Le Royaume-Uni assouplit ses sanctions en autorisant l’importation de diesel et kérosène raffinés à partir de pétrole russe dans des pays tiers. Cette décision répond à la flambée des prix énergétiques et aux tensions d’approvisionnement liées au conflit au Moyen-Orient.
Le Royaume-Uni va acheter du pétrole russe

Le gouvernement britannique vient d'assouplir ses sanctions contre la Russie en autorisant l'importation de diesel et de kérosène issus du raffinage de pétrole brut russe dans des pays tiers. Effective depuis mercredi, cette décision marque un tournant notable dans la politique énergétique de Londres, confrontée à une flambée des prix des carburants et à des tensions croissantes sur les approvisionnements mondiaux. Selon Reuters, les nouvelles règles s'appliquent sans limitation de durée, sous réserve d'examens périodiques, et s'inscrivent dans un contexte de crise énergétique internationale alimentée par la fermeture du détroit d'Ormuz et les tensions au Moyen-Orient.
Le cours du Brent évolue en effet autour de 110 dollars le baril, à proximité de ses récents sommets, sous l'effet des perturbations d'approvisionnement liées au conflit en cours dans le Golfe. C'est dans ce contexte de crise énergétique profonde que Londres a choisi de pragmatiser sa posture, au risque de froisser ses partenaires européens et ukrainiens.
Le Royaume-Uni autorise l'importation de produits pétroliers russes raffinés
Depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, les puissances occidentales ont déployé un vaste ensemble de mesures coercitives destinées à asphyxier les revenus énergétiques de Moscou. Le Royaume-Uni avait ainsi interdit, dès l'automne dernier, l'importation de diesel et de kérosène raffinés à partir de brut russe dans des pays tiers — une mesure qui visait à couper les voies de contournement par lesquelles le pétrole russe continuait d'irriguer les marchés occidentaux. À ces restrictions s'ajoutaient l'interdiction d'importation directe de pétrole russe, les restrictions sur les services maritimes liés au transport d'hydrocarbures, le plafonnement du prix du brut russe à 60 dollars le baril et un embargo progressif sur le gaz naturel liquéfié.
Mais la réalité des flux commerciaux a toujours compliqué l'application stricte de ces dispositifs. Des intermédiaires — notamment l'Inde et la Turquie, qui raffinement de larges volumes de brut russe avant de les réexporter — ont permis au pétrole de Moscou de contourner les barrières formelles. Londres, en autorisant désormais ces importations indirectes, reconnaît implicitement l'inefficacité partielle du mécanisme qu'elle avait elle-même instauré.
Une exemption dictée par l'urgence d'approvisionnement
La décision s'explique avant tout par des tensions concrètes sur deux carburants stratégiques : le diesel, colonne vertébrale du transport routier et ferroviaire, et le kérosène aviation, indispensable au secteur aérien. La fermeture du détroit d'Ormuz a aggravé une situation déjà précaire, en privant les marchés européens d'une part significative de leurs approvisionnements habituels.
Comme le détaille The Guardian, les nouvelles règles ouvrent concrètement la porte à l'importation de kérosène en provenance d'Inde, qui était jusqu'à récemment l'un des principaux fournisseurs du Royaume-Uni et de l'Europe. Une grande partie du brut russe est par ailleurs raffinée en Turquie, dont les exportations pourraient également bénéficier de cet assouplissement. Les prix européens du kérosène aviation avaient plus que doublé au lendemain du déclenchement de la guerre en Ukraine, avant de refluer à un niveau demeurant environ 50 % supérieur aux standards d'avant-conflit — une volatilité qui a contraint plusieurs compagnies aériennes opérant depuis le Royaume-Uni à annuler des liaisons et à rehausser leurs tarifs.
L'impact sur les prix à la pompe et l'inflation britannique
La hausse des coûts énergétiques exerce une pression persistante sur l'inflation au Royaume-Uni. Le RAC, organisme de référence du secteur automobile britannique, relevait lundi que le prix moyen de l'essence sans plomb avait atteint 152,52 pence le litre, soit son niveau le plus élevé depuis le début du conflit ukrainien. Ce chiffre illustre à quel point la pénurie de produits raffinés se répercute directement sur le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises — un enjeu d'autant plus sensible que le contexte financier européen demeure sous tension.
Parallèlement à cet assouplissement sur les produits pétroliers, Londres a également accordé une licence temporaire autorisant le transport maritime de gaz naturel liquéfié russe issu des projets Sakhalin-2 et Yamal, valable jusqu'au 1er janvier 2027. Cette mesure répond aux besoins de certains partenaires asiatiques du Royaume-Uni, dont les économies demeurent étroitement dépendantes de ces approvisionnements. Selon la BBC, le gouvernement a précisé que l'ensemble de ces nouvelles règles serait appliqué « pour une durée indéfinie », tout en restant soumis à des révisions régulières susceptibles d'en modifier ou d'en révoquer les termes.
Pourquoi l'Union européenne ne peut adopter la même stratégie
De l'autre côté de la Manche, l'Union européenne maintient une ligne bien plus ferme. Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l'économie, a critiqué dès mardi les exemptions américaines comparables : « Du point de vue de l'UE, nous ne pensons pas que ce soit le moment d'alléger la pression sur la Russie. » Cette divergence n'est pas fortuite : elle tient à des réalités structurelles que le Royaume-Uni, hors de l'Union depuis le Brexit, n'est plus contraint de partager.
L'UE reste géographiquement et politiquement plus exposée au conflit ukrainien. Sa dépendance historique aux hydrocarbures russes, bien qu'en nette réduction depuis 2022, lui impose une vigilance particulière : tout assouplissement perçu comme prématuré risque de fragiliser le consensus interne entre les vingt-sept États membres, dont certains — notamment les pays baltes et la Pologne — maintiennent une ligne de fermeté absolue. Dombrovskis l'a formulé sans détour : « C'est la Russie qui tire profit de la guerre en Iran et de la hausse des prix des combustibles fossiles. » Autrement dit, tout relâchement des sanctions reviendrait, selon Bruxelles, à financer indirectement l'effort de guerre de Moscou.
