La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs de 25 points de base face aux pressions inflationnistes, en particulier sur l’énergie qui affiche une hausse de plus de 10% sur un an. Bien que prudente, la BCE maintient une approche « data dépendante » et reste attachée à son objectif de stabilité des prix.
La BCE opte pour une hausse des taux face au risque inflationniste, mais pas de signal de cycle restrictif

Comme largement anticipé, le Conseil des gouverneurs a décidé de relever les taux directeurs de 25pdb, laissant le taux de dépôt, le taux de refinancement et le taux de facilité, à respectivement 2.25%, 2.40% et 2.65%. La BCE a privilégié une approche « gestion du risque » et a opté pour une hausse des taux face au risque inflationniste, malgré le manque de données supplémentaires sur les salaires et un environnement très incertain. La mise à jour des projections montre une inflation à court terme plus élevée, mais un retour à la cible de 2% en 2028. La BCE maintient son approche « data dependant », réunion par réunion et ne s'engage pas à l'avance sur une trajectoire de taux particulière.
Ce que l'on retient :
- La hausse des taux a été unanime et motivée par la montée des pressions inflationnistes et la nécessité de garantir que les anticipations d'inflation restent solidement ancrées : le passage à une politique monétaire un cran plus restrictive s'explique par l'accélération de l'inflation qui découle de la guerre au Moyen-Orient. En effet, la hausse des prix a atteint 3.2% en mai, soit un point haut depuis 2023. Derrière cette augmentation, il y a avant tout les prix de l'énergie qui s'inscrivent en hausse de plus de 10% sur un an alors qu'ils étaient encore en phase de contraction en début d'année. Mais pour la BCE, la crainte n'est pas uniquement le niveau de l'inflation en absolu, mais le risque que les anticipations d'inflation à moyen terme ne soient plus correctement ancrées, ce qui n'est pas le cas à ce stade.
- La BCE a souhaité envoyer un signal fort quant à sa détermination à ne pas laisser l'inflation rester durablement au-dessus de la cible de 2% : dans le cas contraire, des effets de second tour pourraient se former, ce qui n'est pas le cas à ce stade. Les salaires continuent de ralentir et l'outil de suivi des salaires et les enquêtes menées par la BCE auprès des entreprises continuent de signaler une modération salariale.
- La BCE considère que la consommation devrait rester le principal moteur de la croissance : l'affirmation de la BCE suggère que le revenu réel des ménages resterait positif (soit une inflation inférieure aux salaires).
- L'évolution de la croissance des salaires sera, à priori, le facteur déterminant dans la fonction de réaction de la politique monétaire, le curseur pour jauger le risque de second tour.
En conclusion, la BCE a conservé un message très prudent en rappelant sa volonté de ne pas laisser l'inflation « s'emballer » et se diffuser à l'ensemble des composantes mais sans prendre d'engagement pour la suite. Si le conflit devait trouver une issue diplomatique assez rapidement, une seule hausse de taux se révèlerait suffisante. Dans le cas contraire, une seconde hausse de taux serait conditionnée aux risques baissiers sur la croissance. Dans les deux cas, les anticipations de marchés qui tablent sur près de 3 hausses de taux nous paraissent excessives. Pour rappel, la situation est très différente par rapport au choc de 2022-2023 : la croissance est plus faible, le marché du travail n'est plus sous tensions, la politique budgétaire n'est pas aussi accommodante, l'inflation avait grimpé à presque 6% en glissement annuel avant la guerre en Ukraine et le taux de dépôt était à -0.5%.
