Oui à la climatisation. À condition d’utiliser la bonne électricité

Face aux canicules devenues la norme, la vraie question n’est plus de savoir s’il faut climatiser, mais avec quelle électricité. La France dispose d’un atout unique avec une électricité décarbonée et une production solaire qui atteint son maximum lorsque les besoins de climatisation sont les plus importants. L’auteur plaide pour une évolution de la tarification de l’électricité afin que ménages et entreprises puissent profiter de cette abondance d’énergie solaire.

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By Edouard Roblot Published on 3 août 2026 5h30
Canicule : la France succombe à la climatisation
Oui à la climatisation. À condition d’utiliser la bonne électricité - © Economie Matin
14%Seuls 14% des ménages appartenant au premier quintile de revenus possèdent un climatiseur

La climatisation n'est ni bonne, ni mauvaise pour le climat. Pour paraphraser André Comte-Sponville, elle est « aclimatique ». Certes, elle consomme, rejette de la chaleur en ville et soulève une vraie question de justice sociale. Personne ne conteste qu'elle doit rester le dernier recours, loin derrière l'isolation, les protections solaires et la végétalisation de nos territoires.

Et une autre réalité s'impose à toute vitesse : la France étouffe. Les canicules ne sont plus des anomalies estivales, elles sont notre nouveau climat. Dans ces conditions, continuer à diaboliser la climatisation est un contresens. Elle devient progressivement un équipement de santé publique, obligatoire depuis 2003 dans les maisons de retraite, aujourd'hui dans les hôpitaux, demain dans toutes les écoles, les usines... Nous n'en sommes qu'au tout début de la vague d'équipement du pays.

La vraie question n'est donc plus de savoir si la France utilisera davantage de climatisation. Elle le fera. La vraie question est : avec quelle électricité ? Si la climatisation est alimentée par une énergie renouvelable et locale, elle n'a quasiment aucun impact climatique.

C'est ici que la France possède un avantage considérable. Notre électricité est déjà l'une des plus décarbonées du monde grâce au nucléaire et au développement rapide des énergies renouvelables. Le solaire notamment progresse à un rythme inédit, au niveau mondial mais aussi en France. Chaque année, des milliers de parkings, d'entrepôts, d'usines, de bâtiments publics ou commerciaux se couvrent de panneaux photovoltaïques.

Or, le soleil nous offre un parfait alignement des planètes. Quand avons-nous le plus besoin de climatiser nos bâtiments ? Au cœur des journées ensoleillées d'été. Quand nos panneaux solaires produisent-ils leur maximum d'électricité ? Précisément au même moment. Autrement dit, le moment où nous produisons de l'électricité solaire correspond au moment où nous avons besoin de rafraîchir nos bâtiments. Cette énergie locale est l'énergie d'adaptation au changement climatique par excellence.

Mais la situation est grippée car le prix de l'électricité ne reflète pas encore cette abondance. Aujourd'hui, de nombreux ménages et entreprises hésitent à utiliser leur climatisation non parce qu'ils refusent le confort, mais parce qu'ils craignent pour leur facture d'électricité.C'est un contresens économique et écologique. En été, le prix de l'électricité payé par les ménages reste plus élevé en journée que la nuit, alors que l'énergie solaire déborde sur le réseau au point que certaines centrales doivent couper leur production.

Ce statu quo hérité des Trente Glorieuses va devoir évoluer pour faciliter la consommation au moment où le soleil brille. Nous avons déjà appris à déplacer le ballon d'eau chaude à 23h, quel frein à des tarifs poussant à l'utilisation de l'électricité solaire lorsqu'elle est massivement disponible ?

La climatisation ne doit évidemment pas dispenser d'isoler les bâtiments, de planter des arbres ou de protéger les façades. Mais il serait tout aussi absurde de culpabiliser les Français qui cherchent simplement à protéger leur santé ou celle de leurs proches.

Le débat ne devrait plus opposer les partisans et les adversaires de la climatisation. Il pourrait porter sur la façon de produire une électricité toujours plus abondante, plus locale, plus décarbonée et plus accessible pour accompagner l'adaptation de notre société au climat qui vient sans polluer toujours plus. Le soleil est déjà là. Il ne nous reste plus qu'à aligner notre bon sens et notre modèle économique sur le rythme de la nature : c'est le seul chemin collectif possible.

Roblot Edouard Capture0059 (2)

Directeur Bâtiment Bas Carbone de Idex

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