Le gouvernement lance un plan de recrutement massif dans l’industrie de la défense : 100 000 salariés d’ici 2030. Face au déclin de l’automobile, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou mise sur la BITD, secteur de 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires, pour redynamiser l’appareil productif français. Un pari économique structurant.
Défense : 100 000 recrutements pour revitaliser l’industrie française

Alors que l'industrie automobile française a perdu un tiers de ses effectifs depuis 2010, le gouvernement initie un vaste transfert de compétences vers un secteur en pleine croissance. Le 15 septembre 2026, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a présenté sur le site du missilier MBDA à Selles-Saint-Denis un plan national ambitieux : recruter 100 000 personnes dans l'industrie de la défense d'ici 2030. Ce projet vise à transformer la base industrielle et technologique de défense (BITD) en moteur de la réindustrialisation française.
La défense comme moteur de réindustrialisation : contexte économique
L'Insee signale une forte diminution des emplois dans le secteur automobile français, avec une perte d'un tiers des effectifs entre 2010 et 2023. Délocalisations, concurrence asiatique et transition électrique mal gérée ont affaibli ce secteur historique. Pour compenser, l'exécutif mise sur la défense pour réorienter cette main-d'œuvre qualifiée. La BITD, soutenue par des tensions géopolitiques et une augmentation des budgets militaires européens, connaît une croissance soutenue. Le gouvernement entend ainsi redéployer les compétences manufacturières vers ce secteur dynamique.
Actuellement, la BITD emploie entre 210 000 et 220 000 personnes réparties dans plus de 4 000 entreprises, générant un chiffre d'affaires annuel de 40 milliards d'euros, selon les données gouvernementales. Grands groupes comme Dassault Aviation, Naval Group ou Thales, et PME spécialisées en électronique ou cybersécurité, composent cet écosystème national, particulièrement implanté en Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur. L'augmentation de 45 % des effectifs en quatre ans pourrait constituer un levier majeur pour le PIB manufacturier français.
Les ressorts économiques du plan : 100 000 recrutements d'ici 2030
Environ 70 000 départs à la retraite dans la BITD d'ici 2030 nécessitent un plan de remplacement, tandis que 30 000 postes supplémentaires sont prévus pour soutenir la croissance due à la modernisation des armées françaises, des contrats export et des programmes européens, selon Jean-Pierre Farandou. Le ministre insiste sur l'ouverture de ces métiers bien rémunérés à tous, partout en France, marquant une rupture avec l'approche libérale du marché du travail.
France Travail a cartographié 411 métiers spécifiques à la défense, du CAP à l'ingénieur, diversifiant ainsi le vivier potentiel avec des profils tels que soudeurs, techniciens et ingénieurs en cybersécurité. Cette analyse permet de cibler les formations professionnelles sur les besoins réels, préservant des savoir-faire industriels rares essentiels à la souveraineté technologique.
Le modèle opérationnel : France Travail et la force spéciale défense
La stratégie inclut 25 000 préparations opérationnelles à l'emploi (POEI) en 2027, dont 15 000 pour la défense. Ces formations courtes (jusqu'à 400 heures) adaptées garantissent l'embauche à l'issue, facilitant la reconversion des salariés de l'automobile. Le coût moyen de 3 000 à 5 000 euros par formation représente un investissement public de 45 à 75 millions d'euros. Le modèle repose sur un co-financement État-entreprises, répartissant les risques.
Une force spéciale défense composée de 30 conseillers, sous la direction d'une générale à la retraite, sera active dès le 1er décembre 2026. France Travail mobilise ses agences et conseillers, avec une plateforme virtuelle centralisant offres et candidatures. Cette structure vise à industrialiser le processus de recrutement, standardisant entretiens et évaluations de compétences transférables. Le coût de fonctionnement reste modeste comparé à l'enjeu : structurer un flux de milliers de recrutements.
Enjeux budgétaires et retour sur investissement pour l'État
En plus des POEI, le plan exploite l'ensemble des dispositifs de formation continue. Former 100 000 personnes à un coût moyen de 5 000 euros par tête représente 500 millions d'euros sur quatre ans. Cependant, ces emplois génèrent 3,5 milliards d'euros de masse salariale annuelle, produisant environ 1,2 milliard d'euros de cotisations sociales et 400 millions d'impôts sur le revenu par an. Ces chiffres justifient l'investissement initial. Le secteur aérospatial et défense européen subit des restructurations importantes, soulignant l'importance d'une base industrielle nationale robuste.
Jean-Pierre Farandou a souligné que l'essor de l'industrie de défense illustre la souveraineté nationale tout en créant des emplois et des compétences. La dépendance aux importations stratégiques pourrait s'avérer coûteuse en cas de crise. Maintenir une BITD performante garantit des contrats export lucratifs. Dans un contexte de tensions commerciales croissantes, préserver l'appareil productif national est une assurance économique. Le plan de recrutement s'inscrit dans une logique d'investissement stratégique à long terme, où la résilience est aussi importante que le rendement financier immédiat.
Le gouvernement parie sur une main-d'œuvre qualifiée sous-employée dans des secteurs en déclin. Rediriger ces compétences vers la défense transforme cette fragilité en atout compétitif. La réussite du plan dépendra de la capacité des 27 bassins d'emploi prioritaires, pilotés par les préfets, à respecter les délais. Ce succès est essentiel pour la crédibilité de la stratégie française de réindustrialisation.