Bouchara : la marque survit, 358 salariés menacés

Bouchara est repris partiellement par AA Investments. L’enseigne de décoration et de linge de maison conserve 25 magasins, mais moins de la moitié de ses emplois sont sauvegardés.

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By Aurélie Giraud Published on 12 mai 2026 9h55
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Bouchara, enseigne historique du linge de maison et de la décoration, poursuit son activité avec un réseau réduit. - © Economie Matin
34%Part approximative des salariés de Bouchara repris par AA Investments.

Le tribunal des activités économiques de Paris a validé la reprise partielle de Bouchara par la société hongkongaise AA Investments. Derrière le sauvetage de la marque, l’opération acte une forte réduction du réseau et des effectifs, dans un secteur fragilisé par la baisse de la consommation, le ralentissement immobilier et la concurrence de l’e-commerce.

Bouchara : un rachat qui sauve la marque, pas la majorité des emplois

Bouchara ne disparaît pas, mais l’enseigne ressort profondément amputée de sa procédure de redressement judiciaire. Connue pour son linge de lit, ses rideaux, ses tissus, sa décoration et ses arts de la table, la marque va poursuivre son activité sous le contrôle d’AA Investments. Le repreneur conserve 25 magasins et 184 salariés, selon les informations communiquées après la décision du tribunal des activités économiques de Paris, reprises notamment par Europe 1.

Le bilan social reste lourd. Bouchara comptait 541 salariés en CDI et 52 magasins en France au moment de la procédure, d’après les données communiquées lors de la demande de redressement judiciaire. La reprise porte donc sur 25 magasins sur 52, soit environ 48% du réseau, et 184 salariés sur 541, soit près de 34% des effectifs CDI. Autrement dit, moins d’un magasin sur deux est conservé et environ deux salariés sur trois ne sont pas intégrés au périmètre de reprise.

Les représentants du personnel avaient alerté avant la décision sur le sort des salariés non repris. Selon les chiffres relayés par la presse, 358 salariés devraient être licenciés dans le cadre de cette reprise partielle.

La situation de Bouchara illustre aussi la fragilité persistante du commerce spécialisé de centre-ville. L’enseigne exploite historiquement de vastes surfaces, souvent situées dans des villes moyennes ou des centres commerciaux urbains. Or ces formats coûtent cher à maintenir lorsque la fréquentation baisse et que les achats d’équipement de la maison ralentissent.

Une enseigne fragilisée par la consommation et l’e-commerce

Bouchara avait demandé son placement en redressement judiciaire en janvier 2026. L’entreprise expliquait alors ses difficultés par plusieurs facteurs convergents. La direction évoquait notamment « un environnement de marché durablement contraint », « une baisse des dépenses des ménages » et la concurrence des « acteurs à bas prix et du e-commerce ».

Ces trois éléments pèsent directement sur le modèle de Bouchara. Le linge de maison, les rideaux, les tissus d’ameublement ou les objets de décoration font partie des achats que les ménages peuvent repousser lorsque leur budget se tend. Le ralentissement du marché immobilier réduit aussi les occasions de rééquiper un logement, de refaire une chambre, de changer des rideaux ou de renouveler les arts de la table.

L’enseigne a également subi la pression des pure players et des acteurs discount. Dans le textile de maison comme dans la décoration, le client compare vite, achète souvent en promotion et attend des livraisons rapides. Pour une chaîne de magasins physiques, avec loyers, stocks, personnel et charges fixes, l’équation devient de plus en plus difficile à tenir.

Les chiffres d’activité montrent l’érosion du modèle. L’appel d’offres publié dans le cadre de la procédure indiquait un chiffre d’affaires de 87 millions d’euros en 2022, 80 millions d’euros en 2023 et 74 millions d’euros en 2024. Le Journal des Entreprises indiquait aussi que l’entreprise estimait son chiffre d’affaires 2025 à 82,5 millions d’euros, contre 91,1 millions d’euros en 2024. Le réseau restait donc significatif, mais insuffisant pour absorber durablement ses coûts dans un marché chahuté.

AA Investments mise sur Françoise Saget et un réseau réduit

Le repreneur retenu, AA Investments, est une société hongkongaise détenue par l’homme d’affaires français Morteza Goshayeshi et sa famille. Son offre faisait partie d’une douzaine de dossiers officiellement déposés, parmi lesquels figurait également une proposition de Lidl. Le tribunal a finalement retenu le projet d’AA Investments, présenté comme le mieux-disant.

AA Investments entend rapprocher Bouchara de Françoise Saget, autre marque spécialisée dans le linge de maison intégrée au groupe familial. Europe 1 rapporte que les repreneurs promettent des synergies avec Françoise Saget, marque également positionnée sur l’univers du linge de maison. L’objectif affiché est clair : reconstruire une offre autour du textile, du linge de maison et de la distribution multicanale, en s’appuyant sur deux marques connues du grand public.

Le projet reste toutefois très sélectif. En conservant 48% des magasins et34% des salariés, AA Investments reprend surtout la partie jugée exploitable du réseau. Les boutiques non retenues devraient fermer, sauf solution locale ou reprise isolée. Pour les salariés concernés, la poursuite de la marque ne signifie donc pas la poursuite de leur emploi.

Reste à savoir quelle place sera accordée aux magasins physiques dans ce nouveau modèle. Bouchara est une enseigne de toucher, de matière, de conseil et de mise en scène domestique. Mais l’équation économique impose désormais un réseau plus resserré, une offre probablement moins coûteuse à produire et une présence en ligne plus efficace.

Une marque patrimoniale rattrapée par la crise du commerce spécialisé

Fondée en 1899, Bouchara appartient à l’histoire du commerce français. L’enseigne s’est d’abord imposée dans les tissus avant d’élargir son offre au linge de maison, aux rideaux, à la décoration, aux arts de la table et aux accessoires. Son site officiel continue d’afficher ces univers, de la chambre à la salle de bain, en passant par la table, l’enfant, les rideaux et la petite décoration.

Ce positionnement, longtemps porteur, est devenu plus difficile à défendre. Les enseignes spécialisées subissent la pression des coûts fixes, des loyers, des stocks et de la concurrence numérique. Dans le même temps, les ménages reportent certains achats jugés non essentiels. Les dépenses liées à l’aménagement du logement dépendent aussi des déménagements, des travaux et des transactions immobilières, eux-mêmes pénalisés par la hausse passée des taux et le durcissement du crédit.

Bouchara n’est donc pas un cas isolé. Son redressement judiciaire s’inscrit dans une série de tensions qui touchent l’équipement de la maison, l’habillement, le textile et les commerces de centre-ville. La reprise par AA Investments évite une liquidation totale, mais elle confirme une tendance lourde : les marques patrimoniales survivent souvent au prix d’un réseau réduit et de plans sociaux sévères.

Ce que change vraiment la reprise de Bouchara

La reprise validée par le tribunal maintient une partie de l’activité, mais transforme profondément le périmètre de l’enseigne.

  • 25 magasins repris sur 52, soit environ 48% du réseau.
  • 184 salariés repris sur 541 CDI, soit environ 34% des effectifs.
  • La majorité des salariés ne sont donc pas intégrés au périmètre de reprise.
  • 358 salariés devraient être licenciés, selon les chiffres relayés après la décision.
  • AA Investments veut rapprocher Bouchara de Françoise Saget pour relancer l’offre textile et linge de maison.
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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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