Canicule et médicaments : l’erreur à ne pas commettre

La canicule ne fait pas seulement peser un risque de déshydratation ou de coup de chaleur. Diurétiques, antihypertenseurs, anti-inflammatoires, psychotropes ou traitements du diabète peuvent compliquer l’adaptation de l’organisme aux températures extrêmes. Les autorités sanitaires rappellent toutefois qu’un traitement ne doit jamais être interrompu sans avis médical.

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By Aurélie Giraud Published on 22 juin 2026 11h11
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Certains traitements peuvent accentuer la déshydratation, perturber la transpiration ou devenir plus difficiles à éliminer lorsque les températures grimpent. - © Economie Matin
Plus de 75%En période de forte chaleur, l’évaporation de la sueur représente plus des trois quarts de la régulation thermique de l’organisme.

En période de canicule, l’organisme augmente le débit sanguin vers la peau et produit davantage de sueur pour évacuer la chaleur. Certains médicaments peuvent perturber ces mécanismes, accentuer la perte d’eau ou devenir plus difficiles à éliminer en cas de déshydratation. Le risque concerne particulièrement les personnes âgées, les malades chroniques et les patients qui cumulent plusieurs traitements.

Canicule : les médicaments qui perturbent l’adaptation du corps

Pour maintenir sa température, le corps s’appuie principalement sur la circulation sanguine et la transpiration. Selon l’Assurance Maladie, l’évaporation de la sueur assure plus des trois quarts de la régulation thermique lorsque les températures sont élevées.

Plusieurs familles de médicaments peuvent contrarier cette mécanique. Les diurétiques, prescrits notamment contre l’hypertension artérielle ou l’insuffisance cardiaque, augmentent l’élimination de l’eau et du sodium par les reins. Pendant une canicule, ils peuvent ainsi participer à une déshydratation ou à un déséquilibre des sels minéraux.

Certains antihypertenseurs peuvent également devenir plus délicats à manier lorsque le patient perd beaucoup d’eau. Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II et les bêtabloquants figurent parmi les traitements nécessitant une vigilance particulière. Les premiers peuvent affecter le fonctionnement des reins dans un contexte de déshydratation. Les seconds peuvent limiter l’augmentation du débit cardiaque dont l’organisme a besoin pour dissiper la chaleur.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens, ou AINS, sont également surveillés. L’ibuprofène, le kétoprofène ou le naproxène peuvent fragiliser les reins lorsque l’organisme manque d’eau. L’aspirine à certaines doses est concernée pour les mêmes raisons.

L’Assurance Maladie résume le danger en ces termes : « Certains médicaments peuvent empêcher ou gêner la thermorégulation du corps. »

Les traitements à surveiller

  • Diurétiques et certains antihypertenseurs ;
  • anti-inflammatoires non stéroïdiens et aspirine ;
  • lithium, digoxine et certains antiépileptiques ;
  • neuroleptiques, antidépresseurs, anxiolytiques et somnifères ;
  • certains médicaments contre la maladie de Parkinson ;
  • traitements du diabète, notamment la metformine et les sulfamides ;
  • médicaments photosensibilisants et dispositifs transdermiques.

La présence d’un médicament dans cette liste ne signifie pas qu’il est dangereux pour tous les patients. Le risque dépend de l’âge, de l’état de santé, de la dose, de la durée du traitement, de l’exposition à la chaleur et de l’association avec d’autres produits.

Déshydratation : quand le médicament s’accumule dans l’organisme

La chaleur ne modifie pas seulement la capacité du corps à se refroidir. Elle peut aussi changer la manière dont certains médicaments sont éliminés.

Lorsqu’une personne est déshydratée, le volume d’eau présent dans l’organisme diminue et les reins peuvent fonctionner moins efficacement. La concentration de certains principes actifs dans le sang est alors susceptible d’augmenter. Cette situation peut favoriser un surdosage ou des effets indésirables, même lorsque le traitement est pris à la dose habituelle.

Le lithium, utilisé notamment dans le traitement des troubles bipolaires, fait partie des médicaments dont l’équilibre peut être rapidement perturbé par la perte d’eau et de sodium. Une surveillance est aussi nécessaire avec la digoxine, certains antiépileptiques, les antidiabétiques oraux et les médicaments destinés à réduire le cholestérol, comme les statines et les fibrates.

Les psychotropes présentent un autre type de risque. Certains neuroleptiques, antidépresseurs ou médicaments antiparkinsoniens peuvent réduire la transpiration ou agir sur les centres cérébraux qui contrôlent la température. Les somnifères et les anxiolytiques peuvent, eux, diminuer la vigilance : une personne somnolente réagira moins vite pour boire, se déplacer vers un lieu frais ou demander de l’aide.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et des produits de santé prévient que « certains médicaments sont susceptibles d’aggraver un syndrome d’épuisement-déshydratation ou un coup de chaleur ».

