Le monde se tourne vers l’énergie nucléaire, et les investisseurs y prêtent attention

La Suède lève son interdiction d’extraction d’uranium, illustrant un retour mondial vers l’énergie nucléaire. Cette tendance, soutenue par les géants technologiques et les politiques gouvernementales, ouvre de nouvelles opportunités d’investissement dans un secteur en pleine renaissance.

Tahir Mobeen Wisdomtree
By Mobeen Tahir Published on 5 mai 2026 6h15
Pourquoi l’Europe parie-t-elle désormais sur les mini-centrales nucléaires ?
Le monde se tourne vers l’énergie nucléaire, et les investisseurs y prêtent attention - © Economie Matin
27%La Suède détient 27 % des réserves d'uranium connues en Europe.

En novembre 2025, quelques jours avant mon départ pour Stockholm où je dois rencontrer des investisseurs, mon collègue suédois me contacte pour m'annoncer que son pays lève l'interdiction de l'extraction d'uranium, en vigueur depuis 2018. Il évoque également des projets de construction de petits réacteurs modulaires. L'énergie nucléaire devient rapidement le thème central de nos réunions avec les investisseurs. Son enthousiasme était compréhensible, et je le partageais.

La Suède n'est peut-être pas le premier pays qui vient à l'esprit lorsqu'on parle d'énergie nucléaire, mais cette décision a du poids pour deux raisons. Premièrement, elle reflète une tendance plus large. Les pays qui s'étaient détournés de l'énergie nucléaire y reviennent aujourd'hui. La Suède exploite actuellement six réacteurs, qui produisent environ 30 % de son électricité, mais elle en a fermé sept et n'en a aucun en construction. Sa décision de 2023 de remplacer l'objectif « 100 % renouvelable » par celui d'une électricité « 100 % sans énergie fossile » d'ici 2040 marque un changement de cap clair, ouvrant la voie à de nouvelles capacités nucléaires.

Deuxièmement, la Suède détient 27 % des réserves d'uranium connues en Europe. Cela a des implications commerciales importantes, non seulement au niveau national, mais aussi pour l'ensemble du marché de l'uranium. La demande devant dépasser l'offre, la hausse des prix pourrait encourager une intensification de l'activité minière.

La Suède n'est pas un cas isolé. À mesure que la demande énergétique augmente, notamment dans les secteurs grands consommateurs d'énergie comme l'intelligence artificielle, le nucléaire est de plus en plus considéré comme une source fiable d'énergie de base, capable de fournir une alimentation électrique ininterrompue et sans émissions à grande échelle. Parallèlement, les tensions géopolitiques, notamment la guerre en Iran, ont renforcé la nécessité de réduire la dépendance aux combustibles fossiles. La sécurité énergétique est désormais aussi importante que la durabilité. Le nucléaire, bien qu'il ne soit pas exempt de considérations géopolitiques, offre une alternative qui gagne du terrain aux côtés des énergies renouvelables.

Les marchés s'intéressent de plus près à ce sujet depuis 2024, date à laquelle les géants du cloud ont commencé à signer d'importants contrats nucléaires pour alimenter leurs centres de données. Mais la dynamique s'est accélérée en mai 2025, lorsque le président Trump a annoncé des décrets visant à quadrupler la capacité nucléaire américaine d'ici 2050. Une expansion de cette ampleur en l'espace de 25 ans n'est pas quelque chose que les marchés pouvaient ignorer. Le plan prévoit la construction de nouveaux réacteurs, la prolongation de la durée de vie des réacteurs existants, l'amélioration de la réglementation et l'investissement dans des technologies telles que les petits réacteurs modulaires.

Les États-Unis ont déjà pris des mesures dans ce sens. De nouveaux réacteurs ont été mis en service, et des initiatives très médiatisées, comme l'accord conclu par Microsoft pour la réouverture de Three Mile Island, sont devenues emblématiques du renouveau du nucléaire. À mesure que les investissements dans les infrastructures d'IA se développent, l'énergie nucléaire s'inscrit de plus en plus dans ce contexte plus large.

Dans le même temps, la Chine a progressé à un rythme soutenu. Au cours des 15 dernières années, alors que d'autres réduisaient leur capacité, la Chine s'est développée de manière agressive. Elle exploite aujourd'hui 61 réacteurs, en a 38 en construction et n'en a fermé aucun. Son approche a été industrielle. Des conceptions standardisées, des chaînes d'approvisionnement nationales et l'échelle ont permis un déploiement plus rapide et plus rentable. Cela a créé un modèle et, pour d'autres, un sentiment d'urgence.

Au-delà des États-Unis et de la Chine, d'autres pays s'engagent également dans cette voie. De nombreuses économies asiatiques, fortement dépendantes des combustibles fossiles importés, voient dans le nucléaire un moyen d'améliorer leur sécurité énergétique. Le retour du Japon est particulièrement remarquable. Après Fukushima, le pays s'était détourné du nucléaire, mais il redémarre aujourd'hui ses réacteurs et vise à ce qu'au moins 20 % de son électricité provienne du nucléaire d'ici 2030. Si le Japon parvient à faire ce revirement, cela enverra un signal fort.

Les investisseurs se demandent souvent si, après une année 2025 solide, cette opportunité a déjà été prise en compte dans les cours. Nous pensons que non. L'ambition de tripler la capacité mondiale, voire de la quadrupler aux États-Unis, est loin d'être reflétée dans le pipeline actuel. Ce pipeline devra s'étendre considérablement, ce qui s'accompagne d'une incertitude quant aux entreprises qui en bénéficieront.

Ce qui est plus clair, c'est qu'une croissance de cette ampleur crée des opportunités tout au long de la chaîne de valeur, des producteurs d'uranium aux prestataires de services en passant par les développeurs de technologies. Les arguments en faveur du nucléaire continuent de se renforcer, soutenus par les politiques publiques et la hausse de la demande. Pour les investisseurs, la question n'est pas tant de savoir si ce thème existe, mais plutôt comment et quand s'y exposer.

Tahir Mobeen Wisdomtree

Director, Macroeconomic Research & Tactical Solutions, WisdomTree

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