Dans l’immobilier, le premier achat s’éloigne pour une partie croissante des jeunes ménages. La dernière étude d’Empruntis, publiée le 14 avril 2026 à partir des dossiers du premier trimestre, montre que l’âge moyen des primo-accédants atteint désormais 36,5 ans, signe d’un accès plus tardif à la propriété sous l’effet combiné de la remontée des taux, du durcissement bancaire et de l’exigence d’apport.
Immobilier : l’âge du premier achat recule encore en France

Sur le marché immobilier, l’accès à la propriété ne se ferme pas aux jeunes, mais il se décale nettement dans le temps. Les données publiques le confirment : en 2020, seuls 23% des ménages de 25 à 29 ans étaient propriétaires, contre 45% chez les 30-39 ans. Ce décalage d’une décennie reflète une réalité plus profonde : il faut désormais davantage de temps pour stabiliser sa situation, constituer un apport et répondre aux exigences d’un crédit devenu plus sélectif.
Immobilier : la propriété se décale vers le milieu de la trentaine
Le constat d’Empruntis est sans détour. Le courtier écrit que « l’âge moyen atteint désormais 36,5 ans », ce qui traduit, selon lui, un décalage net dans le parcours d’accession à la propriété. Cette phrase résume à elle seule l’évolution du marché immobilier : l’achat de la résidence principale n’est plus l’une des premières étapes de la vie active, mais un objectif reporté, parfois après plusieurs années de location, un changement de situation familiale ou une montée en revenus.
Cette évolution rejoint la photographie dressée par l’Insee. L’institut rappelle que « Les ménages plus âgés sont plus souvent propriétaires ». En 2020, la propriété reste marginale avant 30 ans, puis progresse fortement après cet âge. Dans le détail, 18,9% des ménages de 25 à 29 ans sont propriétaires accédants et 4,2% propriétaires non accédants, soit 23% au total. Chez les 30-39 ans, la part des propriétaires accédants grimpe à 39,7%, et celle de l’ensemble des propriétaires à 45%. Le vrai décollage de la propriété se fait donc plus tard qu’autrefois, une fois les revenus consolidés et le couple éventuellement formé.
Empruntis ajoute un élément décisif sur la composition du marché : « La tranche des 30-39 ans domine largement le marché, tandis que les moins de 30 ans reculent. » Ce sont précisément les plus jeunes qui décrochent les premiers quand le financement se tend. Le signal est social autant qu’économique : la propriété continue d’exister, mais elle sélectionne davantage par âge, stabilité et niveau de ressources.
Propriétaire plus tard parce que le crédit trie davantage
Le premier verrou est bancaire. La Banque de France indique qu’en février 2026, le taux d’intérêt moyen des nouveaux crédits à l’habitat hors renégociations est remonté à 3,23%, après 3,17% en janvier. Dans le même temps, la production de crédits à l’habitat hors renégociations a certes progressé à 11,6 milliards d’euros en février, mais cette reprise ne suffit pas à effacer le filtrage opéré depuis le choc de taux de 2023 et 2024. Autrement dit, le marché du crédit fonctionne à nouveau, sans redevenir pour autant facile d’accès pour les jeunes ménages les plus fragiles.
Le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) continue d’encadrer strictement les conditions d’octroi. La règle reste inchangée : le taux d’effort ne doit pas dépasser 35%, et la maturité du crédit ne doit pas excéder 25 ans, avec quelques tolérances limitées. Pour un ménage jeune, cette double contrainte est redoutable. Quand les prix restent élevés et que les salaires n’ont pas suivi au même rythme, il faut soit augmenter l’apport, soit allonger la durée, soit revoir le projet à la baisse. Souvent, il faut faire les trois en même temps.
C’est exactement ce que décrit Empruntis. Le courtier souligne que « le taux d’endettement maximal de 35% est appliqué strictement » et que l’apport personnel exigé atteint désormais 15 à 20%, contre environ 10% auparavant. Le message est limpide : pour entrer sur le marché, il ne suffit plus d’avoir un emploi et une mensualité théoriquement supportable. Il faut aussi avoir déjà accumulé une épargne importante, ce qui reporte mécaniquement l’achat de plusieurs années.
Jeunes, logement et apport : l’ascenseur se grippe
Empruntis note aussi que les primo-accédants ont désormais des revenus plus élevés qu’auparavant, ce qui signifie en creux que les ménages modestes sont plus souvent écartés. Le courtier observe en parallèle que l’apport moyen recule, signe d’une épargne sous tension, alors même que l’exigence d’apport augmente. Ce paradoxe dit beaucoup de la difficulté actuelle : les acheteurs qui parviennent encore à entrer sur le marché gagnent mieux leur vie, mais peinent malgré tout à constituer le coussin financier demandé par les banques.
Autre évolution notable, relevée par Empruntis : l’achat à deux s’effrite. La part des acquisitions en couple diminue, notamment chez les jeunes actifs, laissant davantage de place à des profils solos, forcément plus exposés aux contraintes de solvabilité. Acheter seul, avec les règles actuelles, suppose soit un revenu déjà solide, soit un bien moins ambitieux, soit un éloignement géographique. Là encore, l’âge du premier achat recule parce que l’arbitrage devient plus dur.
Des stratégies d’adaptation, mais pas de retour à la facilité
Face à cette perte de pouvoir d’achat immobilier, les ménages s’adaptent. Empruntis relève un allongement des durées d’emprunt, parfois jusqu’à 25 ans, ainsi qu’une révision à la baisse des budgets, notamment chez les 20-39 ans. Les acheteurs arbitrent davantage : un logement plus petit, plus éloigné, ou une maison en périphérie plutôt qu’un appartement mieux situé. Ce ne sont pas des choix de confort, mais des ajustements imposés par les nouvelles conditions de financement.
L’État essaie de maintenir un filet de soutien. Le prêt à taux zéro a été étendu à tous les logements neufs sur l’ensemble du territoire jusqu’au 31 décembre 2027. Cette aide peut soulager certains dossiers, notamment pour des ménages modestes ou intermédiaires. Mais elle ne change pas la logique de fond : quand le crédit est plus strict, que l’apport demandé grimpe et que les prix restent élevés, le premier achat ne disparaît pas, il se décale.
Empruntis note enfin que les établissements bancaires observent une baisse de 15 à 20% des demandes de crédit immobilier depuis début mars. C’est un indicateur précieux : de nombreux ménages ne renoncent pas forcément à devenir propriétaires, ils reportent simplement leur projet. L’immobilier cesse alors d’être un démarrage de parcours pour devenir un objectif de seconde phase, une fois la trajectoire professionnelle et financière suffisamment consolidée.
