Les multinationales européennes versent 70% de leurs profits aux actionnaires

Les 100 plus grandes entreprises européennes ont distribué en moyenne 70% de leurs bénéfices aux actionnaires entre 2022 et 2024, selon Oxfam. Cette stratégie se fait au détriment des investissements climatiques et creuse les inégalités salariales.

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By La rédaction Published on 9 juin 2026 15h09
inégalités
Les multinationales européennes versent 70% de leurs profits aux actionnaires - © Economie Matin
10%Seuls 10% des postes de direction sont occupés par des femmes

Soixante-dix pour cent. C'est la proportion des bénéfices que les 100 plus grandes entreprises européennes ont reversée à leurs actionnaires entre 2022 et 2024. Un chiffre qui pose une question simple mais gênante : que reste-t-il pour les salaires, la transition écologique et l'investissement productif quand les trois quarts des profits prennent directement le chemin des dividendes ?

Cette réalité, dévoilée par un rapport d'Oxfam publié ce 9 juin, révèle l'ampleur d'un modèle économique qui marche littéralement sur la tête. Certaines entreprises comme Telefónica, BP ou Zurich Insurance Group ont même distribué aux actionnaires plus qu'elles n'avaient réalisé de bénéfices. Autrement dit, elles se sont endettées pour payer des dividendes. Les 24 entreprises françaises analysées font encore mieux, ou plutôt pire : 73% de leurs profits finissent dans les poches des actionnaires.

Quand les actionnaires passent avant le climat

Le problème, c'est que cette fuite en avant des dividendes assèche mécaniquement les investissements nécessaires à la transformation de l'économie européenne. L'analyse d'Oxfam révèle que 48 des 100 plus grandes multinationales européennes ont versé 32 fois plus à leurs actionnaires qu'elles n'ont investi dans la transition écologique. Saint-Gobain détient le record avec un ratio de 838 pour 1, L'Oréal se contentant d'un modeste 108 pour 1.

Ces chiffres prennent une dimension particulière quand on sait que ces mêmes entreprises représentent à elles seules 26% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Shell, Rio Tinto et Airbus se partagent le podium des plus gros pollueurs avec respectivement 1 142, 605 et 487 millions de tonnes de CO2 équivalent. Comment espérer une transformation écologique quand l'argent nécessaire file vers les actionnaires au lieu d'être réinvesti dans des technologies propres ?

Des PDG 78 fois mieux payés que leurs salariés

Cette logique de concentration des richesses au sommet se retrouve dans les rémunérations. En 2024, les PDG des 100 plus grandes entreprises européennes gagnaient en moyenne 78 fois plus que le salaire moyen de leurs employés. Le record revient à Alexandre Bompard chez Carrefour avec un ratio de 361 pour 1. Difficile d'affirmer qu'il travaille 361 fois mieux qu'une caissière, comme le souligne ironiquement Oxfam.

Les montants en valeur absolue donnent le tournis : 22 millions d'euros pour le patron de Stellantis, 20,3 millions pour celui de Novartis, 17,8 millions pour AstraZeneca. Des sommes qui pourraient financer des centaines d'emplois décents ou des investissements substantiels dans la recherche et développement.

Reste que cette concentration des pouvoirs et des richesses ne se limite pas aux rémunérations. Seuls 10% des postes de direction sont occupés par des femmes, et l'écart salarial hommes-femmes atteint 10,7% en moyenne, 12% en France. Au sommet, les PDG masculins gagnent encore 22,9% de plus que leurs homologues féminines.

Un modèle à bout de souffle

Ce que révèle cette étude d'Oxfam, c'est l'impasse d'un capitalisme financiarisé qui privilégie systématiquement le court terme sur l'investissement productif. Quand 79% des entreprises affichent des objectifs de diversité et d'inclusion mais que seule 1% les met réellement en œuvre, on mesure l'écart entre la communication et la réalité.

La situation devient d'autant plus préoccupante que l'Union européenne recule sur la réglementation. Le paquet « Omnibus » adopté en décembre 2025 réduit les obligations de transparence des entreprises en matière de développement durable. Une régression qui intervient au pire moment, quand l'urgence climatique et sociale exigerait au contraire plus de contraintes.

L'Europe, qui avait su contenir les inégalités mieux que d'autres régions pendant la seconde moitié du XXe siècle, risque de perdre cet acquis. Les recommandations d'Oxfam, fixer un ratio maximum de 20 pour 1 entre la rémunération des PDG et le salaire médian ou plafonner les dividendes tant qu'un salaire décent n'est pas garanti, paraissent relever du bon sens. Mais face à des lobbies puissants et des gouvernements frileux, le bon sens a parfois du mal à se frayer un chemin.

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