RSA : plus d’1 foyer éligible sur 3 ne touche pas cette aide

Le RSA reste hors de portée d’une part massive de ses bénéficiaires potentiels : selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 6 mai 2026, entre 33% et 37% des foyers éligibles ne percevaient pas cette aide fin 2021.

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By Aurélie Giraud Last modified on 6 mai 2026 12h08
RSA : nouvelles mesures pour faciliter l'accès aux aides
Le non-recours au RSA révèle les difficultés persistantes d’accès aux droits sociaux. - © Economie Matin
560.000ombre de foyers sociaux éligibles au RSA mais non-recourants au dernier trimestre 2021.

La nouvelle étude de la Drees affine la mesure du non-recours au RSA grâce à un appariement de données fiscales, sociales et administratives mensuelles. Elle ne décrit pas seulement l’ampleur du phénomène : elle dessine aussi le profil de ceux qui, bien qu’éligibles, ne demandent pas ou ne touchent pas cette prestation.

RSA : plus d’un tiers des foyers éligibles ne touchent rien

Le non-recours au RSA est un angle mort massif de la protection sociale française. Dans son étude Études et Résultats n°1370, publiée le 6 mai 2026, la Drees estime qu’au dernier trimestre 2021, environ un million de personnes vivant en logement ordinaire en France métropolitaine étaient potentiellement bénéficiaires du revenu de solidarité active sans le percevoir. Ces personnes représentaient « 560.000 foyers sociaux éligibles », selon la formulation de la Drees.

Le taux de non-recours est évalué dans une fourchette comprise entre 33% et 37% des foyers éligibles. Autrement dit, plus d’un tiers des foyers qui pourraient bénéficier de cette aide n’en disposent pas effectivement. La Drees rappelle une raison simple, mais décisive : « le versement du RSA n’est pas automatique ». Le RSA demeure une prestation dite quérable : il faut la demander, déclarer ses ressources et remplir les démarches nécessaires.

La publication officielle est signée Cécile Gayet, pour la Drees et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Franceinfo a bien publié un article sur cette étude, d’après le lien transmis, mais la source officielle accessible et prioritaire reste la publication de la Drees. À ce stade, rien dans la page officielle consultée n’indique que la Drees aurait réservé l’information en premier à franceinfo.

Une aide non demandée malgré des montants parfois élevés

L’idée selon laquelle le non-recours au RSA concernerait surtout des droits très faibles ne tient qu’en partie. La Drees montre que 42% des foyers non-recourants auraient droit à 200 euros ou moins par mois et par unité de consommation, c’est-à-dire une mesure qui permet de comparer les niveaux de vie en tenant compte de la taille et de la composition du foyer. Mais, presque dans les mêmes proportions, 41% auraient droit à 400 euros ou plus.

Ce point est essentiel : une part importante des foyers concernés ne renonce pas à quelques dizaines d’euros, mais à un complément de revenu substantiel. La Drees estime aussi que le non-recours représente une masse financière comprise entre 29% et 32% du budget théorique du RSA si tous les foyers éligibles percevaient leurs droits. La dépense trimestrielle supplémentaire, en cas de plein recours, serait d’environ 630 millions d’euros.

Le non-recours durable pèse lui aussi lourd. Parmi les foyers éligibles au RSA sur plusieurs trimestres en 2021, entre 22% et 25% ne le percevaient pas pendant deux ou trois trimestres consécutifs. Pour ces foyers durablement non-recourants, 51% auraient pu toucher 400 euros ou plus par mois et par unité de consommation.

Qui sont les foyers qui passent à côté de cette aide ?

Le profil des non-recourants au RSA bouscule certains réflexes. La Drees observe qu’ils sont, en moyenne, moins défavorisés que les foyers qui recourent effectivement au RSA. Ils sont plus souvent propriétaires de leur logement, plus diplômés et plus proches de l’emploi.

Ainsi, 26% des foyers non-recourants sont propriétaires, contre 9% des foyers recourants. Ils sont aussi plus souvent salariés ou travailleurs indépendants : 31% ont une personne de référence salariée, contre 13% parmi les recourants, et 22% une personne de référence indépendante, contre 9% parmi les recourants. Les diplômés du supérieur sont également plus représentés parmi les non-recourants : 30%, contre 18% chez les recourants.

Cette proximité relative avec l’emploi peut paradoxalement éloigner du RSA. Des revenus instables, une reprise d’activité récente ou l’impression de n’être éligible que brièvement peuvent conduire à ne pas engager les démarches. La Drees avance aussi plusieurs explications possibles : incertitude sur les droits, coût administratif des démarches, distance aux guichets, dématérialisation, ou encore représentations négatives associées à l’aide sociale.

Le lien avec le système de protection sociale compte également. Les non-recourants perçoivent moins souvent d’autres prestations. Ils appartiennent moins fréquemment à des ménages bénéficiaires d’allocations logement, de prestations familiales ou de prime d’activité. En clair, ceux qui sont déjà en contact avec une CAF ou une caisse de MSA ont davantage de chances d’activer leurs droits.

Un effet réel sur la pauvreté, mais limité sur les statistiques nationales

Si tous les foyers éligibles touchaient le RSA, l’effet serait immédiat pour des centaines de milliers de ménages modestes. La Drees estime que 345.000 ménages pauvres verraient leur niveau de vie augmenter. Le gain moyen atteindrait « 280 euros par mois ».

Mais cette amélioration ne suffirait pas toujours à faire sortir les ménages de la pauvreté monétaire. Selon l’étude, 58.000 ménages franchiraient le seuil de pauvreté. Les 287.000 autres resteraient sous ce seuil malgré une hausse de niveau de vie significative, estimée à 260 euros mensuels en moyenne.

La réduction du taux de pauvreté monétaire serait donc limitée : 0,2 point seulement, dans le scénario théorique d’un plein recours au RSA. La Drees explique ce résultat par deux facteurs. D’abord, tous les ménages pauvres ne sont pas éligibles au RSA, notamment les retraités, les personnes en situation de handicap ou certains jeunes. Ensuite, le RSA garantit un revenu minimum, mais pas nécessairement un revenu supérieur au seuil de pauvreté.

Accès aux droits : ce que révèle le non-recours au RSA

Le non-recours au RSA n’est pas seulement une question budgétaire. Il interroge directement l’accès aux droits. La prestation existe, les droits sont théoriquement ouverts, mais une partie importante du public visé n’en bénéficie pas. C’est tout l’enjeu de la solidarité à la source et du pré-remplissage des déclarations de ressources.

La Drees précise que le dispositif de ressources mensuelles, le DRM, rassemble chaque mois les salaires et la plupart des prestations sociales. Ces données sont utilisées depuis avril 2025 pour le remplissage automatique des déclarations trimestrielles de ressources du RSA et de la prime d’activité. Cette évolution peut réduire une partie des obstacles administratifs, sans résoudre à elle seule les questions d’information, d’accompagnement ou de stigmatisation.

L’étude rappelle ainsi que le non-recours n’est pas concentré dans un seul groupe social. Il touche des jeunes entrants dans l’éligibilité, des actifs aux revenus instables, des indépendants, des propriétaires modestes, des personnes éloignées des guichets et des foyers qui n’ont pas l’habitude de solliciter les prestations sociales.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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