La France lance un appel d’offres historique pour onze nouveaux parcs d’éolien en mer, représentant 10 GW de capacités supplémentaires d’ici 2032. Les résultats seront annoncés début 2027 pour des projets s’étendant de Fécamp à Narbonne.
Éolien : la France va créer 11 nouveaux parc en mer d’ici à 2032

La France lance le plus grand appel d'offres de son histoire pour l'éolien offshore
L'Hexagone accélère sa transition énergétique avec un appel d'offres d'envergure inédite. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a publié vendredi 12 juin 2026 le cahier des charges pour onze nouveaux parcs d'éolien en mer, représentant 10 gigawatts de capacité additionnelle. Une offensive qui vise à multiplier par cinq la production offshore française d'ici 2032 et à combler le retard européen de l'Hexagone dans cette filière stratégique.
Les sites retenus s'étendent de Fécamp à l'île d'Oléron sur la façade atlantique, complétés par les zones de Fos-sur-Mer et Narbonne en Méditerranée. Une géographie qui illustre l'ambition nationale de cette stratégie de changement d'échelle dans l'énergie marine.
Dix gigawatts pour rattraper l'Europe
L'ampleur du programme bouleverse les perspectives françaises. Les 10 GW programmés quintupleront la capacité actuelle de 2 GW, répartis équitablement entre éolien posé (5 GW) et éolien flottant (5 GW). La technologie flottante, moins mature mais prometteuse, permettra d'exploiter les zones plus profondes et éloignées des côtes.
La feuille de route énergétique de février 2026 fixe l'objectif à 15 GW en 2035, puis 45 GW en 2050. À terme, l'éolien offshore pourrait assurer 20% de la consommation électrique nationale, plaçant la France dans la course européenne dominée par le Royaume-Uni (25 GW) et l'Allemagne (8 GW).
Un prix cible de 100 euros pour séduire les industriels
L'appel d'offres AO10 vise un prix moyen pondéré de 100 euros du mégawattheure, seuil qui interroge les professionnels. Si l'éolien posé atteint désormais 66 euros du MWh, comme l'a démontré TotalEnergies lors du dernier appel d'offres, l'éolien flottant dépasse encore 200 euros du MWh.
L'objectif de 100 euros égale le tarif visé par EDF pour ses futurs EPR 2, établissant une parité stratégique entre éolien en mer et nucléaire nouvelle génération. Un signal économique fort pour les investisseurs, à condition que la technologie flottante confirme sa baisse de coûts annoncée.
L'industrie européenne privilégiée
Pour la première fois, le cahier des charges intègre les critères du Net Zero Industry Act européen, favorisant les retombées industrielles continentales. L'usine Siemens Gamesa du Havre, spécialisée dans les pales offshore de grande taille, illustre les atouts français dans cette filière en pleine structuration.
Les candidats disposent de quatre mois pour déposer leurs dossiers. Après analyse jusqu'au début 2027, la ministre de l'Énergie attribuera les projets en février 2027, pour des mises en service échelonnées à partir de 2032.
Les freins financiers persistent
L'enthousiasme officiel masque des réalités économiques contraignantes. Un premier appel d'offres au large d'Oléron avait échoué en 2025, faute de candidats. Les développeurs avaient jugé le projet trop complexe et coûteux, illustrant les difficultés persistantes de la filière française.
Selon RTE, les coûts de raccordement représentent 30 à 40% des investissements totaux offshore, un facteur décisif pour la rentabilité. L'exemple de l'appel d'offres AO8, remporté par TotalEnergies associé à l'allemand RWE puis abandonné par ce dernier, souligne la volatilité des partenariats industriels dans ce secteur exigeant.
Un test décisif pour l'attractivité française
L'attribution des projets début 2027 constituera un révélateur crucial de l'appétit industriel pour l'offshore français. Selon Le Figaro, les enjeux dépassent le cadre énergétique national. Il s'agit de positionner la France comme acteur majeur de la transition européenne tout en sécurisant l'approvisionnement électrique face aux incertitudes géopolitiques.
Le succès de cet appel d'offres déterminera la crédibilité de la stratégie française offshore et sa capacité à transformer l'essai après des années de retard. Entre ambitions climatiques et réalités économiques, l'éolien en mer français joue une partie de son avenir.
