Mercosur : 94% des Français rejettent l’accord commercial européen

Une étude exclusive révèle que 94% des Français exigent la suspension de l’accord Mercosur, dénonçant une concurrence déloyale qui menace les agriculteurs nationaux. Cette opposition massive transcende les clivages politiques et questionne la stratégie commerciale européenne face aux asymétries de la mondialisation contemporaine.

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By Adélaïde Motte Published on 19 mai 2026 10h44
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Mercosur : 94% des Français rejettent l’accord commercial européen - © Economie Matin

Mercosur : une opposition massive des Français révèle les failles du libre-échange européen

L'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur cristallise aujourd'hui un rejet sans précédent de la part des citoyens français. Une étude exclusive menée par l'institut Norstat pour l'Institut pour le Progrès, réalisée les 26 et 27 avril 2026 auprès de 1 002 Français représentatifs, livre des chiffres proprement saisissants : 94 % des répondants exigent la suspension de l'application de cet accord tant que des garanties strictes n'auront pas été apportées.

Cette opposition traverse les clivages politiques traditionnels et dessine les contours d'une défiance profonde envers une certaine conception de la mondialisation. Loin d'un simple réflexe protectionniste, l'enquête met en lumière une exigence de cohérence économique et démocratique face aux asymétries béantes du commerce international contemporain.

Des agriculteurs français perçus comme sacrifiés sur l'autel du libre-échange

L'une des révélations les plus frappantes de cette étude tient à la perception du danger que représente l'accord pour les producteurs nationaux. Avec 92 % des Français estimant que le Mercosur met en péril les agriculteurs et éleveurs français — dont 52 % qui adhèrent totalement à cette conviction —, le consensus dépasse largement les frontières partisanes habituelles.

Cette inquiétude ne relève pas d'une simple intuition. Elle s'ancre dans une réalité économique solidement documentée : l'écart structurel de coûts de production entre les filières européennes et sud-américaines. Un écart qui ne procède pas d'une productivité supérieure, mais avant tout d'un différentiel réglementaire considérable. Les producteurs brésiliens recourent ainsi à des antibiotiques de croissance proscrits dans l'Union européenne, opèrent sous des normes de bien-être animal bien moins contraignantes, accèdent au foncier par conversion de zones forestières, et bénéficient d'une fiscalité comme d'un coût du travail sans commune mesure avec les standards européens. Autant de distorsions que l'ombre d'un véritable cartel industriel vient encore aggraver.

Une défiance alimentaire enracinée dans les pratiques industrielles

Au-delà des considérations agricoles, l'opinion française exprime une méfiance tenace envers les produits importés d'Amérique du Sud. Selon l'enquête de l'Institut pour le Progrès, 73 % des répondants déclarent ne pas avoir confiance dans la viande importée du Brésil et d'Argentine, quand seulement 5 % font part d'une confiance totale.

Cette défiance puise sa source dans une triple préoccupation que les récentes révélations journalistiques ont largement documentée. Ainsi, 77 % des Français se disent préoccupés par les conditions de production de la viande brésilienne — déforestation, usage massif d'antibiotiques, défaillances des contrôles sanitaires. L'École de guerre économique, dans une analyse publiée le 17 avril 2026, qualifie d'ailleurs le Mercosur de « cas d'école de guerre économique délibérée », pointant une convergence stratégique troublante entre l'État brésilien et le géant industriel JBS, leader mondial de la viande.

JBS : anatomie d'un quasi-monopole adossé à la puissance publique

L'enquête révèle également l'étendue des préoccupations françaises face à la structure monopolistique du secteur exportateur brésilien. Fondée en 1953, JBS est devenue en deux décennies un empire planétaire contrôlant plus de deux cents unités de production dans une quinzaine de pays — une ascension que le soutien massif de la banque publique brésilienne BNDES a largement propulsée, avec l'injection entre 2004 et 2016 de près de neuf milliards de reals en crédits directs et indirects. Le chiffre d'affaires du groupe, qui s'établissait autour de 12 milliards d'euros en 2009, a franchi la barre des 76 milliards d'euros en 2025 — soit un ordre de grandeur sans équivalent parmi les acteurs européens comparables.

Cette concentration préoccupe d'autant plus que 93 % des Français interrogés y voient une concurrence déloyale manifeste envers les éleveurs européens, une conviction que 69 % d'entre eux partagent sans la moindre réserve.

Un rejet qui transcende le protectionnisme traditionnel

Certains seraient tentés de réduire ces résultats à une montée banale du protectionnisme. Alexis Sémanne, directeur du Comité scientifique de l'Institut pour le Progrès, refuse cette lecture : « L'échange est un droit naturel comme la propriété, mais le Mercosur n'est pas du libre-échange — c'est une concurrence asymétrique entre producteurs français sur-réglementés et concurrents soumis à des standards bien moins coûteux. »

Cette analyse fait écho aux mises en garde de l'eurodéputée Céline Imart, agricultrice et membre du groupe PPE, qui dénonce ce qu'elle qualifie de « cheval de Troie de la viande brésilienne ». Selon elle, l'Union européenne demeure prisonnière d'un « logiciel de libre concurrence » à l'heure précise où ses partenaires commerciaux ont basculé dans la logique de la puissance et de la diplomatie économique — un aveuglement stratégique que Ursula von der Leyen elle-même a commencé à reconnaître sur d'autres dossiers.

Vers une refondation de la politique commerciale européenne

L'ampleur du rejet révélé par cette enquête interroge plus largement la stratégie de mondialisation européenne conduite au cours des trois dernières décennies. Depuis l'ouverture commerciale accélérée des années 1990, l'Union européenne a multiplié les accords de libre-échange en présupposant que l'ouverture engendrerait mécaniquement croissance et prospérité partagées. Le bilan s'avère aujourd'hui bien plus contrasté : désindustrialisation accélérée, dépendances stratégiques accrues, perte de souveraineté agricole et énergétique.

Michael Miguères, président de l'Institut pour le Progrès, convoque à cet égard une exigence formulée par Georges Pompidou dès 1969 : « Si les Français ouvraient leurs frontières, c'était pour gagner. » Une exigence que la conduite européenne récente semble avoir durablement oubliée.

Face à ces constats, l'Institut articule ses recommandations autour de deux axes complémentaires : d'une part, la suspension de l'application provisoire de l'accord sur son volet agricole et le renforcement des contrôles aux frontières extérieures ; d'autre part, un choc de simplification réglementaire et un allègement substantiel de la fiscalité pesant sur la production européenne. Cette double approche vise à corriger l'asymétrie fondamentale qui fausse aujourd'hui toute compétition : exiger la réciprocité aux frontières tout en libérant les forces productives du continent de contraintes devenues excessives. Car comme le rappelle l'analyse avec lucidité, « aucune politique commerciale, si exigeante soit-elle, ne peut compenser un désavantage fiscal structurel face à des concurrents subventionnés et fiscalement avantagés. »

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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