Rentrée politique, budgétaire et sociale d’un système de gouvernance à trois corps

La rentrée politique et économique de septembre 2025 ne pouvait se dérouler que dans un contexte extrêmement houleux. François Bayrou, comme Premier ministre, avait à face à des séries de problèmes de toutes natures dont le plus important concerne l’adoption du budget 2026. Face à une assemblée nationale fortement divisée en trois blocs (1), sans majorité, la marge de manœuvre était particulièrement réduite.

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By Jacques Martineau Published on 6 septembre 2025 9h00
Francois Bayrou Emmanuel Macron Duo Executif Le Plus Impopulaire Ve Republique
Rentrée politique, budgétaire et sociale d’un système de gouvernance à trois corps - © Economie Matin
7,5%Le taux de chômage qualifié de stable est beaucoup trop élevé à hauteur de 7,5%

Une garantie de chaos aux solutions particulièrement réduites !

Il a anticipé avec un vote de confiance sur son projet de politique générale, en référence à l’article 49-1 de la constitution. Refusée, il doit remettre sa démission et celle du gouvernement. Les appels se multiplient pour « bloquer » le pays le 10 septembre. Près de 2 Français sur 3 adhèrent à l’appel, encouragés par des syndicats, des associations et des partis politiques. Si on rajoute à cela la grève générale décidée le 18 septembre prochain par l’ensemble des syndicats, le tour est joué. L’ensemble de l’Exécutif, Élysée et Matignon ne peuvent que liquider les affaires courantes. Le budget 2026 n’est pas près d’être adopté ! Qu’’en sera-t-il même avec un nouveau gouvernement ?

Un projet de budget 2026 ? A l’étude devant l’assemblée nationale ?

La mise en place d’un plan d’économies de 43,8 milliards d’euros secoue l’opinion dans sa forme, son contenu et sur le fond. Cette économie relative est censée inclure une « année blanche ». Cela signifie entre autres : a priori et en priorité un gel des dépenses de l’État (hors armée et dette) ; aucune revalorisation des prestations sociales, retraites, barèmes fiscaux. Sans oublier une nouvelle annonce à débattre, la suppression de deux jours fériés (?). Renforcée par des compléments fiscaux à débattre, la liste de ces énoncés est supposée être examinée en séance à l’assemblée. Maintenant voilà que ce sont les « Boomers retraités » qui ont les provocateurs Comment apprécier la réalité et l’énoncé des propositions retenues ? La réforme de la retraite revient aussi comme un sujet à l’ordre du jour.

Ces mesures sont vivement critiquées, y compris par une partie de la majorité relative, semi-centriste macronienne actuelle. L’ensemble est perçu comme une « arnaque » ou un « leurre » par une large opposition occasionnelle (LFI, PS, RN, incluant une partie du LR et Cie). Des points de vue différents, souvent opposés voire totalement contradictoires. Toutes ces propositions sont remises en cause. Le Medef se cherche, ayant crainte d’une baisse significative de certaines de ses aides non justifiées. Les PME/PMI sont plus inquiètes. Elles sont toujours mises sur la touche.

Une situation économique et sociale difficile à maîtriser

Malgré quelques signaux positifs de faible niveau (0,4%) au premier semestre 2025, il est toujours question d’avoir un taux de croissance de l’ordre de 1% pour de nombreux experts. Le comparatif avec certains concurrents européens, en particulier avec l’Allemagne aujourd’hui, ne peut pas être un motif de satisfaction. Les nouveaux 15% de taxes à l’américaine n’arrangent rien. Il est très difficile d’imaginer le contexte économique en 2026. Les efforts annoncés des dépenses publiques ne parviennent pas à convaincre les milieux financiers. Qui parle d’investissement en France et de productivité, de croissance et de compétitivité ?

La situation sociale n’est pas stable et la rentrée s’annonce difficile. L’inflation, même à faible taux continue de peser sur le pouvoir d’achat des classes moyennes, affecté par la hausse des prix de l’énergie. Le taux de chômage qualifié de stable est beaucoup trop élevé à hauteur de 7,5%, correspondant à environ 2,4 millions de chômeurs. En réalité le nombre de sans-emploi dépasse les 5 millions, plus du double ! Aussi, « travailler plus », un slogan qui n’a de sens qu’en termes d’augmentation du nombre de personnes au travail, en favorisant l’activité pour les jeunes et les seniors. Les syndicats, le patronat et les mouvements sociaux ne manqueront pas de mettre le gouvernement en difficulté.

En résumé, sommes-nous au pied du mur ?

Compte-tenu d’un déficit public prévu de 5,4% en 2025, l’enjeu budgétaire pour 2026 est de le limiter à 4,6% du PIB, avec une dette colossale de plus de 116% du PIB et une pression fiscale (prélèvements obligatoires supérieurs à 43%) qui continuera à augmenter. Une réduction insuffisante des dépenses publiques qui s’élèvent à 57,3% du PIB, une contribution de solidarité délicate à mettre en place, comme les réductions de quelques avantages ne suffiront probablement pas à amorcer cette décroissance. Les trois corps parlementaires confirment la théorie du chaos.

Ajouter à cela que la France doit augmenter progressivement à 5% son budget militaire (OTAN) et assumer les conséquences des droits de douane (USA) sur fond d’une situation internationale inquiétantes (la guerre en Ukraine, le rendez-vous de Shangaï et la situation à Gaza). Engagée dans une impasse, l’Union européenne confirme ses limites.

(1) MATHÉMATIQUE OU POLITIQUE : LE PROBLÈME À TROIS CORPS EST SANS SOLUTION

C’est la théorie du chaos qui prédomine, Georges Seguin, Club Espace 21, novembre 2024

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Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.

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