La Fédération Environnement Durable critique le revirement de la politique énergétique française : après quinze ans d’appels à réduire la consommation électrique, le gouvernement promeut désormais une électrification massive. Cette volte-face révèle selon le texte l’échec d’une stratégie qui a affaibli le nucléaire au profit des énergies renouvelables intermittentes, forçant les Français à absorber une surproduction ingérable.
Électrification forcée : après avoir sabordé l’avantage français, Macron veut maintenant nous faire consommer plus

Pendant quinze ans, les Français ont subi le même discours : « Éteignez les lumières, baissez le chauffage, réduisez votre consommation, culpabilisez vos usages. » Aujourd'hui, le même pouvoir, après avoir méthodiquement fragilisé notre système électrique, explique soudain qu'il faudrait au contraire consommer toujours plus d'électricité. Le revirement à 180° serait presque comique s'il n'engageait pas des centaines de milliards d'euros et l'avenir industriel du pays.
Hier, l'électricité devait être économisée. Aujourd'hui, elle doit envahir tous les usages : transports, chauffage, industrie, agriculture, logistique. Bornes de recharge, pompes à chaleur, véhicules électriques, nouvelles lignes à haute tension, raccordements massifs : tout doit désormais passer à l'électrique, comme si la France était devenue un immense laboratoire technocratique chargé d'absorber coûte que coûte une production devenue incontrôlable résultat d'un politique d'envahissement par des énergies renouvelables "éolien et solaire".
Ce changement de cap n'est pas une stratégie visionnaire. C'est l'aveu tardif d'un échec monumental. Pendant quatorze ans, la France a affaibli ce qui constituait pourtant l'un des systèmes électriques les plus performants du monde : un mix largement fondé sur le nucléaire et l'hydraulique, capable de produire une électricité abondante, pilotable, décarbonée et compétitive. Fermeture de Fessenheim, sous-investissements, désorganisation de la filière nucléaire, dépendance croissante aux énergies intermittentes, explosion des coûts de réseau : décision après décision, un système robuste a été progressivement déstabilisé.
La déclaration d'Emmanuel Macron sur « l'électrification massive » ressemble désormais à la course d'un canard sans tête. Après le discours de Belfort de 2022 promettant la relance du nucléaire, après les aveux récents d'Ursula von der Leyen et même du dirigeant allemand Friedrich Merz reconnaissant les erreurs stratégiques d'une dépendance excessive aux renouvelables intermittents, voilà maintenant l'exécutif français qui pousse les citoyens à consommer toujours plus d'électricité pour absorber une surproduction devenue ingérable. EDF en est réduite à ralentir certains réacteurs nucléaires afin de faire passer en priorité l'éolien et le solaire subventionnés, parfois rémunérés à des niveaux très supérieurs au coût du mégawatt nucléaire, pendant que les prix deviennent négatifs sur le marché de l'électricité.
Et maintenant que l'éolien et le solaire produisent une électricité intermittente difficile à absorber — excédentaire quand le vent souffle et insuffisante lorsqu'il tombe — le pouvoir découvre soudain une nouvelle urgence : pousser les Français à consommer davantage pour écouler la production.
Autrement dit : après avoir expliqué pendant des années aux citoyens qu'ils consommaient trop d'électricité, on leur explique désormais qu'ils n'en consomment pas assez.
L'absurde énergétique français atteint ici son point de rupture.
Car derrière les discours sur la « souveraineté », la « transition » ou la « décarbonation », une autre réalité apparaît : cette électrification massive sert aussi à justifier l'expansion gigantesque des réseaux électriques rendue nécessaire par le développement des énergies intermittentes. Plus d'éolien et de solaire dispersés sur le territoire signifie mécaniquement plus de lignes à haute tension, plus de raccordements, plus de pilotage numérique du réseau et des dizaines de milliards d'euros d'investissements supplémentaires.
Et comme toujours, ces coûts finiront sur la facture des ménages et des entreprises.
Les prix de l'électricité deviennent parfois négatifs sur les marchés. Mais malgré cela, le gouvernement continue d'accélérer comme si la machine politique était devenue incapable de reconnaître ses propres erreurs.
La Fédération Environnement Durable ne conteste évidemment pas l'intérêt de l'électricité dans certains secteurs.
Mais elle refuse que les Français deviennent les variables d'ajustement d'une politique énergétique construite depuis quinze ans à coups de renoncements, d'improvisations et de communication.
La vraie question n'est plus technique.
Elle est politique : comment ceux qui ont contribué à fragiliser méthodiquement le système électrique français peuvent-ils aujourd'hui prétendre en devenir les sauveurs sans jamais reconnaître leurs responsabilités ? Le temps des slogans écologiques et des grandes opérations de communication touche à sa fin. Le réel, lui, arrive sur les factures.