Le marché récompense-t-il désormais les mauvais élèves ?

Les marchés financiers ont parfois le don de dérouter même les investisseurs les plus expérimentés. Depuis le début de l’année, un phénomène particulièrement surprenant s’observe sur les marchés actions mondiaux : les entreprises les moins attractives selon les critères fondamentaux traditionnels enregistrent souvent les meilleures performances boursières.

Michel Menigoz
By Michel Menigoz Published on 11 juin 2026 4h30
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0,9%Les prévisions de croissance de la Banque de France pour 2026, qui seront actualisées mi-juin, "seront en-dessous de 0,9%"

Pour les professionnels de la gestion, le constat est frappant. Les approches factorielles, qui constituent depuis plusieurs décennies un socle reconnu de sélection de titres, traversent actuellement une phase inhabituelle. Les entreprises affichant les meilleurs profils de qualité, de valorisation ou de croissance ne sont plus systématiquement récompensées. À l'inverse, des sociétés longtemps délaissées par les investisseurs connaissent des rebonds spectaculaires.

Une hiérarchie des marchés inversée

Historiquement, les marchés ont tendance à valoriser les entreprises capables de générer durablement de la croissance, de préserver leurs marges et de créer de la valeur pour leurs actionnaires. Cette logique a largement démontré sa pertinence sur le long terme.

Or, depuis plusieurs mois, cette hiérarchie semble s'être inversée.

Dans de nombreux univers d'investissement, les titres présentant les caractéristiques les moins favorables sur le plan fondamental figurent parmi les plus fortes hausses. Ce phénomène dépasse largement le cadre d'un secteur ou d'une région particulière. Il se retrouve aussi bien aux États-Unis qu'en Europe, ce qui lui confère une portée singulière.

L'exemple d'Intel illustre cette tendance. Malgré des défis opérationnels persistants et une dynamique de croissance encore fragile, le titre a connu un spectaculaire regain d'intérêt de la part des investisseurs. Même constat pour Nokia qui bénéficie d'un retour en grâce boursier alors même que ses perspectives opérationnelles demeurent mesurées.

Quand les flux prennent le pas sur les fondamentaux

Cette situation traduit probablement un changement temporaire dans la façon dont les marchés construisent leurs anticipations.

Dans les phases d'incertitude économique ou de transition monétaire, les investisseurs peuvent privilégier les valeurs les plus décotées, non pas pour leurs qualités actuelles mais pour leur potentiel de redressement. Les rachats de positions vendeuses, les arbitrages tactiques ou les rotations sectorielles alimentent alors des mouvements parfois spectaculaires.

Autrement dit, le marché ne récompense plus nécessairement la qualité constatée mais l'amélioration espérée.

Cette logique s'inscrit également dans un contexte où les investisseurs cherchent à se projeter au-delà des résultats actuels. Les marchés regardent rarement le présent ; ils tentent avant tout d'anticiper l'avenir. Dès lors qu'un retournement devient envisageable, même sans être encore visible dans les comptes des entreprises, les valeurs les plus délaissées deviennent naturellement les principales bénéficiaires de cet optimisme.

Le momentum, grand gagnant du moment

Dans cet environnement atypique, un facteur résiste néanmoins mieux que les autres : le momentum.

Sa force réside dans sa simplicité. Contrairement aux approches fondées sur les fondamentaux, il ne cherche pas à déterminer ce qu'une entreprise devrait valoir. Il observe simplement ce que le marché est en train de faire.

Lorsque les investisseurs privilégient les dynamiques de marché aux réalités économiques immédiates, cette approche conserve toute sa pertinence. Elle permet de capter les mouvements de fond sans chercher à les justifier.

Une anomalie appelée à disparaître ?

Faut-il en conclure que les fondamentaux ne comptent plus ?

L'histoire des marchés invite à la prudence. Les périodes durant lesquelles les performances boursières s'éloignent fortement des réalités économiques ne sont pas nouvelles. Elles accompagnent souvent les changements de régime de marché, les transitions de cycle économique ou les phases d'excès d'optimisme.

Mais elles finissent généralement par se résorber.

La véritable question n'est donc pas de savoir si les facteurs fondamentaux ont cessé de fonctionner. Elle est de déterminer à quel moment les investisseurs reviendront à une lecture plus disciplinée de la création de valeur.

La discipline reste un avantage compétitif

Pour les gérants de long terme, ces épisodes constituent moins une remise en cause qu'un test de conviction.

L'expérience montre que les marchés peuvent s'éloigner durablement de leurs repères, mais rarement de manière permanente. Les entreprises les plus solides finissent généralement par voir leurs qualités reconnues, tandis que les anticipations excessives se normalisent.

Dans ce contexte, la discipline de gestion demeure un avantage compétitif majeur. Car derrière l'agitation des marchés et les rotations spectaculaires, une constante subsiste : sur la durée, les fondamentaux retrouvent presque toujours leur place.

Michel Menigoz

Directeur Général Adjoint chez Sanso Longchamp AM

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