Gazoduc Nigeria-Algérie : pourquoi l’Europe regarde vers le Sahara

Le gazoduc transsaharien revient au centre du jeu énergétique africain, avec un chantier officiellement relancé en Algérie, un tracé stratégique par le Niger et une promesse claire : ouvrir au gaz du Nigeria une route terrestre vers l’Europe, toutefois encore suspendue au financement, à la sécurité sahélienne et aux rivalités de corridors.

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By Adélaïde Motte Published on 22 juin 2026 10h30
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Gazoduc Nigeria-Algérie : pourquoi l’Europe regarde vers le Sahara - © Economie Matin

Le 4 juin 2026, à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar, l’Algérie a donné le coup d’envoi des travaux de son tronçon national du gazoduc transsaharien. Ainsi, après plus de deux décennies de reports, le projet TSGP entre dans une phase visible. Toutefois, le lancement ne règle pas tout. Ce gazoduc de plus de 4 000 kilomètres doit acheminer du gaz naturel du Nigeria vers l’Algérie, via le Niger, avant une connexion aux infrastructures d’exportation algériennes vers les marchés régionaux et internationaux, notamment l’Europe.

Gazoduc transsaharien : le chantier démarre entre Algérie et Niger

Le gazoduc transsaharien a franchi une étape concrète dans le sud algérien. À Aoulef, Mohamed Arkab, ministre algérien des Hydrocarbures, était accompagné d’Ekperikpe Ekpo, ministre d’État nigérian chargé des Ressources pétrolières, et de Hamadou Tini, ministre nigérien du Pétrole. Selon Sonatrach, le tronçon algérien doit suivre le corridor de la Route transsaharienne depuis la frontière algéro-nigérienne jusqu’au Centre national de dispatching du gaz de Hassi R’Mel. Ensuite, le gazoduc sera raccordé au réseau national de transport de gaz et aux infrastructures d’exportation déjà opérationnelles en Algérie, ce qui constitue l’un des grands arguments d’Alger.

La séquence politique avait commencé la veille, le 3 juin 2026, à Alger, lors de la cinquième réunion ministérielle du comité de pilotage. À cette occasion, le Niger, l’Algérie et le Nigeria ont validé le rapport final de l’étude de faisabilité actualisée, réalisée par le cabinet international Penspen, selon l’Agence nigérienne de presse. Par conséquent, les trois pays disposent désormais d’une référence technique et économique pour les étapes suivantes. Le gazoduc est développé par trois compagnies publiques : Sonatrach, la Nigerian National Petroleum Company et la SONIDEP nigérienne. Le ministère algérien des Hydrocarbures a présenté le lancement comme le passage aux phases opérationnelles et d’exécution, selon Anadolu, qui cite le communiqué officiel algérien.

Le gazoduc vers l’Europe, colonne vertébrale d’un pari africain

L’intérêt du gazoduc transsaharien tient d’abord à son échelle. Selon l’AFP, le TSGP vise à transporter entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz par an depuis le Nigeria, via le Niger, vers l’Algérie. Xinhua évoque, de son côté, un tracé de 4 128 kilomètres et une capacité pouvant atteindre 30 milliards de mètres cubes par an. Ainsi, ce gazoduc ambitionne de créer un corridor gazier sud-nord, depuis les réserves nigérianes jusqu’au hub algérien de Hassi R’Mel. Pour le lecteur économique, l’enjeu est simple : transformer une ressource africaine en flux exportable, en utilisant un pays producteur, un pays de transit et un pays déjà connecté à l’Europe.

Ce gazoduc intéresse aussi l’Europe parce qu’il arrive dans un moment de recomposition gazière. Depuis la guerre en Ukraine, les acheteurs européens cherchent à réduire leur exposition au gaz russe. Par ailleurs, les tensions autour des routes maritimes du Golfe rappellent l’intérêt des corridors terrestres ou méditerranéens. Selon Al-Monitor, l’Algérie a fourni à l’Union européenne entre 39 et 40 milliards de mètres cubes de gaz en 2024, soit environ 13 % à 14 % des importations européennes. Dans ce contexte, le gazoduc transsaharien permettrait à Alger de consolider son rôle de plateforme d’exportation vers l’Italie, l’Espagne et d’autres débouchés. Cependant, il ne s’agit pas seulement d’exporter vers l’Europe. Sonatrach insiste également sur l’intégration régionale, la valorisation des ressources énergétiques africaines et le développement économique durable du continent.

Gazoduc Nigeria-Algérie : financement, sécurité et rivalités

Le premier obstacle du gazoduc reste financier. RFI, repris par AllAfrica, rappelle que le coût avait été évalué à 13 milliards de dollars en 2006, puis revu à près de 20 milliards de dollars lors d’une actualisation en 2014. L’AFP cite une fourchette récente de 12 à 18 milliards d’euros, tandis que La Tribune Afrique évoque 13 milliards de dollars dans son cadrage du projet. Cette dispersion montre une réalité : le gazoduc transsaharien n’a pas encore livré toutes ses certitudes économiques. De plus, le financement européen n’est pas acquis. Les conclusions financières de l’étude de faisabilité actualisée n’ont pas été rendues publiques. Dès lors, l’annonce d’Adrar marque un signal politique fort, mais pas encore une décision d’investissement finale complète.

Le deuxième obstacle est sécuritaire et géopolitique. Le gazoduc doit traverser des zones désertiques et sahéliennes exposées à des risques persistants, notamment au Niger et dans certaines régions du nord du Nigeria. APA note que le projet avance encore sans calendrier définitif de réalisation ni décision finale sur le financement. Cependant, Abuja veut maintenir la dynamique. Ekperikpe Ekpo a déclaré que ce projet “signifie beaucoup pour les trois pays en matière d’industrialisation et de création d’emplois”. Enfin, le gazoduc transsaharien se retrouve face à un concurrent majeur : le gazoduc Nigeria-Maroc, désormais appelé corridor gazier Afrique-Atlantique. Ce dernier doit longer la façade ouest-africaine avant une connexion possible au réseau marocain et européen. Par conséquent, Alger mise sur un avantage décisif : un parcours plus direct vers Hassi R’Mel et des infrastructures d’exportation déjà en service.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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