La note de la dette française maintenue à A+

L’agence Standard & Poor’s maintient la note de la dette française à A+ avec perspective stable. Cette décision, attendue par les économistes, intervient alors que le gouvernement fait preuve de prudence budgétaire malgré les tensions géopolitiques actuelles.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 1 juin 2026 11h00
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La note de la dette française maintenue à A+ - © Economie Matin

La dette française conserve sa notation A+ chez Standard & Poor's

L'agence de notation américaine Standard & Poor's (S&P) a maintenu, vendredi 29 mai, la note de la dette souveraine française à A+, qualifiée de « moyenne supérieure », assortie d'une perspective stable. Cette décision, largement anticipée par les économistes, s'inscrit dans un contexte où le gouvernement affiche une discipline budgétaire renforcée face aux turbulences géopolitiques qui secouent l'économie mondiale.

Roland Lescure, ministre de l'Économie, a sobrement déclaré « prendre acte de la décision de l'agence S&P de maintenir la note de la France ». Il a précisé que « le gouvernement reste pleinement mobilisé pour poursuivre la réduction du déficit public et de la dette, afin de garantir dans la durée la solidité financière et la compétitivité de l'économie française ».

Une stabilité chèrement acquise après la dégradation d'octobre

Cette confirmation de la notation A+ par Standard & Poor's intervient en écho douloureux à une dégradation prononcée en octobre dernier, lorsque l'agence avait abaissé d'un cran la note souveraine française, devançant son propre calendrier habituel — un mois seulement après sa concurrente Fitch, qui avait elle aussi revu à la baisse son évaluation de la France.

Parmi les trois grandes agences de notation, Moody's demeure la plus bienveillante envers l'Hexagone : elle maintient sa note à Aa3, soit un cran au-dessus du A+ accordé par ses concurrentes, et n'a pas modifié cette position lors de sa dernière révision d'avril.

Les multiples critères qui pèsent sur la notation souveraine

Pour établir la solvabilité d'un État, les agences de notation croisent une pluralité de variables : le niveau du déficit public et son évolution, le ratio dette/PIB et sa trajectoire prévisible, les perspectives de croissance économique, la stabilité politique et institutionnelle, ou encore la compétitivité structurelle de l'économie nationale. C'est à l'aune de ces indicateurs qu'Éric Dor, directeur des études économiques à l'Iéseg School of Management, rappelle régulièrement que le déficit public français de 5,1 % du PIB en 2025 reste « très supérieur à ceux des autres pays européens notés aussi A+ », à la seule exception de la Slovaquie. L'économiste jugeait néanmoins « très peu plausible » une dégradation lors de cette révision, et les faits lui ont donné raison.

Des prévisions budgétaires en amélioration relative

Les perspectives économiques s'avèrent légèrement moins sombres qu'anticipé. En octobre dernier, S&P redoutait une aggravation du déficit public à 5,3 % du PIB pour l'exercice en cours. Les dernières estimations de la Commission européenne le ramènent désormais à 5,1 %, tandis que le Fonds monétaire international entrevoit même une amélioration à 4,9 % — une inflexion modeste, mais perceptible.

Quant à la croissance économique pour 2026, S&P tablait initialement sur 1 % en octobre. Malgré les répercussions de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février, et la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz, la Commission européenne et le FMI prévoient respectivement 0,8 % et 0,9 %. Cette légère révision à la baisse est commune à l'ensemble des économies affectées par ces perturbations, sans que la France se distingue défavorablement par rapport à ses pairs européens.

Un gouvernement en retenue face aux défis énergétiques

Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l'institut Rexecode, résume avec clarté la philosophie du moment : « Dans le choc géopolitique qu'on est en train de traverser, c'est rarement une bonne idée d'amplifier un problème alors qu'on est déjà en période de tension. » Cette prudence revendiquée justifie selon lui le maintien des notations actuelles et, plus largement, la retenue affichée par l'exécutif.

Le gouvernement Lecornu figure parmi les « quasiment les moins-disants en Europe en termes d'aides accordées » face à la hausse des prix du carburant. Les mesures de soutien déployées représentent actuellement 1,2 milliard d'euros — une fraction infime des plus de 60 milliards d'euros mobilisés à partir de 2022 pour amortir le choc inflationniste né de la guerre en Ukraine, sans oublier l'expansion galopante de la fonction publique.

Six milliards d'économies pour préserver l'équilibre des finances publiques

Pour absorber les coûts du conflit en cours sans dériver sur la trajectoire budgétaire, le cabinet du ministre des Comptes publics, David Amiel, a présenté jeudi un plan d'économies de six milliards d'euros. L'État prendra en charge quatre milliards de cet effort — dont 3,2 milliards de crédits gelés et 847 millions annulés —, la Sécurité sociale contribuant pour les deux milliards restants.

Ces mesures comprennent notamment le gel des allègements de charges patronales sur les bas salaires, en dépit de la hausse automatique du SMIC de 2,4 % au 1er juin, rendue inévitable par une inflation désormais supérieure à 2 % sur un an. Une décision qui ne manque pas de susciter l'incompréhension, voire la colère, des organisations patronales.

Les aides gouvernementales actuelles demeurent « temporaires, ciblées et financées », réservées aux ménages fragiles et aux entreprises les plus dépendantes du carburant. Cette approche contribue à rassurer les agences de notation sur la maîtrise des finances publiques françaises, même si la dette publique reste un enjeu structurel de premier plan pour les années à venir.

Pour Anthony Morlet-Lavidalie, « ce serait un peu le monde à l'envers de sanctionner la France au moment où elle est plus vertueuse que la moyenne ». Ce jugement illustre l'équilibre délicat que doivent perpétuellement négocier les agences entre exigence analytique et reconnaissance des efforts de consolidation. La notation A+ de Standard & Poor's témoigne ainsi d'une confiance mesurée envers la capacité de la France à honorer ses engagements financiers — tout en rappelant, sans détour, que la voie de la réduction du déficit reste longue, et les prochaines révisions tributaires de la capacité du pays à tenir ses objectifs.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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