Nutri-Score obligatoire : la pétition qui met la pression sur les industriels

Le Nutri-Score revient au cœur du débat public. Une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale, soutenue par l’Académie nationale de médecine et 78 structures de santé, réclame de rendre obligatoire l’affichage de ce logo nutritionnel sur les emballages alimentaires.

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By Aurélie Giraud Published on 26 mai 2026 10h18
Nutri-score : des produits plus sains parfois moins chers
Nutri-Score obligatoire : la pétition qui met la pression sur les industriels - © Economie Matin
62%Part estimée des volumes de ventes couverts par des marques engagées dans le Nutri-Score en France en 2024.

Après plusieurs revers parlementaires fin 2025, les promoteurs du Nutri-Score changent de terrain. Leur objectif : transformer une mobilisation citoyenne en rapport de force politique, au nom de la transparence alimentaire et de la prévention des maladies chroniques.

Nutri-Score : une pétition soutenue par le monde de la santé

Le dossier du Nutri-Score obligatoire n’a pas disparu avec le rejet de la mesure au Parlement. Il revient par la voie citoyenne, avec une pétition officielle intitulée « Pour rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score sur les emballages des aliments en France ». Déposée sur la plateforme de l’Assemblée nationale, elle a déjà recueilli près de 57.000 signatures, selon les informations rapportées par l’AFP et reprises notamment par Le Figaro.

Le soutien annoncé ce mardi 26 mai 2026 donne une nouvelle dimension au texte. L’Académie nationale de médecine s’y associe, aux côtés de 45 sociétés savantes et de 33 associations citoyennes. Au total, 79 structures impliquées dans le champ de la santé appuient désormais la demande. Parmi elles figurent notamment la Société française de nutrition, la Société francophone du diabète ou encore la Société française du cancer.

La pétition a été lancée par plusieurs scientifiques liés à la création et à la promotion du dispositif : Serge Hercberg, Mathilde Touvier, Emmanuelle Kesse et Chantal Julia. Leur revendication est simple : sortir le Nutri-Score du volontariat et imposer son affichage sur les emballages alimentaires en France.

Le texte de la pétition rappelle que, depuis l’arrêté interministériel du 31 octobre 2017, l’apposition du logo repose sur le choix des opérateurs économiques. Cette logique volontaire a permis une diffusion importante du dispositif, mais elle laisse encore de nombreux produits sans étiquette visible en face avant.

Une question de transparence alimentaire et de santé

Les promoteurs du Nutri-Score présentent leur démarche comme une mesure de santé publique. Dans la pétition, ils écrivent que l’instauration du dispositif obligatoire est à envisager « pour améliorer la santé des consommateurs en réduisant le risque de maladies chroniques ».

L’argument central porte sur l’accès à une information simple, lisible et comparable. Le Nutri-Score classe les aliments de A à E, avec un code couleur allant du vert au rouge, à partir de leur qualité nutritionnelle. L’objectif n’est pas d’interdire des produits, mais d’aider le consommateur à comparer rapidement deux références d’un même rayon.

Les auteurs du texte estiment que le volontariat crée une asymétrie d’information. Les marques favorables au dispositif affichent leur note ; d’autres, notamment lorsque le classement risque d’être défavorable, peuvent choisir de ne rien afficher. La pétition souligne ainsi que « certains grands groupes agro-alimentaires refusent de l’afficher sur leurs produits ».

Cette situation est jugée problématique par les signataires. Dans le texte officiel, ils affirment que « cette situation constitue donc une perte de chance pour les citoyens français ». La formule vise directement les industriels qui continuent de vendre des produits préemballés sans rendre immédiatement visible leur profil nutritionnel.

Santé publique France rappelle de son côté que le dispositif est largement installé dans les usages. En avril 2024, 1.406 entreprises étaient engagées dans la démarche Nutri-Score, pour une part de marché estimée à 62% des volumes de ventes en 2024. Mais cette couverture ne suffit pas aux défenseurs du logo : pour eux, l’efficacité sanitaire dépend de son affichage généralisé.

Le nouveau Nutri-Score a ravivé les tensions

Le débat s’est durci depuis l’adoption du nouveau mode de calcul du Nutri-Score. Depuis le 16 mars 2025, les entreprises disposent d’un délai de deux ans pour appliquer cette nouvelle version sur les emballages. Santé publique France indique qu’entre 30% et 40% des produits devraient voir leur score évoluer.

Le nouvel algorithme se veut plus précis. Il note plus sévèrement certains produits salés ou sucrés, distingue mieux les céréales complètes des féculents raffinés et modifie l’évaluation des boissons. L’eau reste la seule boisson classée A, tandis que les boissons avec édulcorants ne peuvent plus être notées B, mais de C à E. Les huiles d’olive, de colza ou de noix bénéficient en revanche d’un meilleur classement, passant de C à B.

Ces ajustements ont alimenté les critiques d’une partie du secteur agroalimentaire. La pétition cite plusieurs groupes qui refuseraient toujours l’affichage du Nutri-Score, dont Ferrero, Lactalis, Coca-Cola, Mars, Mondelez, Kraft ou Unilever. Elle mentionne également des marques ayant adopté le logo avant de s’en retirer après la mise en œuvre du nouveau calcul.

Les oppositions se sont aussi exprimées au Parlement. Selon le Comité départemental d’éducation et de promotion de la santé des Bouches-du-Rhône, l’Assemblée nationale a rejeté le 4 décembre 2025, à trois voix près, l’article du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026 qui prévoyait de rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score sur les aliments industriels. Ce rejet suivait un vote défavorable du Sénat le 21 novembre 2025, malgré une première adoption d’amendements en ce sens à l’Assemblée le 7 novembre 2025.

Les industriels face à une pression politique renouvelée

La pétition cherche désormais à rouvrir le débat législatif. Ses promoteurs s’appuient sur deux constats : l’absence d’harmonisation européenne contraignante et la progression des maladies chroniques liées à l’alimentation. Le texte évoque « un contexte d’augmentation continue du surpoids et de l’obésité », touchant « un adulte sur deux et près d’un enfant sur cinq » en France.

Les signataires défendent aussi la solidité scientifique du dispositif. La pétition affirme que « plus de 150 études publiées en Europe » ont montré l’intérêt du Nutri-Score comme outil de santé publique. Santé publique France ajoute que plusieurs travaux ont établi un lien entre les aliments moins bien classés sur l’échelle du Nutri-Score et un risque accru de pathologies chroniques, notamment certains cancers, maladies cardiovasculaires, syndrome métabolique ou surpoids.

L’enjeu dépasse donc la seule étiquette. Pour les associations de patients, les sociétés savantes et l’Académie nationale de médecine, le Nutri-Score obligatoire permettrait de réduire les inégalités d’accès à l’information nutritionnelle. Pour les industriels, il représente au contraire une contrainte d’image, surtout lorsque les produits les plus vendus obtiennent une note défavorable.

La pétition vise enfin à interpeller directement les pouvoirs publics. Les auteurs écrivent que « l’État français a le devoir de prendre toutes mesures visant à préserver et promouvoir la santé publique ». Pour eux, il s'agit de faire passer l’information du consommateur avant les arbitrages économiques des marques.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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