Mercosur : le Brésil ratifie l’accord commercial qui inquiète l’agriculture française

Le Brésil vient de ratifier l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, franchissant une étape décisive vers son entrée en vigueur. Soutenu par plusieurs gouvernements européens mais contesté en France, ce traité ouvre un vaste marché tout en ravivant les craintes des éleveurs face à la concurrence sud-américaine.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 5 mars 2026 9h56
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Mercosur : le Brésil ratifie l’accord commercial qui inquiète l’agriculture française - © Economie Matin

Le 4 mars 2026, le Congrès brésilien a définitivement ratifié l’accord commercial liant l’Union européenne au Mercosur. Le Sénat a donné son feu vert final après un vote favorable de la Chambre basse quelques jours plus tôt. Cette décision rapproche encore l’entrée en vigueur du traité de libre-échange conclu après plus de vingt-cinq ans de négociations, selon l’agence Reuters.

Dans le même temps, la Commission européenne a annoncé fin février qu’elle appliquerait l’accord de manière provisoire, sans attendre la fin complète du processus de ratification au sein de l’Union. Cette décision provoque un vif débat politique, notamment en France, où l’accord Mercosur suscite une forte opposition parmi les agriculteurs et une partie de la classe politique.

Mercosur : un traité commercial colossal entre l’Europe et l’Amérique du Sud

L’accord Mercosur vise à créer une vaste zone de libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays d’Amérique du Sud : le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. L’ensemble représenterait un marché d’environ 720 millions de consommateurs.

L’objectif du traité consiste à supprimer progressivement de nombreux droits de douane afin de faciliter les échanges commerciaux. Cet accord pourrait notamment éliminer environ 4 milliards d’euros de droits de douane sur les exportations européennes vers l’Amérique du Sud.

Les entreprises européennes espèrent en particulier renforcer leurs ventes dans des secteurs industriels comme l’automobile, les machines ou les produits chimiques. Une coalition d’organisations industrielles européennes estime même que l’accord pourrait générer jusqu’à 48,7 milliards d’euros d’exportations supplémentaires par an pour l’Union européenne d’ici 2040.

En retour, l’Union européenne ouvrirait davantage son marché agricole aux produits sud-américains. Plusieurs quotas sont ainsi prévus pour des produits sensibles, notamment la viande bovine. L’accord autoriserait par exemple l’importation d’environ 99 000 tonnes de bœuf sud-américain par an à droits de douane réduits.

Mercosur : pourquoi la France s’y oppose fortement

Si plusieurs États membres soutiennent l’accord, la France fait partie des gouvernements les plus critiques. Lors d’un vote européen, cinq pays ont voté contre l’accord, dont la France.

Les organisations agricoles françaises dénoncent en particulier une concurrence jugée déloyale. Dominique Chargé, président de La Coopération Agricole, estime ainsi que « ce passage en force est extrêmement préoccupant pour la santé et la crédibilité démocratique de nos institutions européennes ».

Les filières bovines redoutent une arrivée massive de viande sud-américaine produite à moindre coût. Les standards sanitaires, environnementaux et sociaux sont souvent moins stricts qu’en Europe, ce qui crée selon les agriculteurs une différence importante de coûts de production.

L’organisation Interbev affirme par ailleurs que certaines importations sud-américaines pourraient ne pas respecter les règles européennes. Elle évoque notamment des cas de viande bovine traitée avec des hormones interdites dans l’Union européenne. Selon l’organisation, accepter ces produits reviendrait à créer « une distorsion de concurrence inacceptable pour les filières agricoles ».

Mercosur : un débat politique sur la méthode de ratification

Au-delà des enjeux économiques, la méthode utilisée par Bruxelles pour mettre en œuvre l’accord alimente la polémique. La Commission européenne a décidé d’appliquer provisoirement la partie commerciale du traité, en attendant la ratification complète par toutes les institutions européennes.

Ursula von der Leyen a expliqué que cette décision avait été prise après de longues consultations avec les États membres et les élus européens. « Au cours des dernières semaines, j'ai échangé sur cette question de manière approfondie avec les Etats membres et les élus du Parlement européen. Sur cette base, la Commission va désormais procéder à l'application provisoire », a-t-elle déclaré.

Cette procédure est vivement critiquée en France. Emmanuel Macron a dénoncé la décision européenne en déclarant qu’il s’agissait d’« une mauvaise surprise » pour la France et d’un manque de respect envers le Parlement européen, selon Reuters.

Les opposants redoutent un effet de cliquet : une fois l’accord appliqué provisoirement, il deviendrait politiquement très difficile de revenir en arrière, même si certains parlements nationaux s’y opposaient.

Mercosur : quelles solutions pour l’agriculture française

Face à cette concurrence accrue, plusieurs économistes estiment que la France devra adapter son modèle agricole pour rester compétitive.

Le problème ne réside pas seulement dans l’accord Mercosur lui-même, mais aussi dans l’écart de coûts de production. Les agriculteurs européens doivent respecter des normes environnementales et sanitaires particulièrement strictes. Ces règles entraînent souvent des coûts supplémentaires que les producteurs sud-américains n’ont pas à supporter.

Dans ce contexte, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées pour renforcer la compétitivité des éleveurs français. Parmi elles figurent la simplification des réglementations agricoles, la réduction de certaines taxes pesant sur la production ou encore l’allègement des charges administratives.

L’objectif serait de permettre aux producteurs français de réduire leurs coûts afin de rester compétitifs sur un marché mondial où la pression sur les prix est très forte. Dans le cas contraire, les importations sud-américaines pourraient progressivement gagner des parts de marché en Europe.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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