises pétrolières des années 1970 peuvent-elles survivre à une redéfinition politique aussi radicale de la notion d’énergie ?
