Une mission scientifique menée à Ushuaïa tente désormais de déterminer si des rongeurs locaux sont porteurs du hantavirus des Andes, après le foyer épidémique détecté à bord du navire de croisière MV Hondius. Les biologistes argentins ont installé près de 150 pièges autour de la ville australe, tandis que plusieurs laboratoires doivent encore analyser les prélèvements. Cette enquête sanitaire intervient alors que trois décès ont déjà été liés à cette flambée inhabituelle de hantavirus.
Hantavirus : ce que les scientifiques espèrent découvrir à Ushuaïa

Des chercheurs argentins ont commencé, le 19 mai 2026, une vaste campagne de capture de rongeurs dans les environs d’Ushuaïa afin d’identifier une éventuelle circulation du hantavirus dans cette région de Terre de Feu jusqu’ici considérée comme peu exposée. Selon l’agence Associated Press, les scientifiques du laboratoire public Malbrán ont récupéré environ 150 rongeurs destinés à des analyses sanguines et virologiques, peut-on lire dans Sud Ouest. Cette opération découle directement du cluster de hantavirus apparu à bord du MV Hondius, un navire d’expédition parti d’Ushuaïa début avril.
Hantavirus : pourquoi Ushuaïa est devenue le centre des investigations
Les autorités sanitaires argentines cherchent désormais à comprendre si Ushuaïa a pu constituer un point de contamination avant l’embarquement des passagers du MV Hondius. Les chercheurs ont inspecté plus de 150 pièges disposés dans des zones forestières autour de la ville australe. Les équipes travaillaient avec des gants, des masques chirurgicaux et des équipements de protection renforcés, signe de la sensibilité du dossier sanitaire. Cette recherche sur le hantavirus s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu. D’après l’Organisation mondiale de la santé, relayée par plusieurs médias européens au cours de la semaine écoulée, au moins six cas confirmés et plusieurs cas suspects ont été détectés parmi les passagers et membres d’équipage du MV Hondius. Trois décès ont également été signalés. Le navire avait quitté Ushuaïa le 1er avril avec environ 150 passagers et membres d’équipage issus de 23 nationalités.
Les investigations se concentrent notamment sur la souche dite “Andes”, considérée comme le seul hantavirus capable de transmission interhumaine documentée. Le séquençage génétique effectué sur certains malades a confirmé la présence du virus des Andes chez plusieurs patients liés au navire. “Le risque global pour la santé publique reste faible à ce stade”, a toutefois indiqué l’OMS dans une communication relayée par plusieurs agences de presse internationales le 11 mai 2026. À Ushuaïa, les scientifiques tentent surtout d’identifier le rôle éventuel des rongeurs locaux dans cette chaîne de contamination. Le principal vecteur connu du hantavirus des Andes, le rat pygmée de rizière à longue queue, n’est normalement pas présent en Terre de Feu. En revanche, une sous-espèce proche existe dans la région, sans que sa capacité à transmettre le hantavirus ait été clairement étudiée jusqu’à présent.
Ushuaïa face à une hypothèse sanitaire encore incertaine
Les autorités locales refusent pour l’instant de considérer Ushuaïa comme l’origine certaine du foyer de hantavirus. Plusieurs responsables régionaux ont rappelé ces derniers jours qu’aucun cas autochtone n’avait été officiellement recensé auparavant dans cette partie méridionale de l’Argentine. Cependant, la mission scientifique lancée autour d’Ushuaïa vise précisément à vérifier cette hypothèse et à mesurer un éventuel risque émergent. Les analyses biologiques doivent désormais déterminer si les animaux capturés portent des anticorps ou des traces virales compatibles avec le hantavirus des Andes. Les résultats pourraient prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Les prélèvements ont été transférés vers des laboratoires spécialisés du réseau national argentin.
Parallèlement, plusieurs médias internationaux ont retracé le parcours du couple néerlandais considéré comme potentiellement à l’origine de la chaîne de contamination observée à bord du MV Hondius. Ce couple passionné d’ornithologie avait voyagé pendant plusieurs mois en Argentine et au Chili avant de rejoindre Ushuaïa. Une enquête citée par plusieurs journaux évoque notamment une visite dans une décharge à ciel ouvert fréquentée par des rongeurs dans la région australe. Le hantavirus continue donc d’alimenter de nombreuses interrogations scientifiques. Selon les Centers for Disease Control and Prevention américains, la transmission humaine reste rare et concerne principalement la souche andine observée en Amérique du Sud. Cette caractéristique distingue fortement ce virus des formes européennes de hantavirus, généralement transmises uniquement par inhalation de particules contaminées provenant d’urine ou d’excréments de rongeurs. Les experts sanitaires surveillent également l’évolution géographique potentielle du phénomène. Associated Press souligne notamment que le réchauffement climatique pourrait modifier les habitats naturels de certains rongeurs porteurs du hantavirus. Cette hypothèse reste toutefois débattue au sein de la communauté scientifique internationale.
Le foyer du MV Hondius sous surveillance mondiale depuis Ushuaïa
Depuis le début du mois de mai, l’épisode du MV Hondius a déclenché une mobilisation sanitaire internationale. Plusieurs passagers contaminés par le hantavirus ont été hospitalisés en Espagne, en Suisse, aux Pays-Bas, en Afrique du Sud ou encore en France. Les autorités sanitaires européennes ont également lancé des opérations de traçage des cas contacts. Le navire, qui avait été temporairement bloqué avant d’être autorisé à accoster aux Canaries, transportait environ 196 passagers et 72 membres d’équipage. Les billets de cette croisière polaire oscillaient entre 14 000 et 22 000 euros selon les cabines réservées.
À Ushuaïa, les chercheurs poursuivent désormais leurs analyses avec prudence. Selon Associated Press, la campagne de capture de rongeurs constitue seulement “le début du travail de terrain” destiné à comprendre l’origine exacte du cluster de hantavirus. Les autorités argentines cherchent notamment à déterminer si l’exposition s’est produite avant l’embarquement, lors d’excursions terrestres, ou directement à bord du navire.
Plusieurs spécialistes rappellent néanmoins que les foyers de hantavirus restent rares à l’échelle mondiale. D’après les données de l’OMS relayées ces derniers jours, la plupart des contaminations humaines surviennent après une exposition prolongée à des zones infestées par des rongeurs. Les symptômes associent généralement fièvre élevée, douleurs musculaires, fatigue intense et, dans les cas sévères, détresse respiratoire aiguë. Le dossier d’Ushuaïa pourrait donc permettre d’en apprendre davantage sur la circulation du hantavirus dans des zones jusqu’ici peu étudiées. Les résultats des analyses pratiquées sur les 150 rongeurs capturés seront particulièrement scrutés par les autorités sanitaires internationales, alors que plusieurs pays poursuivent encore le suivi médical des anciens passagers du MV Hondius.
