Minelli ferme définitivement : l’échec du redressement judiciaire sonne le glas d’un demi-siècle d’histoire

Minelli annonce sa fermeture définitive le 30 mai après l’échec de son redressement judiciaire. L’enseigne française de chaussures, fondée en 1973, n’a pas trouvé de repreneur viable pour ses 21 magasins et ses 86 salariés. Cette liquidation marque la fin d’un demi-siècle d’histoire dans un secteur en pleine mutation.

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By Nicolas Egon Last modified on 13 mai 2026 15h23
Minelli ferme définitivement : l'échec du redressement judiciaire sonne le glas d'un demi-siècle d'histoire
Minelli ferme définitivement : l’échec du redressement judiciaire sonne le glas d’un demi-siècle d’histoire - © Economie Matin
3,7 millions d'euros Lors de son dernier exercice, Minelli a accusé une perte de 3,7 millions d'euros

Minelli tire le rideau final après l'échec de son redressement judiciaire

La nouvelle était redoutée, elle est désormais officielle : Minelli fermera définitivement ses portes le 30 mai 2026. Cette décision, annoncée ce mercredi 13 mai, intervient après l'échec des négociations de reprise conduites dans le cadre du redressement judiciaire prononcé en mars dernier. Pour cette enseigne fondée en 1973 près de Marseille, qui aura incarné pendant plus d'un demi-siècle une certaine idée de la chaussure féminine française, c'est bien le dénouement d'une aventure qui emploie encore 86 personnes.

« C'est avec le cœur lourd que nous vous annonçons que Minelli ferme définitivement ses portes », a écrit la marque sur Instagram, dans un message sobre qui sonne comme un épilogue. Ces quelques mots résument à eux seuls la trajectoire d'une entreprise qui, après avoir résisté aux crises et aux mutations du commerce de détail, n'aura finalement pas survécu à la brutalité de ce second naufrage.

Des offres de reprise insuffisantes pour sauver l'entreprise

Les candidats à la reprise disposaient jusqu'au 11 mai pour déposer leurs dossiers auprès du tribunal des activités économiques de Paris. Six offres ont été enregistrées, selon Les Échos, mais aucune ne permettait de maintenir l'activité dans son ensemble. La plupart se limitaient à la reprise partielle d'un ou deux des 21 points de vente restants, sans garantir le maintien des emplois.

Parmi les candidats figuraient des enseignes aux univers fort différents : Maje (groupe SMCP), Father and Sons, l'opticien Jimmy Fairly ou encore la chaîne de boulangeries Mie Câline, toutes cantonnées à des projets géographiquement très restreints. Plus inattendu encore, le groupe de transport et de logistique Baghaira avait proposé de racheter uniquement la marque, les stocks évalués à 2,7 millions d'euros et neuf salariés du siège de Gémenos, pour la somme de 300 000 euros, en pariant sur le seul commerce en ligne. Une offre qui excluait intégralement les 21 boutiques physiques et leurs 77 employés, comme le rapporte Le Parisien.

Une spirale financière fatale malgré un précédent sauvetage

Cette fermeture définitive survient à peine deux ans et demi après un premier redressement judiciaire qui n'avait accordé qu'un sursis. En 2023, trois repreneurs, des investisseurs associés à la marque de vêtements Mes Demoiselles Paris, avaient tenté de relancer l'enseigne au sein d'une nouvelle entité rebaptisée « Maison Minelli ».

Ce sauvetage s'était accompagné d'une saignée sociale sévère : les effectifs avaient chuté de 600 à moins de 200 salariés. Malgré ces restructurations douloureuses, la situation financière ne s'est jamais vraiment redressée. L'enseigne a enregistré des pertes de 3,7 millions d'euros lors de son dernier exercice publié 2024-2025, précipitant un nouveau placement en redressement judiciaire en mars 2026. Cette trajectoire descendante illustre les fragilités structurelles d'une entreprise provençale incapable de retrouver un modèle économique viable dans un paysage commercial profondément recomposé.

Les salariés, premières victimes d'une liquidation annoncée

Ce sont 86 personnes qui vont perdre leur emploi, réparties entre le siège social de Gémenos, dans les Bouches-du-Rhône, et les 21 points de vente encore en activité. Une situation d'autant plus cruelle qu'elle fait écho à la précédente vague de licenciements de 2024, comme le souligne France Info. Plus de 400 emplois avaient déjà été supprimés lors du premier plan de restructuration, une hémorragie dont l'entreprise ne s'est jamais remise.

La direction a annoncé que les boutiques resteraient ouvertes jusqu'au 30 mai, avec une remise exceptionnelle de 60 % sur l'ensemble des produits afin d'écouler les derniers stocks, estimés à 2,7 millions d'euros. Les commandes sur le site web, elles, ont d'ores et déjà été suspendues, marquant la fin de toute activité commerciale.

Un secteur en pleine mutation face à de nouveaux défis

La disparition de Minelli s'inscrit dans un mouvement de fond qui frappe depuis plusieurs années le commerce de détail spécialisé en France. Comme le rappelle Sud Ouest, Claire's, Jennyfer, Okaïdi, IKKS… la liste des marques placées en redressement judiciaire ou liquidées s'allonge inexorablement depuis deux ans, révélant les fragilités d'un modèle fondé sur la présence en centre-ville et en centre commercial.

Ces enseignes font face à un triple défi : l'évolution profonde des habitudes de consommation, l'inflation des coûts, énergie, matières premières, loyers commerciaux, et une concurrence exacerbée. Cette dernière prend notamment la forme de la montée en puissance de la seconde main et, surtout, de la « fast fashion » portée par des plateformes asiatiques proposant des prix défiant toute concurrence. Ces nouveaux acteurs ont bouleversé les équilibres traditionnels du commerce de détail, imposant des cycles de renouvellement vertigineux à des prix que les marques historiques ne peuvent structurellement pas égaler. Sur ces dynamiques de consommation, lire aussi notre analyse sur le No Buy 2025, le challenge TikTok qui interroge les comportements d'achat.

L'héritage d'une marque française emblématique

Fondée en 1973 à Gémenos, dans les collines au-dessus de Marseille, Minelli aura marqué l'histoire de la chaussure féminine française pendant plus d'un demi-siècle. À son apogée, l'entreprise comptait jusqu'à 600 salariés pour un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros, s'imposant comme une présence familière dans les centres-villes du pays.

« Cette période marque la fin d'une aventure profondément humaine, portée par des équipes passionnées qui ont fait vivre la marque avec engagement et sincérité pendant plus d'un demi-siècle », a écrit la direction dans son message d'adieu, relayé par TF1. Des mots qui sonnent comme un hommage autant qu'un aveu d'impuissance.

La chute de cette enseigne soulève des questions qui dépassent largement son seul cas : quel avenir pour le commerce de proximité ? Les procédures de redressement judiciaire sont-elles encore adaptées lorsque les difficultés sont structurelles et non conjoncturelles ? Comme le note Le Figaro, Minelli n'est pas un cas isolé, mais le symptôme d'une transformation profonde du tissu commercial français. Un phénomène que l'on retrouve également dans d'autres secteurs, à l'image de la faillite d'Esprit, dont Noz a racheté les stocks pour les brader.

Pour les fidèles de la marque, il ne reste désormais que quelques jours pour franchir une dernière fois le seuil de ses boutiques, avant que ne se referme définitivement cette page de la mode française.

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