Selon Oxfam, 41 milliardaires de l’énergie du G7 ont vu leur fortune augmenter de 23,5 milliards de dollars depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Parallèlement, les pays du G7 ont réduit de 48 milliards leur aide aux pays pauvres entre 2024 et 2025.
Les milliardaires de l’énergie empochent 300 millions par jour

Le diagnostic d'Oxfam tombe à pic, trois jours avant l'ouverture du sommet du G7 à Évian. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 41 milliardaires de l'énergie issus des pays les plus riches de la planète se sont enrichis de 23,5 milliards de dollars depuis le début du conflit au Moyen-Orient. L'équivalent de 301 millions de dollars par jour, ou encore 1 046 dollars dans le temps qu'il faut pour cligner des yeux.
Derrière cette comptabilité macabre se dessine un paradoxe saisissant. Pendant que les ménages du monde entier subissent la flambée des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, les grandes fortunes du secteur énergétique prospèrent. Les six majors pétrolières devraient voir leurs bénéfices grimper de 80 % par rapport aux prévisions d'avant-guerre, atteignant 152 milliards de dollars en 2026.
Quand la crise enrichit les plus fortunés
Cette mécanique n'a rien de surprenant. Chaque crise géopolitique majeure redistribue la richesse vers le sommet de la pyramide. Depuis 2020, les milliardaires mondiaux ont engrangé 9 800 milliards de dollars supplémentaires. Autrement dit, cinq crises successives ont permis d'accélérer un processus de concentration des richesses déjà bien entamé.
Le mécanisme est implacable : les entreprises d'engrais voient leurs bénéfices bondir de 23 %, les compagnies pétrolières empochent des superprofits historiques, tandis que les populations les plus vulnérables paient la facture. Le Programme des Nations unies pour le développement estime que le conflit au Moyen-Orient pourrait plonger plus de 30 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté.
L'aide en chute libre
Face à cette détresse grandissante, que font les dirigeants du G7 ? Exactement l'inverse de ce que commanderait la logique humanitaire. Entre 2024 et 2025, ils ont décidé la plus forte réduction de l'aide publique au développement de leur histoire : 48 milliards de dollars en moins pour les pays les plus pauvres.
Pour bien saisir l'ampleur de cette régression, Oxfam livre une comparaison édifiante : cette baisse équivaut à la richesse accumulée par les milliardaires du G7 en seulement neuf jours. En clair, ce que les plus fortunés empochent en une semaine et demie représente l'effort d'aide que les gouvernements ont décidé de supprimer sur deux ans.
Le G6 face à ses responsabilités
Amitabh Behar, directeur général d'Oxfam International, pointe une réalité diplomatique embarrassante. Pour s'assurer la présence de Donald Trump au sommet d'Évian, Emmanuel Macron aurait accepté d'écarter les discussions sur le climat et les inégalités. Même les mots « genre » et « climat » auraient été rayés de l'ordre du jour pour ménager Washington.
L'ONG refuse pourtant de voir dans l'intransigeance américaine une excuse valable pour l'inaction du « G6 ». Le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni disposent d'un immense pouvoir financier et diplomatique qu'ils choisissent délibérément de ne pas exercer. Ils peuvent annuler des dettes, taxer les superprofits, augmenter l'aide ou plaider pour de nouveaux droits de tirage spéciaux au FMI.
Une paralysie politique coûteuse
Le coût humain de cette paralysie se mesure déjà. Depuis la dernière présidence française du G7, 44 personnes ont basculé dans une situation d'urgence humanitaire chaque minute. L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo aurait pu être détectée plus tôt si les systèmes de surveillance n'avaient pas été affaiblis par les coupes budgétaires.
Au final, le G7 d'Évian risque fort de confirmer une évidence : quand les crises se succèdent, elles creusent mécaniquement les inégalités. Sauf si les dirigeants décident d'inverser cette logique par des mesures redistributives d'ampleur. Reste à savoir s'ils en ont encore la volonté politique.