Entrepreunariat : pour la moitié des Français, l’innovation doit passer avant la rentabilité

Longtemps considérée comme l’indicateur ultime de succès, la rentabilité perd du terrain dans l’imaginaire entrepreneurial des Français. Selon un sondage qui vient de paraître, innovation, équilibre de vie et impact s’imposent désormais comme des critères déterminants.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 3 avril 2026 8h00
Entrepreunariat : pour la moitié des Français, l'innovation doit passer avant la rentabilité
Entrepreunariat : pour la moitié des Français, l’innovation doit passer avant la rentabilité - © Economie Matin
43%Aux yeux de 43% des Français, l’impact positif qu'une entreprise peut avoir apparaît essentiel.

Une vision de la rentabilité concurrencée par l’innovation et la créativité

Dans un contexte marqué par une vitalité record de la création d’entreprises, les repères traditionnels sont en train de se transformer : si la rentabilité reste essentielle aux yeux des Français pour assurer la pérennité d’une activité, elle ne suffit plus à définir la performance. Les attentes se déplacent vers des dimensions plus qualitatives, mêlant innovation, sens et impact, peut-on lire dans un sondage OpinionWay réalisé pour CCI France et le Medef à l'occasion du salon Go Entrepreneurs.

Premier enseignement marquant de ce sondage : la hiérarchie des critères de performance évolue. Désormais, 49% des Français placent la créativité et la capacité à innover en tête des indicateurs de réussite. Ce positionnement relègue au second plan des éléments autrefois centraux. L’épanouissement personnel arrive juste derrière, avec 48%, tandis que l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est cité par 39% des répondants. Dans ce paysage, la rentabilité conserve une place importante, mais elle n’est plus exclusive.

Cette évolution traduit un changement de paradigme. La réussite entrepreneuriale ne se limite plus à générer des profits. Elle intègre désormais des dimensions humaines et créatives, perçues comme indispensables à la durabilité des projets.

Une approche plus large de la performance économique

Au-delà des perceptions individuelles, les Français souhaitent également transformer les outils d’évaluation des entreprises. Ainsi, 78% d’entre eux estiment que la performance doit inclure des critères extra-financiers, comme la satisfaction des clients, la résilience ou encore l’utilité des produits et services.

Les indicateurs économiques ne disparaissent pas pour autant. 64% des répondants continuent de les considérer comme essentiels, avec en tête la rentabilité (49%) et la croissance du chiffre d’affaires (29%). Mais ces critères s’inscrivent désormais dans une vision plus globale. L’impact positif, cité par 43% des Français, illustre cette tendance. Il devient un élément important de la performance, au même titre que les résultats financiers. Cette hybridation des critères reflète une évolution des attentes vis-à-vis des entreprises, désormais jugées autant sur leur utilité que sur leur efficacité économique.

L’envie d’entreprendre progresse malgré les incertitudes

Autre signal fort : l’attrait pour l’entrepreneuriat repart à la hausse : 29% des personnes interrogées dans le cadre de ce sondage envisagent de créer ou reprendre une entreprise. Si l'on extrapole ce pourcentage sur l'ensemble de la population, cela donne, en théorie, 15,7 millions de personnes. Et cet engouement pour l'entrepreunariat n'est pas que théorique : en 2025, la France a enregistré 1.165.800 créations d’entreprises, un niveau inédit.

Les jeunes générations jouent un rôle clé dans cette dynamique. Plus d’un jeune sur deux âgé de 18 à 24 ans se projette dans un projet entrepreneurial, confirmant l’émergence d’une nouvelle culture économique. Toutefois, cet élan se heurte à des contraintes persistantes. La crainte de l’instabilité financière demeure le principal obstacle, citée par 53% des Français. Ce chiffre rappelle que, malgré son recul symbolique, la rentabilité reste un enjeu concret dans la décision de se lancer.

Entre aspirations et obstacles, une perception ambivalente de l’entrepreneur

Le rapport à l’entrepreneuriat reste marqué par des contradictions. D’un côté, les Français valorisent l’autonomie, la créativité et l’impact. De l’autre, ils perçoivent encore fortement les risques associés à cette voie. Ainsi, 74% des répondants identifient au moins un frein à la création d’entreprise. Au-delà des aspects financiers, des blocages psychologiques persistent : 28% estiment ne pas être faits pour entreprendre, tandis que 57% reconnaissent que la peur de ne pas être à la hauteur freine leur passage à l’acte.

Par ailleurs, la reconnaissance sociale des entrepreneurs apparaît insuffisante. 65% des Français considèrent que leur contribution à l’économie et à la société n’est pas assez valorisée.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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