Addictions : le baromètre qui chiffre les risques

Le nouveau baromètre Macif sur les addictions dresse un portrait précis des consommations des jeunes : alcool en recul régulier, cannabis moins installé, écrans omniprésents et protoxyde d’azote plus visible dans les soirées. Ainsi, les chiffres montrent des usages parfois occasionnels, pourtant associés à des pertes de contrôle, des risques routiers et des atteintes concrètes à la santé.

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By Adélaïde Motte Published on 19 juin 2026 14h20
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Addictions : le baromètre qui chiffre les risques - © Economie Matin

Publié ce vendredi 19 juin 2026, le baromètre « Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes » s’appuie, selon Macif, Ipsos et BVA, sur une enquête menée en ligne du 23 avril au 15 mai 2026 auprès de 3 500 personnes âgées de 16 à 30 ans. Cette sixième édition observe donc les addictions dans la durée, depuis 2021, et mesure à la fois les substances consommées, les contextes d’usage, les fréquences et les comportements de mobilité sous emprise.

Addictions, alcool et cannabis : ce que révèle le baromètre Macif

Premier enseignement, l’alcool reste la substance dominante dans les addictions des jeunes, même si la consommation régulière baisse. Selon le baromètre Macif, 45 % des 16-30 ans consomment régulièrement de l’alcool, dont 26 % de manière quotidienne ou hebdomadaire. En revanche, la part des consommateurs non réguliers atteint 37 %, soit trois points de plus qu’en 2025. Les écarts demeurent nets : 50 % des hommes consomment régulièrement de l’alcool, contre 40 % des femmes, tandis que les 25-30 ans montent à 52 %, contre 37 % chez les 16-19 ans. Par ailleurs, le tabac reste la deuxième substance la plus consommée : 54 % des jeunes en ont déjà consommé ou essayé, 27 % en ont un usage régulier et 16 % fument plusieurs fois par jour, selon Macif.

Le cannabis occupe ensuite la troisième place des addictions étudiées, mais il recule par rapport à 2021. Selon le baromètre Macif, 66 % des jeunes déclarent n’avoir jamais consommé de cannabis en 2026, contre 62 % en 2021, et 8 % en consomment régulièrement. Toutefois, les écarts de profil persistent : les hommes sont deux fois plus concernés que les femmes, avec 12 % de consommateurs réguliers contre 6 %, tandis que les jeunes vivant en colocation atteignent 16 %. En outre, les usages d’ecstasy, MDMA, GHB, poppers, protoxyde d’azote et LSD restent stables, à 15 % de jeunes ayant consommé ou essayé. La cocaïne concerne désormais un jeune sur dix, mais son usage régulier tombe à 4 %, son plus bas niveau depuis le lancement du baromètre. Les écrans, eux, déplacent le centre de gravité des addictions : 41 % des jeunes y passent au moins six heures par jour, et 74 % disent avoir perdu le contrôle au moins une fois en douze mois.

Comment certaines pratiques peuvent virer au drame

Le protoxyde d’azote s’impose comme le signal le plus marquant de cette édition consacrée aux addictions. 12 % des 16-30 ans ont déjà expérimenté le gaz hilarant, contre 6 % il y a quatre ans d’après les chiffres de Santé publique France. Le baromètre Macif distingue 3 % de consommateurs réguliers et 9 % d’usagers occasionnels. La substance circule surtout dans des cadres festifs : 71 % des consommateurs disent l’avoir prise en soirée ou fête entre amis, 31 % en festival ou concert, et 27 % dans l’espace public. Cependant, chez les consommateurs réguliers, l’usage déborde la fête : 51 % en ont déjà consommé seuls chez eux, 47 % dans l’espace public et 43 % avant un trajet en tant que conducteur. La Macif résume ainsi l’enjeu : « le protoxyde d’azote, le plus souvent consommé de manière occasionnelle et dans un contexte festif, peut néanmoins constituer un véritable enjeu d’addiction ».

