Réseau électrique : les salariés de RTE sonnent l’alarme après des explosions

Après l’explosion de deux appareils électriques au poste de Squividan le 23 juin, privant 119 000 foyers d’électricité, les 4 000 salariés de maintenance de RTE ont exercé leur droit d’alerte. Ils dénoncent l’inadaptation du réseau aux canicules et réclament des mesures immédiates de protection, tandis que la direction minimise l’ampleur du problème.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 7 juillet 2026 6h30
France Electricite
Réseau électrique : les salariés de RTE sonnent l’alarme après des explosions - © Economie Matin
50,1%RTE est détenue par EDF à 50,1%

Le 23 juin dernier, deux appareils de mesure haute tension ont explosé au poste électrique de Squividan, en Finistère. Résultat immédiat : 119 000 foyers plongés dans le noir et 9 pavillons évacués en urgence. Six jours plus tard, les 4 000 salariés de maintenance de RTE ont activé une procédure exceptionnelle : le droit d'alerte pour danger grave et imminent. Leur message à la direction ? Les infrastructures électriques françaises ne sont plus adaptées aux canicules, et personne ne protège suffisamment les équipes sur le terrain.

Une explosion révélatrice d'une fragilité structurelle

Le 23 juin : quand 119 000 foyers se retrouvent sans électricité

L'incident s'est produit sur un poste électrique de 225 000 volts, l'un des maillons essentiels du réseau haute tension français. Deux appareils de mesure ont cédé simultanément sous l'effet de la chaleur, provoquant une panne d'ampleur régionale. Selon Le Monde, l'événement a nécessité l'intervention immédiate des équipes de secours et l'évacuation préventive de plusieurs habitations proches du site. Pour les riverains, la coupure a duré plusieurs heures, paralysant les activités économiques locales et créant une situation de vulnérabilité pour les personnes dépendantes d'appareils médicaux électriques.

RTE, gestionnaire du réseau de transport d'électricité détenu à 50,1% par EDF, emploie environ 10 000 salariés. Parmi eux, 4 000 travaillent dans la maintenance et l'exploitation des infrastructures. Ces techniciens, ingénieurs et agents de terrain sont en première ligne lorsque survient une défaillance matérielle. L'explosion du 23 juin a cristallisé leurs inquiétudes : si les équipements explosent, qui garantit leur sécurité lors des interventions ?

Le mécanisme de défaillance expliqué par les experts syndicaux

Francis Casanova, délégué syndical central CGT de RTE, a détaillé le processus technique à l'origine de l'incident. « Ce qu'il se passe, c'est que la chaleur crée de la condensation au niveau de la tête de l'appareil, ce qui affecte l'isolant électrique et qui peut créer un arc électrique qui fait exploser l'appareil », explique-t-il dans Le Figaro. En clair : les fortes températures génèrent de l'humidité à l'intérieur des transformateurs et appareils de mesure, dégradant l'isolation électrique. Lorsque celle-ci cède, un arc électrique se forme, provoquant une explosion brutale.

Ce phénomène n'est pas nouveau dans l'industrie électrique, mais sa fréquence augmente avec l'intensification des épisodes caniculaires. Les équipements installés il y a plusieurs décennies n'ont pas été conçus pour résister à des températures dépassant régulièrement 35°C pendant plusieurs jours consécutifs. La multiplication des vagues de chaleur transforme des infrastructures autrefois fiables en bombes à retardement potentielles.

Le droit d'alerte : quand les salariés demandent des comptes

29 juin 2026 : l'activation d'une procédure exceptionnelle

Six jours après l'explosion, les représentants du personnel de RTE Maintenance ont convoqué un comité social et économique spécial. Objectif : exercer leur droit d'alerte pour danger grave et imminent, une procédure prévue par le Code du travail lorsque les salariés estiment leur sécurité menacée. Cette démarche, rare dans le secteur énergétique, traduit une rupture de confiance entre le personnel et la direction. Les 4 000 salariés de maintenance, qui assurent la continuité du réseau 24 heures sur 24, refusent désormais d'intervenir sur des équipements qu'ils jugent dangereux sans garanties supplémentaires.

Selon France Info, cette mobilisation collective reflète une exaspération grandissante face à ce que les syndicats perçoivent comme une sous-estimation systématique des risques par la hiérarchie. « Nous voulons mettre l'employeur face à ses responsabilités », résume Francis Casanova.

Les quatre demandes concrètes des représentants du personnel

Les salariés ont formulé un cahier de revendications précis. Première exigence : identifier tous les appareils présentant le même profil de vulnérabilité que ceux ayant explosé à Squividan. Selon les estimations syndicales, environ 550 équipements similaires seraient installés sur l'ensemble du territoire français. Deuxième demande : établir des périmètres de sécurité stricts autour de ces installations, interdisant la présence humaine prolongée à proximité pendant les épisodes de fortes chaleurs.

