Eolien : TotalEnergies attaquée en justice par 7 Etats américains

Sept États américains dirigés par New York attaquent en justice l’accord entre TotalEnergies et l’administration Trump prévoyant un remboursement d’un milliard de dollars en échange de l’abandon de projets d’éolien en mer. Les procureurs généraux dénoncent un détournement illégal de fonds publics qui prive leurs territoires d’énergie propre et d’emplois.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 3 juin 2026 6h09
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Eolien : TotalEnergies attaquée en justice par 7 Etats américains - © Economie Matin
10 MILLIARDS $Les autorités new-yorkaises évaluent à 10 milliards de dollars les économies que ce parc éolien aurait procurées aux consommateurs d'électricité

L'éolien offshore au cœur d'une bataille judiciaire majeure entre États démocrates et administration Trump

Une coalition de sept États américains conduits par New York a engagé, mardi 2 juin 2026, une action en justice contre l'administration Trump, contestant avec véhémence l'accord financier négocié avec TotalEnergies pour l'abandon de ses projets d'éolien en mer. Cette plainte, déposée devant le tribunal fédéral de Washington D.C., vise à annuler un arrangement que les procureurs généraux des États requérants qualifient unanimement de « manifestement illégal ». Le Figaro et Ouest-France ont tous deux rapporté l'affaire en détail, soulignant l'importance politique et juridique de cette offensive.

L'accord controversé, signé en mars 2026 entre le ministère américain de l'Intérieur et Patrick Pouyanné, PDG du géant énergétique français, prévoit le remboursement de près d'un milliard de dollars en contrepartie de l'abandon des parcs éoliens que devait ériger TotalEnergies sur la façade atlantique des États-Unis. Présentée comme « gagnant-gagnant » par les deux signataires, cette transaction soulève aujourd'hui une controverse aussi bien politique que juridique, dont les répercussions pourraient redessiner durablement la carte de la transition énergétique américaine.

Un accord d'envergure pour tourner le dos à l'éolien offshore

L'entente conclue entre TotalEnergies et l'administration américaine illustre avec éloquence l'ampleur de l'offensive menée contre les renouvelables outre-Atlantique. Le texte stipule que la compagnie française percevra 795 millions de dollars au titre de son bail au large de New York et du New Jersey, acquis en 2022, auxquels s'ajoutent 133 millions supplémentaires pour son projet Carolina Long Bay, développé au large de la Caroline du Nord — soit une somme totale frôlant le milliard de dollars.

En contrepartie, TotalEnergies s'engage à réinvestir l'intégralité de cette manne dans les énergies dites « conventionnelles » — pétrole et gaz naturel — sur le territoire américain, entre novembre 2025 et septembre 2026. L'entreprise a également promis de ne développer aucun nouveau projet d'éolien en mer aux États-Unis, acte qui signe son retrait définitif de ce secteur outre-Atlantique. Doug Burgum, secrétaire à l'Intérieur, avait défendu cet arrangement en affirmant que l'éolien offshore était « coûteux, peu fiable, perturbateur pour l'environnement et dépendant des subventions » — une position diamétralement opposée à celle des États plaignants, qui y voient un détournement éhonté de fonds publics.

Les griefs des États démocrates contre cette stratégie énergétique

La procureure générale de New York, Letitia James, mène la charge judiciaire aux côtés de ses homologues du Connecticut, du Maine, du Massachusetts, du New Jersey, de Rhode Island et du Vermont. Dans leur plainte, ils dénoncent une violation flagrante de l'Outer Continental Shelf Lands Act, texte législatif qui encadre strictement la capacité du ministère de l'Intérieur à annuler les concessions d'éolien offshore, ainsi qu'une transgression du Judgment Fund Act, qui réglemente l'utilisation des fonds publics dans le cadre de règlements financiers. Boursorama rappelle que cette double argumentation constitue le socle juridique sur lequel repose l'ensemble de la procédure.

« Cette administration a concocté un accord bidon visant à verser à une entreprise énergétique étrangère des centaines de millions de dollars provenant des contribuables pour qu'elle abandonne l'éolien en mer et investisse plutôt dans le pétrole et le gaz », a déclaré Letitia James, selon The Guardian. Au-delà de la charge rhétorique, cette déclaration pointe des enjeux économiques et environnementaux considérables.

Car les pertes estimées sont loin d'être abstraites. Le projet initial de TotalEnergies au large de New York devait générer 3 gigawatts d'énergie propre, de quoi alimenter près d'un million de foyers, tout en créant plus de 1 700 emplois syndiqués. Les autorités new-yorkaises évaluent à 10 milliards de dollars les économies que ce parc éolien aurait procurées aux consommateurs d'électricité, dont 500 millions spécifiquement destinés aux ménages les plus modestes — une manne sociale désormais envolée. À l'heure où l'éolien et le solaire ont permis à l'Europe de réduire sa facture énergétique de plus de 50 milliards d'euros, ce renoncement américain apparaît d'autant plus singulier.

Une bataille juridique révélatrice des tensions sur la transition énergétique

Cette offensive judiciaire s'inscrit dans un contexte plus large de résistance de l'administration Trump aux renouvelables. Climatosceptique revendiqué et hostile de longue date aux éoliennes, le président américain avait tenté dès le premier jour de son mandat d'interrompre tous les projets éoliens fédéraux par décret exécutif. Face aux échecs répétés de ces mesures, systématiquement déclarées illégales et arbitraires par les tribunaux fédéraux, l'exécutif a opté pour une stratégie autrement plus subtile : racheter les concessions elles-mêmes, contournant ainsi le verrou judiciaire.

La gouverneure de New York, Kathy Hochul, a qualifié l'accord de « détournement scandaleux de l'argent des contribuables qui nous empêche de couvrir nos besoins énergétiques, de créer des emplois de qualité et de contribuer à garantir l'indépendance énergétique américaine ». Sam Salustro, vice-président senior d'Oceantic Network, organisation pro-éolien offshore, abonde dans ce sens : « Payer pour retirer une énergie abordable et locale de l'équation laisse les consommateurs américains en difficulté pour payer leurs factures d'électricité », a-t-il déclaré à WAMC. Dans un pays où la facture énergétique pèse lourd sur les ménages les plus vulnérables, l'argument résonne avec acuité.

Les implications financières et stratégiques de cette politique énergétique

L'accord avec TotalEnergies n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans une stratégie bien plus vaste de l'administration Trump, qui mobilise près de 2 milliards de dollars au total pour inciter les compagnies énergétiques à renoncer à leurs projets d'éolien offshore américains. Une approche financière qui supplante les tentatives réglementaires, après les cinglants revers judiciaires essuyés par l'exécutif.

Toutes les entreprises européennes n'ont pas, pour autant, emprunté la même voie que TotalEnergies. Ørsted et Equinor ont ainsi préféré attaquer l'administration en justice plutôt que de négocier leur retrait, révélant la diversité des stratégies adoptées face aux convulsions de la politique énergétique américaine. Patrick Pouyanné avait, quant à lui, justifié en mars sa démarche « pragmatique » de négociation directe avec l'exécutif, préférant cette voie à un contentieux judiciaire aussi long qu'incertain. Cette posture, si elle permet à la compagnie française de recouvrer ses investissements, l'exclut définitivement du marché américain de l'éolien en mer — un secteur pourtant en pleine expansion à l'échelle mondiale. On peut d'ailleurs se demander si cette logique de renoncement aux renouvelables ne traduit pas, plus fondamentalement, un arbitrage entre intérêts de court terme et vision stratégique de long terme.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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