Le président intérimaire péruvien José Maria Balcazar provoque une crise gouvernementale majeure en suspendant l’acquisition de F-16 américains malgré un contrat signé de 3,5 milliards de dollars. Cette décision entraîne la démission des ministres de la Défense et des Affaires étrangères, qui dénoncent une atteinte à la crédibilité internationale du pays.
Le Pérou se détourne des chasseurs F-16

Le Pérou se détourne des chasseurs F-16
Une crise gouvernementale d'une ampleur remarquable ébranle le Pérou depuis que le président par intérim José Maria Balcazar a annoncé la suspension de l'acquisition des F-16 américains. Ce revirement spectaculaire survient dans la foulée de la signature d'un contrat de 3,5 milliards de dollars avec Lockheed Martin, déclenchant aussitôt la démission fracassante des ministres de la Défense et des Affaires étrangères. L'épisode révèle de manière saisissante la précarité des engagements internationaux dans un pays rongé par une instabilité politique chronique.
Un contrat de 3,5 milliards de dollars en suspens
Le gouvernement péruvien avait officiellement dévoilé en octobre 2024 un programme de modernisation intégrale de ses forces aériennes. Cette initiative d'envergure prévoyait l'acquisition de 24 avions de combat de dernière génération pour un investissement colossal de 3,5 milliards de dollars, soit approximativement 2,97 milliards d'euros selon Capital.
Parmi les constructeurs en compétition figuraient plusieurs titans de l'industrie aéronautique mondiale : les Rafale français de Dassault Aviation, les Gripen suédois de Saab, et les F-16 américains de Lockheed Martin. En février dernier, un comité d'évaluation technique avait tranché en faveur de la proposition américaine. Cette sélection répondait à une nécessité pressante de modernisation de la flotte aérienne péruvienne, essentiellement constituée d'appareils vétustes remontant aux années 1990.
Les motivations présidentielles derrière le revirement
José Maria Balcazar légitime sa décision de reporter l'acquisition par des arguments démocratiques et budgétaires. "Ce contrat sera reporté afin que le nouveau président ou la nouvelle présidente élu(e) soit celui ou celle qui finalise ce type d'achats", a-t-il déclaré sur les ondes de la radio RPP. Le chef de l'État intérimaire, dont le mandat s'achève le 28 juillet prochain, invoque parallèlement les urgences sociales nationales.
Cette posture traduit une conception singulière de la continuité étatique dans un pays marqué par une instabilité politique remarquable. M. Balcazar incarne en effet le huitième dirigeant péruvien en une décennie, symptôme d'une crise démocratique profonde qui entrave directement les capacités de planification stratégique à long terme.
Paradoxalement, mercredi soir, en dépit des déclarations présidentielles, le ministère de l'Économie a procédé au versement de 462 millions de dollars à Lockheed Martin au titre du premier acompte. Cette manœuvre gouvernementale contradictoire illustre de manière éloquente la confusion institutionnelle qui règne à Lima.
Une opposition ministérielle ferme et des démissions fracassantes
Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères ont manifesté leur désapprobation par le geste le plus radical qui soit. Hugo de Zela, chef de la diplomatie, a fustigé avec véhémence l'attitude présidentielle : "M. Balcazar met en péril notre pays, lui fait perdre en crédibilité et fait de nous un partenaire en qui l'on ne peut avoir confiance dans un processus de négociation".
Carlos Diaz, ministre de la Défense, a pour sa part qualifié l'acquisition des F-16 de "besoin stratégique impérieux pour la sécurité et la défense de la nation". Ces démissions simultanées témoignent de l'ampleur du schisme au sein même de l'exécutif péruvien sur cette question déterminante pour l'avenir militaire du pays, rappelant d'ailleurs les tensions similaires observées en Colombie lors de ses propres négociations d'armement.
Le ministère de l'Économie s'est efforcé de clarifier la position officielle en soulignant que le respect des engagements étatiques "n'est pas une option, mais une obligation". Cette déclaration met en lumière les enjeux de crédibilité internationale qui transcendent largement les considérations politiciennes domestiques.
Des réactions politiques divergentes et des menaces de destitution
La classe politique péruvienne se fracture face à cette crise. Fernando Rospigliosi, président intérimaire du Parlement, a exhorté au respect contractuel en affirmant qu'"il ne reste plus qu'à honorer ce qui a été signé". Il souligne que le pays affronte "un problème politique, juridique et géopolitique" de première magnitude.
À l'inverse, le député ultraconservateur Jorge Montoya brandit ouvertement la menace d'une procédure de destitution contre M. Balcazar. Cette épée de Damoclès constitutionnelle révèle l'exaspération d'une fraction de la représentation nationale face à ce qu'elle perçoit comme un manquement aux obligations internationales du Pérou. L'ambassade américaine à Lima a précisé qu'une "signature technique" avait effectivement eu lieu lundi "avec la pleine connaissance des plus hauts échelons du gouvernement péruvien".
Les enjeux stratégiques de la modernisation aérienne F-16
La flotte aérienne péruvienne requiert indéniablement un renouvellement d'urgence. Elle se compose actuellement de 12 Mirage 2000 français, encore considérés comme opérationnels, mais également de MiG-29 russes et de Sukhoi-27 biélorusses acquis en 1997. La majorité de ces derniers appareils est désormais hors service ou placée en réserve, selon les publications militaires spécialisées.
L'ambassadeur américain Bernardo Navarro avait précisé que le contrat initial portait sur l'acquisition de 12 F-16 dans une première phase, avec des livraisons programmées à compter de 2029. Il avait également insisté sur le fait que ce processus se situait "au-delà de tout président", en soulignant sa dimension stratégique pérenne.