Les pratiques commerciales trompeuses dans la grande distribution refont surface. Carrefour, Leclerc, Lidl et Aldi sont dans le viseur des autorités françaises pour des manquements jugés sérieux sur l’origine et le prix des fruits et légumes.
Ces distributeurs vous ont menti sur les fruits et légumes qu’ils vous ont vendus

Origine des fruits : une information brouillée dans les supermarchés
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a rendu publics plusieurs manquements visant les enseignes Carrefour, E.Leclerc, Lidl et Aldi. Au cœur du dossier : des pratiques commerciales trompeuses touchant à la fois l’affichage des prix et, surtout, l’information sur l’origine des fruits et légumes.
Cette enquête menée entre 2024 et 2025 par la DGCCRF met en évidence des dysfonctionnements récurrents dans les supports promotionnels. Catalogues papier, prospectus en ligne, affichages en magasin : partout, l’information sur l’origine des produits apparaît insuffisamment lisible ou ambiguë. Dans certains cas, l’origine est mentionnée en caractères trop petits, reléguée en bas de page ou noyée dans des renvois difficilement identifiables. Ailleurs, plusieurs pays d’origine sont indiqués pour un même produit, sans précision supplémentaire. Résultat : le consommateur ne peut pas savoir clairement d’où proviennent les fruits et légumes qu’il achète.
Ce manque de transparence constitue une violation directe des règles encadrant l’information commerciale. Comme le rappelle la DGCCRF, le consommateur « doit avoir accès à une information claire, visible et loyale ». Une exigence d’autant plus forte que l’origine est devenue un critère clé d’achat, notamment dans un contexte de soutien aux productions locales.
Pratiques commerciales trompeuses : prix affichés et promotions contestés
Au-delà de l’origine, les pratiques commerciales trompeuses concernent également les prix. L’enquête révèle des écarts entre les prix promotionnels annoncés et ceux réellement appliqués en caisse. Chez Carrefour, par exemple, la DGCCRF a constaté que certaines promotions affichées dans les catalogues ne correspondaient pas aux montants effectivement payés par les clients. Ces écarts, même ponctuels, sont considérés comme des pratiques trompeuses dès lors qu’ils influencent la décision d’achat. Ce type d’anomalie n’est pas anodin. Dans un contexte d’inflation alimentaire persistante, les consommateurs scrutent les promotions avec attention. Une différence, même minime, peut altérer la confiance et fausser la perception du rapport qualité-prix.
Par ailleurs, les autorités pointent une présentation parfois trompeuse des offres promotionnelles. L’absence de clarté sur les conditions d’application ou la durée des promotions contribue à entretenir la confusion.
Face à ces constats, la DGCCRF n’a pas tardé à réagir. Plusieurs enseignes ont été officiellement mises en demeure de corriger leurs pratiques dans un délai de six mois. Via sa centrale d’achat GALEC, E.Leclerc a notamment été sommé de revoir en profondeur la manière dont il informe les consommateurs sur l’origine des produits. L’administration dénonce des mentions jugées « imprécises, ambiguës et difficilement lisibles ». De son côté, Lidl est épinglé pour des procédés similaires dans ses prospectus, avec des informations fragmentées ou peu visibles. Les pratiques incluent notamment des renvois en bas de page ou des indications multiples sans hiérarchisation. Ces injonctions s’inscrivent dans une stratégie plus large de renforcement des contrôles. Il s'agit de restaurer la transparence dans un secteur où la communication commerciale joue un rôle déterminant.
Grande distribution : une confiance fragilisée
Cette affaire intervient dans un contexte où la confiance des consommateurs envers la grande distribution est déjà sous tension. La hausse des prix alimentaires, conjuguée à une sensibilité accrue aux questions d’origine et de qualité, accentue les attentes en matière de transparence.
Les fruits et légumes occupent une place particulière dans cette équation. Produits du quotidien, souvent achetés en promotion, ils sont aussi au cœur des préoccupations liées à la santé, à l’environnement et au soutien aux producteurs locaux. Dans ce contexte, les pratiques commerciales trompeuses peuvent avoir un effet amplifié. Elles ne se limitent pas à une simple erreur d’étiquetage : elles remettent en cause la relation de confiance entre distributeurs et consommateurs.
Enfin, cette séquence pourrait inciter les enseignes à revoir leurs stratégies de communication. La pression réglementaire, combinée à l’exigence croissante des clients, pousse vers davantage de clarté. À défaut, le risque réputationnel devient réel pour des groupes déjà très exposés.