Les dangers associés à ces addictions sont documentés par des chiffres lourds. Selon la Macif, 7 % des jeunes déclarent au moins une perte de contrôle liée au protoxyde d’azote durant les douze mois précédents. Parmi les consommateurs, 35 % disent avoir ressenti des émotions plus négatives, 35 % avoir connu des échecs scolaires ou professionnels, 33 % des problèmes financiers et 33 % un isolement social. Plus grave encore, 33 % se sont mis en danger sur la voie publique, 29 % ont développé des problèmes de santé, 27 % ont eu des pensées suicidaires et 25 % un accident de circulation. Pourtant, la conscience du risque existe : 83 % des jeunes savent que cette consommation peut causer des problèmes de santé, et 81 % qu’elle peut affecter la capacité à conduire ou à se déplacer. À Strasbourg, Arieh Adida, adjoint à la sécurité, a déclaré aux Dernières Nouvelles d’Alsace : « La Ville décide d’apporter une réponse concrète à ce problème. Depuis le Covid, la consommation de protoxyde d’azote a augmenté et Strasbourg n’est pas épargnée ». Dans le Loiret, le Département rapporte aussi que 300 bombonnes sont ramassées chaque mois sur les routes, tandis qu’un médecin urgentiste, cité par la collectivité, évoque des adolescents atteints de paralysie ou de dommages neurologiques irréversibles.

Les comportements à risque encore trop répandus

La mobilité révèle l’autre versant des addictions, celui du passage à l’acte dangereux. Le baromètre Macif l’écrit clairement : « Les comportements à risque en déplacement des jeunes après consommation de substances restent très fréquents ». Selon l’étude, 86 % des jeunes sont déjà rentrés en voiture comme conducteurs, à vélo, en trottinette, à scooter ou à pied après avoir consommé des substances, et 72 % l’ont fait plusieurs fois. Après avoir consommé de l'alcool, 34 % sont rentrés en voiture, 32 % à vélo, 18 % en trottinette, hoverboard ou roller, et 15 % à scooter ou moto. Après avoir consommé du cannabis, les chiffres restent élevés : 52 % à vélo, 41 % en voiture, 42 % en trottinette ou équivalent, et 40 % à scooter ou moto. Les consommateurs de drogues dures déclarent aussi des comportements massifs, avec 50 % à vélo, 47 % à scooter ou moto et 44 % en voiture. Quant au protoxyde d’azote, 34 % des consommateurs disent être rentrés en voiture, 32 % en trottinette ou équivalent, 32 % à scooter ou moto et 30 % à vélo.

Les écrans prolongent enfin ces addictions dans les déplacements quotidiens, notamment parce que le smartphone accompagne presque tous les gestes. Selon Macif, 71 % des jeunes ont déjà utilisé leur téléphone en situation de mobilité en voiture, à vélo ou à scooter, et 35 % le font souvent. Chez ceux qui se déplacent à pied ou en trottinette, 95 % ont déjà adopté un comportement dangereux lié au smartphone, tandis que 75 % disent le faire souvent. En voiture, 54 % ont déjà téléphoné en conduisant et 47 % ont envoyé ou consulté des SMS ou courriels au volant. À pied, 90 % ont envoyé ou lu des messages en marchant, 80 % ont consulté les réseaux sociaux et 55 % se sont filmés ou pris en photo. Cependant, une prise de distance apparaît : 63 % des jeunes ayant au moins un réseau social installé déclarent avoir désactivé les notifications, 53 % se sont désabonnés de certains contenus, 42 % se sont désinscrits d’un ou plusieurs réseaux sociaux, et 22 % ont déjà réalisé une détox numérique d’au moins 24 heures. Les addictions numériques restent donc massives, mais le baromètre Macif montre aussi des réflexes de limitation, surtout chez les plus jeunes.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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