Ferrari : malgré la polémique et son prix, la Luce peut-elle trouver preneur ?

Le 26 mai 2026, l’action Ferrari a chuté de 6% après la révélation de la Luce, sa première électrique à 550 000 €. Un mois plus tard, le constructeur italien dévoile sa stratégie : refuser toute vente forcée pour protéger la valeur résiduelle et les marges. Une approche inédite qui mise sur la sélectivité plutôt que le volume.

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By Nicolas Egon Last modified on 23 juin 2026 11h04
Ferrari : malgré la polémique et son prix, la Luce peut-elle trouver preneur ?
Ferrari : malgré la polémique et son prix, la Luce peut-elle trouver preneur ? - © Economie Matin
8%Suite à la sortie de la Luce, l'action Ferrari a perdu jusqu'à 8%

Le 26 mai 2026, l'action Ferrari a plongé de 6% en 24 heures. Le coupable : la Luce, première électrique du constructeur italien. Mais derrière la controverse du design se cache une bataille bien plus importante pour Wall Street : comment préserver la profitabilité d'une marque de luxe dans l'ère de l'électrification ?

Alors que la présentation de la Luce déclenchait une tempête médiatique, les investisseurs ont sanctionné immédiatement le constructeur de Maranello. Un mois plus tard, Ferrari contre-attaque avec une stratégie commerciale inédite : l'électrification devient un choix premium, jamais une obligation. Une position qui vise à protéger la valeur résiduelle du modèle et, surtout, les marges du groupe.

La débâcle boursière : -8% en 24h, un signal d'alerte pour Wall Street

Pourquoi les investisseurs ont paniqué à l'annonce de la Luce

La chute brutale du cours Ferrari le lendemain de la révélation de la Luce témoigne d'une inquiétude profonde des marchés financiers. Les analystes redoutent un scénario catastrophe : une dilution de la marque par un produit électrique mal reçu, à l'image des déboires rencontrés par certains constructeurs de luxe allemands. Selon PassionAndCar.fr, le design atypique de la Luce, première Ferrari à quatre portes avec carrosserie liftback, a rompu avec les codes esthétiques historiques du constructeur.

Les investisseurs ont immédiatement craint un double risque : une désaffection des clients traditionnels et une dépréciation rapide du modèle sur le marché de l'occasion. Or, la valeur résiduelle des Ferrari conditionne directement la capacité du groupe à maintenir des prix d'entrée élevés sur les nouveaux modèles. Un cercle vertueux que Wall Street ne veut pas voir brisé.

La stratégie de prix : 550 000 € pour compenser les risques perçus

Ferrari a fixé le tarif de la Luce à 550 000 €, positionnant son électrique comme le modèle le plus cher de la gamme hors éditions spéciales. Un choix délibéré qui vise à compenser le risque financier lié à l'incertitude du marché. En comparaison, la Purosangue, lancée en 2023 à 406 800 € (ajusté à l'inflation), affiche aujourd'hui une valorisation supérieure de 17% à son prix d'origine. Un succès qui prouve que l'audace peut payer, à condition de convaincre le bon public.

Mais le précédent de la GTC4 Lusso, lancée en 2016 et ayant perdu 31% de sa valeur, rappelle les dangers d'un positionnement mal calibré. La F12 Berlinetta, vendue 274 400 € en 2013, se négocie aujourd'hui à partir de 253 000 € sur Ferrari Approved, soit une décote de 26% ajustée à l'inflation. La Luce doit échapper à ce piège pour justifier son prix stratosphérique.

Vente sélective et préservation des marges : la vraie stratégie commerciale

84% des clients Ferrari sont des multipropriétaires

En 2025, 84% des voitures neuves Ferrari ont été vendues à des propriétaires existants, dont 56% possédaient déjà au moins une Ferrari dans leur collection. Ces chiffres, rapportés par Reuters, révèlent la force du modèle économique du constructeur : une base de clients ultra-fidèles, disposant d'un patrimoine automobile conséquent et d'un pouvoir d'achat élevé.

