Argent de poche : les filles touchent 229 euros de moins par an

Dès l’adolescence, l’égalité financière entre filles et garçons semble déjà compromise. Les dernières données du baromètre 2026 du Teenage Lab by Pixpay montrent que l’argent de poche des adolescents reste marqué par des écarts persistants. Montants versés, demandes d’extras, rôle des parents : derrière quelques euros se dessinent des mécanismes économiques et sociaux qui pourraient peser sur la construction du rapport à l’argent et à l’autonomie, et qui continuent de soutenir les inégalités entre femmes et hommes.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 4 mars 2026 10h02
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58%58 % des demandes de rallonge proviennent des filles

Les inégalités économiques entre femmes et hommes sont souvent analysées à l’âge adulte, à travers les salaires ou le patrimoine. Pourtant, certaines d’entre elles apparaissent bien plus tôt. L’argent de poche constitue en effet l’une des premières expériences financières des jeunes. Il structure leur rapport à la gestion d’un budget, à la consommation et à l’autonomie. Et les filles en sont déjà les grandes perdantes.

Des inégalités d’argent de poche visibles dès l’adolescence

Le baromètre 2026 « Argent de poche et inégalités », réalisé par le Teenage Lab de Pixpay à l’occasion du 8 mars, met en évidence un écart persistant entre les adolescentes et les adolescents. Les filles reçoivent en moyenne 9 euros de moins par mois que les garçons, selon cette étude publiée par Pixpay en 2026. Et ça empire : en 2025, l’écart était déjà notable, mais plus faible, atteignant 6,7 euros mensuels.

La différence se renforce avec l’âge. Chez les adolescents de 16 à 17 ans, les garçons perçoivent en moyenne 141,1 euros d’argent de poche mensuel, contre 122 euros pour les filles, toujours selon le baromètre Teenage Lab by Pixpay 2026. L’écart atteint donc près de 19 euros par mois, soit environ 229 euros sur une année entière.

Ces montants peuvent sembler modestes. Pourtant, ils jouent un rôle important dans la construction du rapport à l’argent. Les premières expériences de gestion financière influencent en effet la capacité à négocier, à épargner ou à dépenser, autant de compétences qui auront des répercussions à l’âge adulte.

Les filles déjà plus en galère que les garçons à la fin du mois

L’étude met également en lumière des comportements différents entre filles et garçons lorsqu’il s’agit de demander davantage d’argent. Les adolescentes sollicitent plus souvent leurs parents pour obtenir un complément financier.

Selon les données du Teenage Lab, 58 % des demandes de rallonge proviennent des filles, contre 42 % pour les garçons. Autrement dit, les adolescentes sollicitent plus fréquemment une aide financière supplémentaire.

Cependant, lorsqu’ils formulent une demande, les garçons réclament en moyenne des montants légèrement supérieurs. Le montant moyen demandé atteint en 2026 34 euros pour les garçons, contre 32 euros pour les filles. En 2025, les adolescents demandaient en moyenne 31,1 euros pour les garçons et 29,7 euros pour les filles.

Ce phénomène reflète des comportements économiques contrastés. Les filles se montrent plus nombreuses à solliciter leurs parents, mais les garçons se montrent plus ambitieux dans le montant demandé. Une différence qui peut sembler anecdotique, mais qui traduit une relation différente à la négociation financière.

Les adolescents cherchent aussi à compléter leur argent de poche

Face à ces écarts, certains adolescents tentent de prendre l’initiative pour augmenter leurs revenus. L’application Pixpay propose notamment une fonctionnalité appelée « Missions », permettant aux jeunes d’effectuer des tâches rémunérées dans le cadre familial.

Les résultats montrent une participation particulièrement forte des filles. 59 % des adolescents ayant demandé une mission rémunérée sont des filles, contre 41 % de garçons. Ce comportement suggère une volonté accrue des adolescentes de compléter leurs ressources financières par leurs propres moyens. En pratique, ces missions peuvent prendre différentes formes : aide aux tâches domestiques, petits services ou participation à certaines responsabilités familiales. Dans ce contexte, l’argent de poche devient un outil d’apprentissage économique. Il permet aux adolescents de comprendre la valeur du travail, la notion de rémunération et la gestion d’un budget personnel.

Le rôle des parents dans les inégalités d’argent de poche

L’étude révèle également des différences marquées dans la manière dont les parents gèrent l’argent de poche. Dans 75 % des foyers, ce sont les mères qui s’occupent de la gestion de l’argent de poche, selon le baromètre Pixpay 2026. Ce rôle implique souvent la planification du budget des adolescents, le suivi des dépenses ou l’organisation des versements réguliers.

Cependant, lorsqu’il s’agit du montant versé, les pères apparaissent généralement plus généreux. Les données montrent qu’ils donnent en moyenne 5,5 euros de plus que les mères aux adolescents. L’écart peut même être plus important chez les plus âgés. Chez les 16-17 ans, les pères peuvent accorder jusqu’à 7,8 euros supplémentaires, toujours selon l’étude.

Pour Caroline Ménager, cofondatrice de Pixpay, ces différences ne sont pas anodines. « Pour cette 6ᵉ édition, le constat est clair : malgré des intentions parentales équitables, les écarts d’argent de poche entre filles et garçons persistent et se creusent à l’adolescence ».

Elle ajoute également que ces écarts peuvent avoir des conséquences durables : « Ces différences, en apparence anodines, constituent en réalité les premières marches d’inégalités qui se prolongent à l’âge adulte. L’argent de poche façonne le rapport à l’autonomie, à la négociation et à la valeur que l’on s’accorde ».

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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