Le Pentagone ajoute BYD, Baidu et Alibaba à sa liste noire

Le Pentagone a ajouté plusieurs géants chinois dont BYD, Alibaba et Baidu à sa liste des entreprises soupçonnées d’aider l’armée chinoise. Cette mesure, qui porte à 188 le nombre d’entreprises listées, complique les relations sino-américaines malgré la récente trêve commerciale entre Trump et Xi Jinping.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 9 juin 2026 7h03
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Le Pentagone ajoute BYD, Baidu et Alibaba à sa liste noire - © Economie Matin
100 MILLIARDS $La capitalisation de BYD dépasse les 100 milliards de dollars.

Quand Washington désigne de nouveaux ennemis économiques chinois

Le ministère américain de la Défense vient d'enrichir sa liste noire d'entreprises chinoises soupçonnées de servir les intérêts militaires de Pékin. Parmi les 42 nouveaux noms figurent des géants mondiaux : le constructeur automobile électrique BYD, le groupe de e-commerce Alibaba ou encore le moteur de recherche Baidu. Cette mise à jour porte à 188 le nombre d'entreprises chinoises inscrites sur la liste "Section 1260H", accusées de participer à la stratégie de fusion militaro-civile de la Chine.

Cette décision survient moins d'un mois après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, où les deux dirigeants avaient maintenu une trêve commerciale précaire. Le timing révèle la persistance des tensions structurelles entre Washington et Pékin, au-delà des déclarations d'apaisement.

Des interdictions de contrats qui s'échelonnent dans le temps

Créée par le National Defense Authorization Act de 2021, cette "Section 1260H" identifie les entreprises chinoises ayant des liens présumés avec l'Armée populaire de libération. Si l'inscription n'entraîne pas de sanctions immédiates, selon Reuters, elle déclenche un calendrier précis d'interdictions.

À partir de fin juin 2026, le Pentagone ne pourra plus contracter directement avec ces sociétés. L'interdiction s'étendra aux contrats indirects via des tiers dès juin 2027. Cette mécanique oblige de facto les entreprises américaines travaillant avec la Défense à reconsidérer leurs partenariats chinois, créant un effet domino sur l'ensemble des chaînes d'approvisionnement.

Un écosystème technologique dans le viseur

La liste actualisée révèle l'ampleur des préoccupations sécuritaires américaines. Outre les trois géants mentionnés, Washington pointe également WuXi AppTec (biotechnologie), RoboSense Technology (capteurs lidar), Unitree (robotique) ou encore CXMT et YMTC, les principaux fabricants chinois de puces mémoire.

L'inclusion d'Unitree illustre parfaitement ces contradictions géoéconomiques. Cette société de Hangzhou, qui a livré plus de robots humanoïdes que Tesla en 2025, prépare une introduction en bourse de 7 milliards de dollars à Shanghai. Ironie de l'histoire : comme le rapporte CNBC, Nvidia avait annoncé le 1er juin son intention de collaborer avec Unitree pour développer des robots destinés aux chercheurs.

Washington redéfinit la frontière entre civil et militaire

Cette escalade s'inscrit dans une vision stratégique plus large. Craig Singleton, expert de la Chine au sein du think tank Foundation for Defense of Democracies, explique que "Washington ne traite plus ces entreprises comme des entités isolées. Il traite l'ensemble de la pile technologique comme stratégiquement contestée".

La liste cible spécifiquement les sociétés affiliées à la Commission de supervision et d'administration des actifs publics de Chine, désignées comme contributrices à la "fusion militaro-civile" via leurs liens avec le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information. Cette approche témoigne de la conviction américaine que la frontière entre secteur civil et militaire s'estompe dangereusement en République populaire.

Les géants chinois montent au créneau

Les entreprises visées ne restent pas silencieuses. Alibaba conteste frontalement : "Il n'existe aucune base pour conclure qu'Alibaba devrait être placée sur la liste Section 1260H. Alibaba n'est pas une entreprise militaire chinoise et ne fait partie d'aucune stratégie de fusion militaro-civile". Le groupe promet de "prendre toutes les mesures légales disponibles".

Baidu rejette "catégoriquement" son inclusion, qualifiant de "totalement infondée" l'accusation d'être une entreprise militaire. WuXi AppTec dénonce également cette "désignation erronée" et promet de "prendre des mesures immédiates pour contester et corriger" sa présence sur la liste. Ces réactions illustrent l'enjeu économique considérable que représente cette stigmatisation pour les groupes concernés.

Un coût économique qui dépasse les contrats publics

Au-delà des aspects diplomatiques, cette inscription génère des coûts matériels immédiats. BYD, déjà soumis à des droits de douane de 100% sur ses véhicules aux États-Unis, voit s'ajouter une nouvelle couche de restrictions. L'entreprise, qui a dépassé Tesla comme premier vendeur mondial de véhicules électriques en 2025, avait engagé une procédure judiciaire en janvier pour contester ces tarifs douaniers.

Pour Alibaba et Baidu, dont les activités américaines incluent services cloud, publicité et partenariats de recherche, cette désignation crée un risque de conformité pour chaque contrepartie américaine. L'effet dissuasif s'étend ainsi bien au-delà des seuls contrats gouvernementaux, touchant l'ensemble de l'écosystème économique.

L'ambassade chinoise à Washington a dénoncé ces "listes discriminatoires", exigeant que "les États-Unis cessent cette pratique erronée et créent un environnement équitable, juste et non discriminatoire". De son côté, John Moolenaar, président républicain du comité spécial sur la Chine à la Chambre des représentants, y voit un "avertissement aux entreprises américaines" et les exhorte à "cesser de faire des affaires avec ces menaces à notre sécurité nationale".

Cette montée des enchères révèle la mutation profonde des relations économiques mondiales, où la technologie devient un enjeu géopolitique de premier plan. Les entreprises chinoises, même civiles, se retrouvent prises dans un engrenage de sanctions qui redessine les chaînes de valeur mondiales. Dans ce contexte de recomposition économique, chaque transaction avec une société listée devient une décision stratégique que les firmes américaines doivent évaluer au regard des risques sécuritaires perçus par Washington.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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