Face à la progression des maladies cardiovasculaires chez les femmes, une nouvelle stratégie de dépistage s’impose. Une proposition de loi déposée le 7 avril 2026 veut systématiser ce suivi à des moments clés de la vie, alors que les risques évoluent fortement selon les périodes hormonales et les parcours de vie.
Dépistage des maladies cardiovasculaires : une urgence pour les femmes

Le 7 avril 2026, une proposition de loi portée à l’Assemblée nationale relance le débat sur les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité féminine en France. En effet, alors que le dépistage reste inégalement déployé, le texte ambitionne de l’imposer à des étapes précises du parcours de vie. Cette initiative intervient dans un contexte préoccupant, marqué par une hausse des cas et une meilleure reconnaissance des spécificités féminines en matière de santé cardiaque.
Un dépistage encore insuffisant chez les femmes
Les maladies cardiovasculaires continuent de frapper massivement, mais leur perception reste biaisée. En France, elles représentent la première cause de mortalité chez les femmes, devant les cancers, avec une réalité souvent sous-estimée par les politiques de prévention selon plusieurs sources concordantes. Ainsi, une femme sur trois est concernée au cours de sa vie. Le dépistage apparaît comme un outil essentiel, mais encore trop tardif. Pourtant, comme le souligne la Société française de cardiologie, les symptômes féminins peuvent être atypiques, ce qui retarde le diagnostic et aggrave le pronostic.
De plus, les dispositifs existants ne prennent pas suffisamment en compte les spécificités biologiques et hormonales des femmes, ce qui limite leur efficacité. Par ailleurs, l’ampleur du phénomène est confirmée par des chiffres alarmants. Chaque jour, environ 400 décès liés à des accidents cardiovasculaires sont recensés en France, dont près de la moitié concernent des femmes. Une femme meurt toutes les 7 minutes d’une pathologie cardiovasculaire, selon la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes, dans un communiqué publié en mars 2026.
Des moments clés de dépistage tout au long de la vie
Face à cette situation, la proposition de loi introduit une approche structurée du dépistage, centrée sur les grandes étapes de la vie féminine. En effet, les risques cardiovasculaires ne sont pas constants et évoluent selon des facteurs hormonaux et physiologiques. Comme l’explique le cardiologue Stéphane Manzo-Silberman, dans des propos rapportés par Politique France : « Il y a le moment de la puberté, avec l'émergence des pathologies féminines, comme le syndrome des ovaires polykystiques ou l'endométriose, qui exposent ces jeunes femmes à plus d'évènements cardiovasculaires. La contraception est un autre enjeu majeur : certaines méthodes sont contre-indiquées en présence d'autres facteurs de risque, comme le tabagisme ou des antécédents familiaux. »
Ainsi, le dépistage viserait plusieurs périodes clés : puberté, contraception, grossesse et ménopause. Ces phases, souvent négligées, modifient pourtant profondément le risque cardiovasculaire. Par exemple, les complications de grossesse comme la pré-éclampsie ou le diabète gestationnel peuvent avoir des effets durables sur la santé cardiaque. De plus, la ménopause constitue un tournant majeur. La chute des œstrogènes, hormones protectrices, entraîne une augmentation significative du risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral. Par conséquent, les experts plaident pour un suivi renforcé et régulier, intégré dans les parcours de soins classiques.
Maladies cardiovasculaires : vers une politique de dépistage généralisé
Au-delà du cadre législatif, plusieurs initiatives illustrent déjà une évolution vers un dépistage plus large. En 2026, près de 10 000 femmes bénéficieront d’un dépistage cardio-gynécologique gratuit lors de 80 événements organisés sur le territoire, selon la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes. Par ailleurs, 5 000 femmes supplémentaires seront dépistées dans 16 villes grâce au Bus du Cœur des Femmes. Cependant, ces actions restent ponctuelles et ne couvrent pas l’ensemble de la population. C’est précisément ce que cherche à corriger la proposition de loi, en intégrant le dépistage dans les bilans de prévention obligatoires. L’objectif est clair : détecter précocement les facteurs de risque tels que l’hypertension, le diabète ou les troubles lipidiques. Les spécialistes insistent sur le potentiel de prévention.
Dans 8 cas sur 10, un accident cardiovasculaire pourrait être évité grâce à une combinaison de dépistage, de suivi médical et d’hygiène de vie adaptée, selon la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes. Dès lors, la généralisation du dépistage apparaît comme un levier majeur pour réduire la mortalité. Néanmoins, certains acteurs interrogent la capacité du système de santé à absorber cette réforme. Entre manque de moyens, inégalités territoriales et pénurie de professionnels, la mise en œuvre pourrait se heurter à des obstacles. Pourtant, comme le souligne un rapport récent, la prévention tend à devenir un pilier central des politiques de santé publique, marquant un basculement vers une médecine anticipative.
