Le 11 juin 2026, à Abidjan, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, la Société financière internationale, filiale de la banque mondiale et Paris Europlace ont lancé le Chapter UEMOA. Derrière cette formule technique, l’objectif est simple : réunir des professionnels capables d’aider le marché financier régional à mieux financer les entreprises, les infrastructures et l’économie réelle. Pour les investisseurs occidentaux, l’enjeu n’est pas secondaire : il s’agit de savoir si l’Union économique et monétaire ouest-africaine peut devenir une porte d’entrée plus lisible vers l’Afrique de l’Ouest francophone.
UEMOA : une task force appuyée par la Banque mondiale pour dynamiser la Bourse régionale

La Banque mondiale, l’IFC et la BRVM : de quoi parle-t-on ?
La Banque mondiale n’est pas une banque commerciale. C’est une institution internationale de développement, basée à Washington, qui finance des projets publics, conseille les États et accompagne des réformes économiques. Au sein de ce groupe, la Société financière internationale, appelée IFC pour International Finance Corporation, travaille plus directement avec le secteur privé. Elle soutient les entreprises, les banques, les investisseurs et les marchés financiers dans les pays émergents.
À Abidjan, l’IFC n’est donc pas venue ouvrir une nouvelle banque. Elle accompagne un chantier plus large : la modernisation du marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Cette zone regroupe huit pays partageant le franc CFA : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, ou BRVM, est la bourse commune de ces huit pays. C’est là que les entreprises peuvent lever de l’argent en émettant des actions ou des obligations, et que les États peuvent emprunter auprès des investisseurs. Le marché a grandi. Fin 2025, sa capitalisation globale, actions et obligations confondues, approchait 24 800 milliards de francs CFA. Mais cette taille ne dit pas tout. Le marché reste dominé par les emprunts publics, tandis que les entreprises privées restent encore sous-représentées.
Une task force pour lever le verrou de la liquidité
Le Chapter UEMOA n’est ni une nouvelle bourse, ni un régulateur, ni un fonds d’investissement. C’est un groupe de travail permanent. Il réunit des représentants du marché, des intermédiaires financiers, des investisseurs et des acteurs économiques de la région.
Son rôle est concret : identifier ce qui bloque le développement du marché financier régional et proposer des solutions applicables. Comment convaincre davantage d’entreprises de se financer par la Bourse ? Comment réduire les coûts d’accès au marché pour les petites et moyennes entreprises ? Comment attirer plus d’investisseurs ? Comment faire en sorte que les titres s’échangent plus facilement après leur émission ?
Le cœur du problème est le manque de liquidité du marché. Dans l’UEMOA, les titres existent, mais ils circulent encore trop peu. Pour un investisseur, ce manque de liquidité est un frein. Pour une entreprise, il limite l’intérêt d’aller chercher des capitaux sur le marché. Pour l’économie régionale, il maintient une dépendance forte au crédit bancaire.
Le Chapter UEMOA doit donc servir de lieu de coordination. Il ne remplace pas la BRVM. Il ne se substitue pas à l’Autorité des marchés financiers de l’Union monétaire ouest-africaine. Il doit faire travailler ensemble ceux qui peuvent agir : régulateurs, bourse, sociétés de gestion et d’intermédiation, investisseurs, entreprises et institutions internationales.
Un signal pour les investisseurs occidentaux
Pour un investisseur occidental, l’intérêt du Chapter UEMOA tient moins à l’annonce institutionnelle qu’au signal envoyé par la place financière régionale. L’UEMOA dispose déjà d’une monnaie commune, d’une bourse régionale, d’un régulateur unique et d’un marché obligataire actif. Elle offre donc un cadre plus lisible que huit marchés nationaux séparés. Mais elle reste encore peu liquide, peu profonde et insuffisamment ouverte aux capitaux internationaux.
C’est précisément ce décalage qui rend le sujet intéressant. Les besoins de financement sont importants dans les infrastructures, l’énergie, les télécommunications, l’agro-industrie, les ports, le logement, les banques, les assurances et les petites et moyennes entreprises. Or ces besoins sont encore largement couverts par le crédit bancaire ou par les émissions souveraines. Si le marché devient plus transparent, plus animé et plus accessible, il peut offrir aux capitaux de long terme une exposition structurée à l’Afrique de l’Ouest francophone.
L’intérêt n’est pas de présenter la zone comme un eldorado. Les freins existent : faible nombre de sociétés cotées, liquidité limitée, information financière parfois inégale, risques politiques dans certains pays, dépendance aux emprunts des États et difficulté à sortir rapidement d’une position. Mais pour des investisseurs capables de travailler avec des partenaires locaux solides, l’UEMOA peut offrir une diversification utile, avec des actifs moins corrélés aux marchés européens ou américains.
Dans cette perspective, la liquidité devient un sujet stratégique. Un investisseur étranger n’entre pas seulement sur un marché parce que les rendements sont attractifs. Il doit pouvoir comprendre les règles, identifier les bons intermédiaires, acheter des titres dans des conditions claires, suivre l’information financière et revendre ses positions. C’est sur cette chaîne complète que le Chapter UEMOA est attendu.
Des expertises régionales au service du marché de grande qualité
La participation du Dr Constantin Dabiré, président-directeur général de la Société Africaine d’Ingénierie et d’Intermédiation Financières, donne une portée particulière à ces échanges. Ancien cadre de la Banque ouest-africaine de développement, expert-comptable diplômé et docteur en administration des affaires, il fait partie des spécialistes reconnus des mécanismes de financement dans l’espace UEMOA. Ses travaux et ses prises de position portent depuis plusieurs années sur le rôle des marchés financiers, la structuration des financements, les partenariats public-privé et la capacité des États comme des entreprises à mobiliser l’épargne régionale.
Son expertise est d’autant plus utile que le sujet reste technique. Beaucoup d’entreprises de la région connaissent le crédit bancaire, mais maîtrisent moins l’émission d’obligations, l’ouverture du capital ou les règles d’une cotation en bourse. C’est précisément là qu’interviennent les sociétés de gestion et d’intermédiation. Elles accompagnent les entreprises, structurent les opérations, conseillent les investisseurs et assurent le lien avec le marché.
Pour SA2IF, la participation aux travaux du Chapter UEMOA s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit pas seulement de commenter le marché, mais de contribuer à des solutions opérationnelles : mieux préparer les entreprises, rendre les produits financiers plus lisibles, mobiliser l’épargne longue et attirer davantage d’investisseurs institutionnels et internationaux.
Le lancement du Chapter UEMOA ne résout pas immédiatement les faiblesses du marché régional. Il marque toutefois une étape importante. Dans une zone où les besoins de financement restent considérables, l’enjeu est désormais de transformer une bourse encore trop institutionnelle en un véritable outil de financement pour les entreprises, les infrastructures, les petites et moyennes entreprises et les investisseurs de long terme.