Un lycéen sur 4 a un travail rémunéré pendant l’année scolaire

Le lycéen qui travaille en parallèle de ses cours n’est plus une exception discrète. Selon l’étude du Céreq publiée le 24 mars 2026, près d’un quart des élèves du secondaire déclarent exercer une activité rémunérée pendant l’année scolaire, une proportion qui grimpe à près d’un sur trois en voie professionnelle. 

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By Aurélie Giraud Last modified on 30 mars 2026 9h40
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Le travail lycéen ne se limite plus aux jobs d’été et s’installe dans le quotidien scolaire de nombreux adolescents. - © Economie Matin
10 HEURES Ces jobs représentent souvent plus de 10 heures par semaine.

Longtemps cantonné au registre du “petit boulot”, le phénomène prend une autre dimension quand il touche des mineurs encore pleinement engagés dans leur scolarité. L’enquête du Céreq montre que ces emplois vont du baby-sitting à la restauration rapide, de la livraison à la revente en ligne, en passant par le travail familial, avec des situations très différentes selon les territoires, les milieux sociaux et les filières suivies. 

Le lycéen qui travaille n’est plus un cas marginal

Le chiffre bouscule les représentations scolaires : sur plus de 6.000 répondants interrogés au printemps 2025 dans trois académies, près d’un quart des élèves déclarent exercer une activité rétribuée durant l’année scolaire, le soir, le week-end ou pendant les petites vacances. En lycée professionnel, la proportion monte à près d’un tiers. L'étude du Céreq, relayée par BFMTV,  insiste sur un point central : ce travail n’a rien d’homogène. Il peut être déclaré, informel, familial, ponctuel ou régulier. Il peut aussi relever d’activités beaucoup plus précaires, parfois hors des cadres habituels de protection des mineurs. 

Cette réalité, pourtant massive, reste peu visible dans les établissements. Les auteurs expliquent qu’elle n’apparaît souvent qu’au moment où elle perturbe la scolarité : fatigue, absentéisme, retards ou baisse des résultats. Une proviseure citée dans l’étude résume cette découverte tardive en évoquant des élèves qui « travaillait tard le soir ». Le sujet n’est donc pas totalement absent des lycées, mais il surgit surtout quand il devient un problème. 

C’est précisément ce décalage qui frappe dans l’étude. Les personnels interrogés sous-estiment largement l’ampleur du phénomène. Quand les chercheurs rappellent que de précédents travaux évoquaient déjà autour de 20% de lycéens concernés, la surprise est, selon le communiqué du Céreq, « quasi générale ». Cela signifie qu’une partie importante de l’institution continue de penser le statut d’élève comme incompatible avec un emploi, alors même que la pratique existe dans tous les types d’établissements étudiés, de la seconde à la terminale. 

Entre autonomie, débrouille et nécessité économique

Tous les lycéens qui travaillent ne le font pas pour les mêmes raisons. Pour certains, il s’agit de gagner en autonomie, de financer des loisirs, des vêtements, des sorties ou un projet précis. Les chercheurs relèvent d’ailleurs que l’abaissement de l’âge du permis de conduire à 17 ans peut renforcer cette volonté de gagner rapidement de quoi financer cette première marche vers l’indépendance. 

Pour d’autres, le tableau est moins léger. Le contexte familial, notamment la monoparentalité ou les difficultés économiques, revient régulièrement dans les entretiens. Dans certains foyers, le revenu du lycéen constitue un appoint concret. L’étude montre aussi que les équipes éducatives associent souvent ce travail à des logiques sociales très contrastées: d’un côté, des familles aisées qui valorisent une première expérience; de l’autre, des ménages plus fragiles où l’activité rémunérée répond à une contrainte matérielle. 

Ce point est essentiel, car il déplace le débat. Il ne s’agit pas seulement de savoir si un adolescent “veut se faire de l’argent de poche”. Il faut aussi regarder dans quelles conditions il travaille, combien d’heures il consacre à son emploi, à quel moment de la semaine, avec quel niveau de protection juridique et avec quelles conséquences sur sa scolarité. L’étude souligne que les effets ne sont pas univoques : certaines expériences peuvent renforcer la motivation ou la socialisation professionnelle, d’autres deviennent délétères lorsqu’elles empiètent trop fortement sur le temps scolaire.

Un emploi souvent invisible pour l’école

Le paradoxe est là : ce travail reste largement sous les radars de l’institution, mais il fait déjà partie du quotidien de nombreux adolescents. Les formes d’activité recensées sont très diverses : baby-sitting, animation, restauration, livraison, vente, mise en rayon, extras dans l’événementiel, revente sur les plateformes, ou encore participation au travail familial dans l’agriculture, le bâtiment ou le tourisme. Dans certains cas, les adultes interrogés décrivent même de véritables micro-activités commerciales menées par des jeunes très à l’aise avec les codes numériques. L’une des professionnelles citées par le Céreq parle ainsi de « petits chefs d’entreprise ». 

L’étude note aussi que les élèves parlent peu de ces activités à l’école. Certains considèrent que cela « ne regarde pas » l’établissement. D’autres évitent le sujet parce qu’il renvoie à la situation économique du foyer ou parce que l’emploi n’est pas déclaré. Cette invisibilité est donc double : l’école ne pose pas la question, et les jeunes n’ont pas toujours intérêt à la rendre visible. 

Ce silence est d’autant plus problématique que le cadre légal existe mais reste mal connu. En France, un mineur de 14 ou 15 ans ne peut travailler que pendant les vacances scolaires, sous conditions strictes et avec accord de l’inspection du travail ; à partir de 16 ans, le travail devient possible, tout en restant encadré par des règles de durée, de repos et d’interdiction de certains travaux. Autrement dit, toutes les situations observées ne relèvent pas du même niveau de conformité. 

Un sujet économique et social que les politiques éducatives ne peuvent plus ignorer

Le mérite du Céreq est de traiter le travail lycéen comme un fait social, et non comme une simple anecdote. Les auteurs parlent d’un angle mort de la recherche française et d’un impensé des politiques éducatives. Ce constat compte, car la massification du phénomène oblige à reconsidérer la frontière entre études et emploi. Pour une partie des jeunes, la première confrontation au marché du travail ne se fait plus après le diplôme, mais pendant le lycée. 

Cela pose une question de fond : comment accompagner ces élèves sans banaliser des rythmes incompatibles avec la réussite scolaire ? Car l’étude ne dit pas que travailler condamne mécaniquement un lycéen. Elle dit que tout dépend de l’intensité, du type d’emploi, du caractère choisi ou subi de l’activité et de sa compatibilité réelle avec les cours. Le sujet devient donc autant éducatif qu’économique : il touche à l’égalité des chances, à l’autonomie des jeunes, au pouvoir d’achat des familles et à l’entrée précoce dans des segments souvent précaires du marché du travail.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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