Troisième point : remplacer ou mettre hors tension les appareils défaillants en attendant leur modernisation. Enfin, quatrième revendication : renforcer les protocoles de surveillance et former les équipes aux risques spécifiques liés aux températures extrêmes. Ces mesures, selon les syndicats, doivent être déployées immédiatement, pas dans le cadre d'un plan à long terme dont les effets ne se feront sentir que dans plusieurs années.

« Pour l'instant, la direction n'a pas pris de mesure de protection »

« Pour l'instant, la direction n'a pas pris de mesure de protection des salariés », dénoncent les représentants du personnel dans leur communication officielle. Cette phrase, prononcée lors du comité social et économique du 29 juin, résume le cœur du conflit. Les salariés ne contestent pas les investissements annoncés par RTE, mais leur calendrier et leur priorité. Ils exigent des actions immédiates, pas des promesses à horizon 2040. Pour eux, chaque intervention sur un appareil potentiellement défaillant représente un risque d'accident grave, voire mortel.

La tension monte également sur la question de la responsabilité juridique. En cas d'accident, qui sera tenu pour responsable ? L'employeur qui n'a pas pris les mesures conservatoires nécessaires ? Le salarié qui a refusé d'intervenir ? Les syndicats veulent une clarification formelle avant la prochaine vague de chaleur, attendue d'ici quelques semaines selon les prévisions météorologiques. Ils rappellent que le droit de retrait, prévu par la loi, pourrait être massivement exercé si aucune réponse satisfaisante n'est apportée.

La direction minimise, les syndicats s'inquiètent

RTE : un unique incident, rien à signaler

La direction de RTE adopte une posture diamétralement opposée. Dans sa réponse officielle, elle reconnaît l'incident du 23 juin mais affirme ne pas avoir recensé d'autres événements ayant porté atteinte à la sécurité des personnes ou des biens pendant l'épisode caniculaire. Selon le gestionnaire du réseau, les protections automatiques intégrées aux équipements permettent de déconnecter préventivement les appareils en cas d'anomalie détectée. Une surveillance 24 heures sur 24 est assurée par les centres de contrôle régionaux, capables d'intervenir à distance pour isoler un équipement défaillant avant qu'il ne présente un danger.

RTE souligne également avoir mis en place des mesures conservatoires sur les appareils de même type que ceux ayant explosé à Squividan. Ces mesures incluent une surveillance renforcée, des inspections visuelles régulières et des consignes de sécurité strictes pour les interventions de maintenance. La direction estime que ces dispositions suffisent à garantir la sécurité des salariés et la continuité du service public.

CGT : 550 appareils sensibles qui font trembler les équipes

Les syndicats ne partagent pas cet optimisme. Francis Casanova avance le chiffre de 550 appareils sensibles répartis sur l'ensemble du territoire, un inventaire établi à partir des retours de terrain des équipes de maintenance. Ces équipements, installés pour la plupart entre les années 1980 et 2000, n'ont pas été conçus pour fonctionner dans les conditions climatiques actuelles. Leur vieillissement naturel, combiné à l'augmentation des contraintes thermiques, crée une situation à haut risque selon les représentants du personnel.

La CGT dénonce également l'absence de transparence sur les incidents mineurs. Si l'explosion du 23 juin a fait la une des médias en raison de son ampleur, combien de défaillances moins spectaculaires sont survenues sans être communiquées ? Les syndicats réclament un bilan exhaustif des dysfonctionnements constatés pendant la canicule, y compris les déconnexions préventives et les alertes techniques. Seule une évaluation complète permettra, selon eux, de mesurer l'ampleur réelle du problème et d'adapter les mesures de prévention.

24 milliards d'euros pour adapter le réseau : suffisant ?

RTE a intégré à son plan d'investissement un volet d'adaptation du réseau électrique au changement climatique, doté de 24 milliards d'euros d'ici 2040. Ce programme prévoit le renouvellement progressif des infrastructures vieillissantes, la modernisation des équipements de mesure et de protection, ainsi que le renforcement des capacités de transport pour accompagner la transition énergétique. Sur le papier, l'effort financier semble considérable.

Mais les salariés pointent un décalage temporel problématique. 2040, c'est dans 14 ans. Entre-temps, combien de canicules frapperont la France ? Combien d'équipements céderont ? Les syndicats plaident pour une accélération des investissements prioritaires, quitte à différer d'autres projets moins urgents. Ils proposent également de renforcer les effectifs de maintenance, actuellement sous tension, pour permettre des inspections plus fréquentes et des interventions préventives systématiques avant chaque épisode de fortes chaleurs.

La question dépasse le cadre de RTE. Elle interroge la capacité de toutes les infrastructures critiques françaises, des centrales électriques aux réseaux de distribution d'eau en passant par les voies ferrées, à s'adapter suffisamment vite au bouleversement climatique. Les salariés de RTE, en activant leur droit d'alerte, posent une question simple mais vertigineuse : sommes-nous prêts pour le climat de demain, ou continuons-nous à gérer le réseau d'hier ?

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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