La crise énergétique européenne n’est pas terminée. Elle a simplement changé de forme. Après le choc des prix lié à la guerre en Ukraine, l’Europe entre dans une phase plus insidieuse, celle du coût structurel de son modèle énergétique. Dans son ouvrage Le Grand-père et le Président, Xavier Fontanet apporte ici un éclairage indirect mais puissant à travers le dialogue entre Auguste, industriel aguerri par le terrain, et son petit-fils Antoine, jeune chef de l’État confronté aux arbitrages du pouvoir.
Énergie : la fin des illusions et le retour du coût réel

Le livre, nourri par les échanges de l'auteur avec les membres de Contribuables Associés, rappelle une réalité souvent occultée : l’énergie n’est pas seulement un enjeu écologique, c’est un facteur déterminant de puissance économique et de souveraineté. Pour Auguste, "sans énergie, il n'y a pas d'économie". En insistant sur la compétitivité et les coûts de production, il souligne que les choix énergétiques passés engagent la survie de nos entreprises face à la concurrence internationale.
Or, l’actualité le montre à travers l’explosion des prix de l’électricité pour les industriels, les délocalisations liées aux coûts énergétiques ainsi que les débats sur le nucléaire et les renouvelables. Le texte met en garde contre une erreur stratégique majeure constituant à dissocier les choix politiques de leurs conséquences économiques. Xavier Fontanet déplore notamment ce qu'il appelle les "catastrophes de la gestion" passée, citant l'affaiblissement d'EDF et l'arrêt de programmes clés pour des raisons de tactique politique, qui ont coûté des milliards de valeur au pays. Car une énergie chère produit des effets en cascade : baisse de compétitivité, désindustrialisation, perte d’emplois. L’exemple allemand, confronté à la fin du gaz russe, illustre cette tension brutale.
La France, longtemps protégée par son parc nucléaire — un choix "clair et net" hérité de l'époque gaullienne selon Auguste — se retrouve à son tour confrontée à des arbitrages difficiles. Le message du livre est clair, une politique énergétique ne peut ignorer le réel économique ni le temps long. Pour Xavier Fontanet, le sursaut passera par une "autosuffisance énergétique" retrouvée, plaçant le nucléaire et l'innovation technologique au cœur d'une stratégie de reconquête, sous peine d'affaiblir durablement ce que l'État prétend protéger.