Le constructeur portugais de drone Tekever annonce un doublement de son investissement en France, portant l’enveloppe à 200 millions d’euros sur cinq ans. Cette expansion s’accompagne de la création de 200 emplois qualifiés et du développement d’une usine à Cahors.
Industrie : le constructeur de drones portugais Tekever mise sur la France

Tekever double son investissement français dans l'industrie du drone
Le secteur du drone connaît une accélération remarquable dans l'Hexagone. Ce lundi 1er juin 2026, lors de la 9e édition du sommet Choose France à Versailles, le constructeur portugais Tekever, spécialisé dans les systèmes autonomes avancés, a annoncé son intention de porter son investissement en France de 100 à 200 millions d'euros sur cinq ans. Une montée en puissance qui s'accompagne d'un doublement des créations d'emplois envisagées, passant de 100 à 200 postes hautement qualifiés. Pour un pays qui cherche à consolider sa base industrielle de défense, l'annonce revêt une portée bien au-delà du symbole.
Cette stratégie d'expansion témoigne de la confiance que le groupe lusitanien accorde au marché français et à son écosystème industriel. Selon La Dépêche, Ricardo Mendes, directeur général de Tekever, ne cache pas ses ambitions : « Notre ambition est claire : construire depuis la France une colonne vertébrale industrielle souveraine et tournée vers l'export pour les systèmes autonomes dans les domaines de la défense, de la sécurité et du spatial. » Des mots qui résonnent d'autant plus fort que le Sénat français plaide lui-même pour un effort budgétaire massif en faveur des armées, avec 14 milliards d'euros supplémentaires réclamés.
L'usine de Cahors, épicentre d'une souveraineté industrielle retrouvée
Au cœur de cette offensive industrielle se trouve l'usine de Cahors, implantée dans l'ancien parc des expositions du Lot. Ce site de 4 500 m² constitue désormais l'épine dorsale de la production française de drones Tekever. L'établissement lotois doit devenir pleinement opérationnel dès cet été, franchissant ainsi une étape décisive dans l'enracinement du groupe sur le territoire national.
Ce pôle industriel regroupera des lignes d'assemblage, d'intégration et de tests pour plusieurs modèles de drones. Une diversification de la production qui illustre la polyvalence technologique revendiquée par l'entreprise, et qui positionne le Lot comme un territoire d'excellence dans une filière à fort potentiel de croissance. Air & Cosmos et La Tribune soulignent d'ailleurs que cette décision s'inscrit pleinement dans la dynamique Choose France, qui entend faire du territoire un aimant pour les investissements étrangers à haute valeur ajoutée.
Une gamme de drones taillée pour les enjeux civils et militaires
L'usine de Cahors se spécialisera dans la production de trois modèles emblématiques. L'AR3, avec ses quatre mètres d'envergure, peut transporter jusqu'à 6 kg de charge utile et se destine aux missions de surveillance, de reconnaissance et de guerre électronique. Plus imposant, l'AR5 déploie une envergure de plus de sept mètres pour une capacité de charge atteignant 50 kg, et dispose d'une autonomie exceptionnelle de vingt heures, spécialement pensée pour la surveillance maritime. Un créneau stratégique à l'heure où la maîtrise des espaces maritimes redevient un enjeu de premier plan en Europe.
Le constructeur développe parallèlement un troisième appareil baptisé ARX, témoignant d'une volonté d'innovation constante dans le secteur du drone professionnel. Cette diversification répond aux besoins croissants des secteurs de la défense et de la sécurité civile, marchés en expansion rapide à l'échelle du continent.
Des partenariats institutionnels au service de la souveraineté technologique
L'engagement de Tekever en France dépasse largement la production industrielle pour s'étendre à la recherche fondamentale et aux technologies spatiales. L'entreprise collabore étroitement avec le Centre national d'études spatiales (CNES) et la Direction générale de l'armement (DGA) dans le cadre du programme DESIR, dont l'objet est de développer un démonstrateur souverain de radar à synthèse d'ouverture (SAR). D'après Mer et Marine, cette coopération illustre l'intégration réussie du groupe dans l'écosystème français de défense et du spatial, un écosystème que la France s'efforce de densifier pour réduire ses dépendances stratégiques.
Sur le plan des retombées économiques locales, l'implantation de Tekever s'appuie sur un réseau élargi de partenaires industriels qui consolide son ancrage territorial. Les collaborations nouées avec Avantix et Merio, entreprises spécialisées respectivement dans la guerre électronique et l'optronique, témoignent d'une stratégie d'intégration horizontale pensée sur le long terme.
Un écosystème régional qui se structure autour du drone
Nadia Maaref, directrice générale de Tekever France, résume avec clarté la trajectoire accomplie : « Au cours de l'année écoulée, nous sommes passés de l'ambition à l'exécution en France. Nous avons ouvert notre nouveau bureau de Toulouse, fait avancer le site industriel de Cahors, construit des partenariats stratégiques et accéléré les recrutements. » Une formule qui dit tout de la vitesse à laquelle ce projet se matérialise.
L'expansion française de Tekever génère des retombées économiques substantielles, à commencer par l'emploi. L'entreprise prévoit d'atteindre près de 100 collaborateurs en France d'ici la fin 2026, soit l'objectif initial de trois ans, réalisé en deux fois moins de temps. Les recrutements concernent principalement des profils hautement qualifiés en ingénierie, en recherche et développement et en production industrielle, dont les territoires d'Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine tirent directement profit.
200 millions d'euros : un signal fort pour la filière française des drones
L'investissement total de 200 millions d'euros sur cinq ans propulse Tekever parmi les acteurs incontournables de l'industrie française des drones. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte européen résolument favorable au développement de technologies souveraines de défense, un secteur dans lequel la France entend bien affirmer son leadership, aussi bien sur le plan technologique qu'industriel. Pour les territoires d'accueil comme pour la filière aéronautique nationale, les enjeux économiques sont considérables : emplois qualifiés, transferts de compétences, dynamisation d'un tissu industriel local et renforcement de la chaîne de valeur souveraine de la défense française. Un investissement étranger qui, pour une fois, profite d'abord à la France.
À noter que si les drones militaires font la une des sommets économiques, leur développement impose aussi une réglementation accrue dans l'espace aérien civil, un sujet qui touche également les voyageurs, comme l'illustre la vigilance croissante dans les aéroports face à certains oublis dans les bagages.