Stellantis annonce officiellement le retour de la mythique 2 CV Citroën en version 100% électrique pour 2028. Produite en Italie et vendue sous 15 000 euros, cette renaissance vise à démocratiser la mobilité électrique face à la concurrence asiatique.
La 2 CV revient en version électrique !

La 2 CV électrique de Stellantis : renaissance d'un mythe automobile français
Stellantis ressuscite la légendaire 2 CV de Citroën dans une version résolument moderne et écologique. Cette icône de l'automobile française, qui a marqué l'histoire de 1948 à 1990, s'apprête à faire son grand retour sur nos routes en 2028, entièrement électrique cette fois. Une stratégie audacieuse qui s'inscrit dans le projet E-Car du constructeur, visant à démocratiser la mobilité électrique avec un tarif annoncé sous la barre des 15 000 euros.
Cette renaissance électrique de la mythique « Deudeuche » survient dans un contexte de bouleversements industriels profonds, où les impératifs climatiques redessinent les priorités des grands groupes automobiles. L'annonce de Stellantis, révélée en premier par Les Échos, marque un tournant décisif pour l'avenir de la mobilité populaire en Europe.
Une réponse économique à la concurrence asiatique
Le projet de relance de la 2 CV obéit à une logique économique précise pour Stellantis. Face à la montée en puissance des constructeurs asiatiques comme Leapmotor, le groupe italo-franco-américain mise sur la nostalgie et l'innovation pour reconquérir le marché européen des petites citadines. Xavier Chardon, directeur général de Citroën, avait déjà évoqué fin avril cette ambition de redonner vie au modèle emblématique.
Cette stratégie s'inspire des kei cars japonaises, ces véhicules compacts de moins de 3,40 mètres qui représentent plus du tiers du marché nippon. La Commission européenne a récemment ouvert la voie à un nouveau cadre réglementaire favorisant l'émergence de voitures électriques européennes sous les 15 000 euros, créant une fenêtre d'opportunité que Stellantis entend saisir.
L'enjeu économique pour le groupe est considérable : proposer une alternative européenne crédible face à l'offensive chinoise sur le segment des véhicules électriques abordables. Pour y parvenir, cette nouvelle 2 CV devra probablement intégrer des composants chinois, notamment pour la batterie, suivant l'exemple tracé par Renault avec sa nouvelle Twingo.
Production italienne et partenariats stratégiques avec la Chine
Contrairement à l'originale fabriquée en France, la nouvelle 2 CV sera assemblée dans l'usine de Pomigliano d'Arco en Italie, site historique de la Fiat Panda. Cette décision industrielle s'inscrit dans la stratégie globale de Stellantis, qui a récemment conclu un accord avec le constructeur chinois Dongfeng, ancien partenaire de Peugeot et Citroën. La semaine précédant l'annonce officielle, le groupe avait déjà signé un partenariat similaire avec Leapmotor, confirmant sa volonté d'alliances étroites avec l'industrie automobile chinoise. Ces rapprochements stratégiques visent à maîtriser les coûts de production tout en accédant aux technologies de pointe en matière de batteries électriques.
Le directeur général Antonio Filosa, arrivé aux commandes après le départ fracassant de Carlos Tavarès, prépare la présentation du prochain plan stratégique du groupe. Le retour de Gilles Vidal au poste de directeur du design — après son passage chez Renault, où il avait imaginé les nouvelles R5 et R4 — ne doit rien au hasard dans cette renaissance rétro-futuriste.
Cibler les ménages modestes : un défi de positionnement autant qu'une promesse sociale
La clientèle visée par cette nouvelle mouture de la 2 CV correspond en premier lieu aux ménages modestes et aux jeunes conducteurs urbains. Avec son tarif annoncé sous les 15 000 euros, elle ambitionne de démocratiser l'accès à la mobilité électrique, renouant avec l'esprit originel du projet conçu dès les années 1930. Le cahier des charges de la TPV — pour « Toute Petite Voiture » — prévoyait alors de « transporter quatre personnes et 50 kg de bagages à 60 km/h en vitesse de pointe », le tout résumé par le slogan devenu culte : « Quatre roues sous un parapluie ». Cette philosophie de simplicité radicale et d'accessibilité guide encore aujourd'hui le développement de sa descendante électrique.
L'enjeu sociétal dépasse la seule dimension commerciale. Dans un contexte où les véhicules électriques demeurent largement inaccessibles aux classes populaires, cette nouvelle 2 CV pourrait constituer un véritable pont vers la transition énergétique. Elle s'adresse aux familles en quête d'une seconde voiture économique, aux jeunes actifs des métropoles, ainsi qu'aux collectivités territoriales engagées dans le verdissement de leur parc automobile. À l'heure où le Dieselgate a définitivement entamé la crédibilité de certains constructeurs européens, Stellantis joue ici une carte de réhabilitation industrielle autant que symbolique.
Un calendrier ambitieux jusqu'au lancement de 2028
Le lancement commercial est prévu pour 2028, laissant à Stellantis le temps de finaliser le développement technique et d'organiser l'outil industriel. Cette échéance coïncide avec le durcissement des objectifs européens de réduction des émissions de CO₂, qui s'intensifieront dans la seconde moitié de la décennie. La feuille de route prévoit la finalisation du design et des partenariats technologiques d'ici 2026, l'installation des lignes de production à Pomigliano d'Arco en 2027, puis un lancement sur le marché européen en 2028, suivi d'une extension potentielle vers d'autres marchés internationaux entre 2029 et 2030.
Cette chronologie ambitieuse exigera une coordination sans faille entre les équipes de conception françaises, les sites de production italiens et les fournisseurs asiatiques de composants électriques. La réussite du projet pourrait, au passage, ouvrir la voie à d'autres résurrections d'icônes automobiles européennes en version zéro émission.
Selon le dernier baromètre 2026 de Classic Expert, la 2 CV vient tout juste de perdre sa première place dans le cœur des collectionneurs, dépassée par la Porsche 911. Cette nostalgie persistante constitue un atout marketing considérable pour Stellantis, qui mise sur l'émotion autant que sur la technologie pour séduire ses futurs acheteurs.
Défis techniques et bataille concurrentielle
Le principal défi des ingénieurs consistera à préserver l'ADN de simplicité et de robustesse de l'originale tout en intégrant les contraintes modernes de sécurité, de connectivité et de performance électrique. L'équation entre autonomie suffisante, prix contenu et temps de recharge acceptable ne se résoudra pas sans arbitrages douloureux. Face à la concurrence de Renault avec sa Twingo électrique, également positionnée sur le segment populaire, la nouvelle 2 CV devra affirmer avec clarté sa différenciation. L'héritage historique de Citroën et son aura iconique constituent des atouts indéniables dans cette bataille commerciale à venir — à condition de ne pas les diluer dans un exercice de style purement nostalgique.
Cette renaissance électrique de la 2 CV illustre avec acuité les mutations de l'industrie automobile européenne, tiraillée entre la nostalgie d'un passé glorieux et les impératifs écologiques d'un avenir sous contrainte. Pour Stellantis, l'enjeu dépasse largement la simple relance d'un modèle culte : il s'agit de démontrer que l'Europe peut encore rivaliser avec l'Asie sur le terrain de la mobilité électrique accessible. Un pari industriel, économique et presque culturel — dont le résultat se lira, en 2028, sur les routes de nos villes.