Une enquête révèle que seuls 5% des décideurs RH estiment leurs employés correctement payés. Pour 67% d’entre eux, il manquerait au moins 250 euros nets mensuels pour atteindre un salaire juste, tandis que 69% redoutent des tensions avec l’arrivée de la transparence salariale.
Pour les RH, les entreprises ne payent pas assez leurs salariés

Quand les DRH avouent : nos salaires sont insuffisants
Une enquête de l'agence HOW MUCH révèle un constat sans appel : seuls 5% des responsables des ressources humaines estiment que leurs employés perçovent un salaire à la hauteur de leur contribution réelle. L'étude, menée du 3 au 10 juin 2026 auprès de 1 872 décideurs RH français, dévoile l'ampleur d'un malaise que beaucoup soupçonnaient sans oser le quantifier.
Si 26% des professionnels interrogés répondent « plutôt oui » à la question de la juste rémunération, près d'un sur deux tempère aussitôt son jugement. En cause : une charge de travail qui s'alourdit, une inflation persistante et des disparités criantes entre les métiers. L'évolution du coût de la vie pèse désormais sur l'équilibre financier des ménages français.
Un déficit avoué de 250 euros mensuels
Sandrine Dorbes, créatrice de l'agence HOW MUCH et spécialiste en stratégie de rémunération, pointe la complexité croissante du sujet : « La rémunération juste n'est plus seulement une question de budget ou d'augmentation annuelle. Elle devient un enjeu de preuves, de données et de confiance. »
Les chiffres donnent corps à cette analyse. Selon l'enquête, 67% des décideurs RH reconnaissent qu'il manque un complément mensuel aux salariés pour atteindre une valeur salariale équitable. Plus troublant encore : 42% évaluent ce manque à gagner à au moins 250 euros nets par mois.
Le détail de cette estimation révèle des écarts substantiels. Un quart des répondants (24%) situe le déficit entre 250 et 499 euros nets mensuels, tandis que 17% l'évaluent entre 100 et 249 euros. À l'autre extrémité, 14% des situations nécessiteraient un rattrapage de 500 à 999 euros nets, et seuls 8% se contentent de moins de 100 euros d'ajustement.
Néanmoins, 11% des professionnels RH considèrent que le problème dépasse la dimension purement financière. Pour eux, la reconnaissance constitue l'enjeu principal, soulignant combien la satisfaction salariale relève aussi de facteurs psychologiques.
L'inflation, fléau numéro un des salaires
L'analyse des causes d'insatisfaction place le coût de la vie en tête des préoccupations pour 21% des responsables interrogés. L'inflation continue d'éroder le pouvoir d'achat des salariés, créant un fossé grandissant entre rémunération nominale et capacité d'achat effective.
La surcharge de travail occupe la deuxième place des griefs (18%), suivie par l'augmentation des responsabilités sans compensation financière (17%). Ces trois facteurs illustrent parfaitement l'inadéquation croissante entre l'évolution des postes et leur valorisation monétaire.
Les écarts de salaire entre collègues occupant des fonctions comparables inquiètent également 12% des décideurs, mettant en lumière les dysfonctionnements de l'équité interne. Un phénomène qui fait écho aux préoccupations grandissantes des Français face aux inégalités de revenus, notamment entre générations.
La transparence salariale fait trembler les RH
La perspective d'une transparence accrue des rémunérations provoque des sueurs froides dans les départements des ressources humaines. L'enquête révèle que 69% des décideurs redoutent l'émergence de tensions internes si leurs grilles salariales devenaient publiques. Un pourcentage qui trahit la fragilité des politiques de rémunération actuelles.
Face à la découverte hypothétique d'un écart salarial de 20% pour un poste identique, les réactions anticipées par les RH dessinent un tableau explosif. 28% prévoient une demande immédiate d'augmentation, 19% s'attendent à des demandes d'explications, 17% craignent une perte de confiance dans l'entreprise et 15% envisagent des départs vers la concurrence.
Seuls 3% des professionnels estiment qu'un salarié accepterait un tel écart, même justifié par l'expérience ou la performance. Un chiffre dérisoire qui illustre l'ampleur du défi communicationnel à venir.
Des politiques salariales aux fondations bancales
L'enquête met à nu les lacunes structurelles des politiques de rémunération françaises. Un maigre 6% des décideurs RH se targuent de disposer d'une politique « claire, structurée et équitable ». La majorité avoue composer avec des contraintes majeures qui compromettent l'équité salariale.
Parmi les difficultés avouées, 16% déclarent « payer correctement, mais pas toujours assez pour fidéliser », tandis que 15% reconnaissent manquer « d'outils et de données » pour objectiver la justice salariale. Ces aveux confirment la persistance de méthodes empiriques dans la gestion des rémunérations.
Plus préoccupant encore : 75% des responsables RH admettent l'existence d'écarts entre rémunération et contribution réelle, ou leur incapacité à les mesurer précisément. Un chiffre qui révèle l'étendue du chantier à entreprendre.
Un marché de l'emploi sous tension salariale
Les conclusions de l'étude HOW MUCH résonnent avec les évolutions récentes du marché français. Selon le Blog du Modérateur, 31% des salariés se déclarent prêts à quitter leur entreprise en raison de leur rémunération, confirmant les tensions identifiées par l'enquête.
L'intelligence artificielle redessine par ailleurs les grilles salariales. Les profils hybrides maîtrisant l'IA fixent désormais « les nouveaux standards du marché » selon Philippe Perret de LHH Recruitment Solutions. L'évolution technologique accentue les disparités entre secteurs et fonctions, compliquant davantage l'équation de la justice salariale.
L'urgence d'une refonte des rémunérations
Face à ces révélations, les entreprises françaises ne peuvent plus différer la modernisation de leurs approches salariales. L'arrivée prochaine de la directive européenne sur la transparence des salaires contraindra les organisations à justifier leurs pratiques de rémunération devant leurs salariés.
Sandrine Dorbes formule un avertissement sans détour : « Les entreprises qui ne sauront pas justifier leurs décisions risquent de voir apparaître de la défiance, des tensions internes et un sentiment d'injustice durable. » Un pronostic qui prend tout son relief au regard des chiffres de cette enquête inédite.
La construction de politiques salariales équitables exigera des investissements conséquents en outils d'analyse, en formation des managers et en refonte des processus RH. Un défi majeur pour les entreprises soucieuses de préserver leur attractivité dans un marché de l'emploi de plus en plus exigeant sur la question des rémunérations.