Absentéisme : pourquoi les taux grimpent chez les jeunes salariés

L’absentéisme continue de grimper en France et l’observatoire Datascope 2026 d’AXA décrit un phénomène plus profond qu’une simple multiplication des petits arrêts. L’étude publiée le 31 mars 2026 montre surtout une poussée des arrêts longs, une progression marquée chez les jeunes et les cadres, ainsi qu’un basculement net vers les troubles psychologiques comme moteur majeur de la dégradation.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 7 avril 2026 8h19
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Absentéisme : pourquoi les taux grimpent chez les jeunes salariés - © Economie Matin
35%35 % des salariés ont été absents au moins un jour dans l’année

Le 31 mars 2026, AXA a publié son Datascope 2026, son observatoire de la vie en entreprise, en dressant un constat net sur l’absentéisme dans le secteur privé. Selon l’assureur, le taux atteint 4,8 % en 2025, contre 4,5 % en 2024, soit un niveau record et une hausse de 50 % depuis 2019.

L’angle fort de cet observatoire tient à la nature du mouvement. AXA explique que les arrêts de plus de deux mois représentent désormais plus des deux tiers du taux global, alors que les arrêts très courts de 1 à 3 jours, pourtant très visibles dans le débat public, comptent pour 44 % des arrêts en volume mais pour moins de 0,2 % du taux global. Autrement dit, le sujet n’est pas seulement la fréquence des absences, mais surtout leur allongement.

L’absentéisme chez les jeunes en hausse en France

Ce que dit AXA sur les jeunes salariés est sans doute l’un des enseignements les plus frappants de son observatoire. Dans le détail, l’absentéisme a augmenté de 10 % chez les moins de 30 ans et de 11 % chez les 30-35 ans, selon TF1 Info. Le Parisien résume la tendance en relayant les propos de Diane Milleron-Deperrois, directrice générale d’AXA Santé & Collectives : « Les deux faits notables sont les arrêts chez les jeunes et chez les cadres, qui partent de très bas (1,6 % en 2019, 2,6 % en 2025) mais sont en chemin de montée ».

Mais AXA ne décrit pas seulement une hausse mécanique. L’assureur met en avant un profil d’absentéisme particulier chez les plus jeunes. Ceux-ci recourent davantage aux arrêts très courts, avec cinq pics repérés en 2025 correspondant à cinq épisodes épidémiques notables. Cette sensibilité aux épisodes infectieux s’ajoute à une autre dynamique, plus lourde, celle des arrêts répétés et des absences longues. Le Parisien rapporte d’ailleurs cette formule de Diane Milleron-Deperrois : « On observe des absences régulières (poly absentéisme), une hausse de la fréquence des arrêts de moins de 3 jours et de plus de 6 mois, une santé mentale qui se dégrade ».

Les données plus larges confortent ce diagnostic. Pour 100 salariés, le nombre moyen d’arrêts de travail sur un an est passé de 55,7 en 2019 à 69,7 en 2025. Dans le même temps, 35 % des salariés ont été absents au moins un jour dans l’année, contre 30 % en 2019, et la durée moyenne d’arrêt est passée de 20 à 23,5 jours.

Absentéisme : le rattrapage des populations jusque-là préservées

L’autre bascule décrite par l’observatoire Axa concerne les cadres. Longtemps moins touchés que d’autres catégories, ils voient désormais leur situation se dégrader plus vite. L’espace presse d’AXA indique une hausse de 8 % chez les cadres en 2025. TF1 Info précise que, même s’ils restent la population dont le temps d’absentéisme est le plus faible, leur durée moyenne d’arrêt dépasse désormais celle des non-cadres, avec une progression des arrêts très longs.

Cette mutation n’est pas marginale. TPE Actu relève que chez les hommes cadres de 30 à 45 ans, l’absentéisme a progressé de 16 % en un an et que la fréquence des arrêts de plus de six mois a bondi de 38 %. L’observatoire Axa parle ainsi d’un phénomène de rattrapage : des salariés jusqu’ici relativement épargnés convergent vers les niveaux observés dans le reste du monde du travail.

Les troubles psychologiques deviennent le cœur de l’absentéisme

Le point le plus structurant du Datascope 2026 concerne toutefois la santé mentale. TF1 Info indique que les troubles psychologiques sont devenus la première cause des arrêts de travail de longue durée. Chez les moins de 30 ans, ils représentent 51 % des arrêts longs en 2025, soit plus d’un sur deux. Chez les 30-35 ans, cette part atteint 54 %, ce qui en fait la catégorie la plus touchée en valeur absolue.

Le signal n’est pas seulement statistique. Il est générationnel. AXA insiste sur le fait que la santé mentale des salariés se dégrade encore, notamment chez les plus jeunes et relève que l’âge moyen de survenue de ces troubles est passé de 43,3 ans en 2019 à 40 ans en 2025. L’observatoire décrit donc un déplacement du risque psychologique vers des actifs plus jeunes, au moment même où leurs parcours professionnels deviennent plus instables.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

1 comment on «Absentéisme : pourquoi les taux grimpent chez les jeunes salariés»

  • JY2M

    Personnellement je comprends l’attitude des syndicats qui craignent que les contrôles deviennent abusifs et qu’un jour il ne soit plus possible d’être malade mais étant donné l’augmentation vertigineuse des arrêts maladie il faudrait qu’ils comprennent qu’il y a eu ces dernières années une sorte de campagne médiatique qui a connu un très grand succès auprès du public, campagne qui pour schématiser a consisté à dire que tout le monde pouvait être victime d’un « burn-out » et qu’il fallait donc s’en inquiéter. Cette idée a aussi d’une certaine manière été intégrée par les médecins qui sont les prescripteurs et qui de toute façon peuvent difficilement refuser un arrêt maladie quand leurs patients le leur demandent. Je pense donc qu’il faudrait se pencher à nouveau sur le syndrome d’épuisement professionnel qu’est le « burn-out » qui est responsable d’une partie non négligeable des arrêts de travail pour essayer de relativiser un peu les choses en disant qu’il ne touche pas tout le monde et que l’on exagère sûrement quand on croit qu’il est systématique.

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