Les premiers signes doivent alerter : faiblesse inhabituelle, vertiges, crampes, nausées, maux de tête, accélération du rythme cardiaque, baisse de la tension, confusion ou diminution des urines. Une température corporelle qui dépasse 40°C, associée à des troubles neurologiques, évoque un coup de chaleur et impose d’appeler immédiatement le 15 ou le 112.

Paracétamol, aspirine et ibuprofène : le mauvais réflexe face au coup de chaleur

Un mal de tête pendant une période de chaleur intense peut inciter à prendre un comprimé de paracétamol, d’aspirine ou d’ibuprofène. Ce réflexe peut être inadapté lorsque les symptômes sont provoqués par une hyperthermie.

Le paracétamol agit contre la fièvre liée à une réaction de l’organisme, notamment lors d’une infection. Le coup de chaleur repose sur un autre mécanisme : le corps n’arrive plus à évacuer la chaleur accumulée. Le paracétamol ne permet donc pas de faire baisser efficacement cette température et peut présenter un risque pour le foie dans certaines situations.

Les AINS et l’aspirine peuvent, de leur côté, aggraver les atteintes rénales ou perturber davantage l’adaptation de l’organisme. L’ANSM indique ainsi que « même les plus courants comme le paracétamol et les AINS peuvent aggraver les symptômes d’un coup de chaleur ».

En présence de maux de tête, de nausées, de confusion ou d’une faiblesse importante après une exposition à la chaleur, la priorité consiste à placer la personne au frais, la rafraîchir et contacter un professionnel de santé. L’automédication ne doit pas retarder la prise en charge.

Ne jamais arrêter seul un traitement pendant la canicule

Le principal message des autorités sanitaires reste sans ambiguïté : la chaleur ne justifie pas l’arrêt automatique d’un médicament. Une interruption brutale peut provoquer une décompensation cardiaque, une poussée d’hypertension, une crise d’épilepsie ou une aggravation d’un trouble psychiatrique.

Selon l’Assurance Maladie, « cela ne justifie jamais d’arrêter de sa propre initiative un traitement ».

Le médecin ou le pharmacien peut en revanche réévaluer la situation. Il vérifiera l’état d’hydratation, la tension artérielle, la fonction rénale et les éventuelles interactions. Une adaptation temporaire de la dose peut être décidée dans certains cas, mais uniquement en fonction du profil du patient.

Les personnes âgées sont particulièrement exposées. Elles ressentent parfois moins la soif, transpirent moins efficacement et prennent fréquemment plusieurs médicaments. Les patients atteints d’insuffisance cardiaque ou rénale doivent aussi éviter de modifier seuls leur consommation d’eau : boire excessivement peut être déconseillé dans certaines pathologies.

Santé publique France rappelle qu’en période de fortes chaleurs, il faut notamment « boire régulièrement de l’eau », se mouiller le corps, éviter les efforts physiques et ne pas consommer d’alcool.   Ces recommandations doivent cependant être individualisées lorsque le patient suit une restriction hydrique prescrite par son médecin.

Chaleur et soleil peuvent aussi altérer les médicaments

Les températures élevées peuvent modifier la conservation de certains produits. Les médicaments devant rester entre 2°C et 8°C doivent être placés au réfrigérateur, sans être congelés. Pour les transporter, un contenant isotherme réfrigéré peut être nécessaire, en évitant le contact direct avec les accumulateurs de froid.

Les produits dont la notice prévoit une conservation sous 25°C ou 30°C supportent généralement un dépassement limité et ponctuel. Ils ne doivent toutefois pas rester dans une voiture fermée, sur une plage ou derrière une fenêtre exposée au soleil.

Les suppositoires, ovules, pommades et crèmes peuvent se ramollir ou se liquéfier. Un produit dont l’aspect a manifestement changé ne doit pas être utilisé sans l’avis d’un pharmacien. Les lecteurs de glycémie et leurs bandelettes peuvent également fournir des résultats erronés lorsqu’ils sont exposés à des températures qui ne respectent pas les conditions prévues par le fabricant.

Enfin, certains médicaments rendent la peau plus sensible au soleil. C’est le cas de plusieurs antibiotiques, anti-inflammatoires, traitements contre l’acné, antidépresseurs ou médicaments contre les troubles du rythme cardiaque. Une exposition même brève peut provoquer des rougeurs, des brûlures ou des réactions ressemblant à de l’eczéma. L’ANSM recommande de vérifier la notice, de porter des vêtements couvrants et d’utiliser une protection solaire d’indice 50.

Médicaments et fortes chaleurs : les réflexes essentiels

Ne pas interrompre ni réduire seul son traitement. Éviter l’automédication en cas de malaise ou de maux de tête après une exposition à la chaleur. Vérifier les conditions de conservation inscrites dans la notice. Consulter rapidement un médecin ou un pharmacien en cas de baisse des urines, de vertiges, de crampes, de somnolence inhabituelle ou de confusion.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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