Enrico Galliera, directeur commercial de Ferrari, a démenti avec fermeté les rumeurs selon lesquelles l'achat de la Luce serait imposé pour accéder aux modèles exclusifs. "Nous sommes heureux pour nos clients qui souhaitent acheter, mais nous devons nous assurer que quiconque achète cette voiture soit vraiment convaincu de son choix, ne doit pas être forcé", a-t-il déclaré à The Drive, relayé par Numerama.

Le message est clair : Ferrari refuse de transformer la Luce en monnaie d'échange pour gonfler artificiellement les volumes. Une approche qui tranche avec les pratiques de certains concurrents ayant multiplié les éditions spéciales pour maximiser les revenus à court terme.

La stratégie de Ferrari repose sur un principe simple mais radical : mieux vaut vendre moins que mal vendre. "Si on vend une voiture à un client qui ne la désire pas, il sera le premier ambassadeur négatif. Il parlerait en mal de la Luce et, au bout de quelques mois, la revendrait. Cela détruirait sa valeur résiduelle sur le marché, ce qui est précisément le problème auquel est confronté aujourd'hui le secteur des voitures électriques de luxe", explique Enrico Galliera.

Le constructeur a instruit ses concessionnaires de cibler uniquement les passionnés véritablement intéressés par le modèle électrique. Une approche qui limite les risques de reventes précoces et préserve la rareté perçue du véhicule. Selon Motor1.com, la Luce se vendrait "comme des petits pains" malgré la controverse, signe que la demande existe bel et bien chez les clients convaincus.

Leçons du Purosangue : quand l'innovation rassure les marchés (+17% de valeur)

Le Purosangue, premier SUV de la marque lancé en 2023, a provoqué des débats passionnés avant sa commercialisation. Pourtant, le modèle affiche aujourd'hui une valorisation de 475 000 € minimum, contre 406 800 € à son lancement (ajusté à l'inflation), soit un gain de 17%. Un succès qui valide la capacité de Ferrari à élargir son offre sans dénaturer son ADN.

À l'inverse, la F12 Berlinetta et la GTC4 Lusso illustrent les dangers d'un positionnement inadapté. La première, icône du V12 atmosphérique, a perdu 26% de sa valeur en raison d'une offre pléthorique de GT Ferrari sur le marché d'occasion. La seconde, mal comprise à son époque avec son concept de shooting brake, a chuté de 31%. Deux exemples qui rappellent que l'innovation doit s'accompagner d'une gestion rigoureuse des volumes et du discours commercial.

Ferrari applique désormais ces leçons à la Luce. En refusant de forcer la vente, le constructeur limite le risque d'inonder le marché secondaire de véhicules revendus rapidement. Une stratégie qui vise à reproduire le succès du Purosangue plutôt que l'échec de la GTC4 Lusso.

L'électrique n'est pas une obligation : une position de force ou de faiblesse ?

« L'électrique reste un choix, jamais une contrainte », martèle Ferrari dans sa communication officielle. Motorbox.com confirme que le constructeur a abandonné toute velléité d'imposer la Luce comme passage obligé vers les modèles ultra-limités. Une posture qui peut s'interpréter de deux manières.

D'un côté, Ferrari affirme sa confiance dans l'attractivité intrinsèque de son électrique. Le groupe parie sur la capacité de la Luce à séduire par ses performances (1 050 chevaux) et son positionnement de grand tourisme polyvalent. Une approche qui valorise la liberté de choix des clients fortunés, habitués à dicter leurs conditions.

De l'autre, certains analystes y voient un aveu de prudence face à l'incertitude du marché électrique de luxe. En refusant de contraindre ses clients, Ferrari se protège contre un éventuel rejet massif du modèle. La stratégie minimise les risques de dégâts collatéraux sur l'image de marque, tout en préservant les marges grâce au prix élevé. Reste à savoir si les marchés financiers valideront cette approche. Pour l'instant, le cours Ferrari n'a pas retrouvé son niveau d'avant l'annonce de la Luce. Les prochains trimestres diront si la stratégie commerciale ultra-sélective permet de transformer l'essai et de rassurer Wall Street sur la capacité du groupe à naviguer dans l'ère électrique sans sacrifier sa rentabilité légendaire.

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