Commerce équitable : les ventes bondissent de 23 % en France en 2025

Les ventes de commerce équitable ont bondi de 23 % en France en 2025, atteignant 3,27 milliards d’euros selon l’Observatoire de Commerce Équitable France publié en juin 2026. Cette croissance exceptionnelle profite autant aux filières internationales qu’aux productions françaises, portées par la grande distribution et la restauration collective.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 25 juin 2026 13h45
Commerce Equitable Bilan 2018
@shutter - © Economie Matin
11%Les ventes de produits à la fois équitables et bio ont progressé de 11 % en 2025

Commerce équitable : les ventes bondissent de 23 % en France en 2025

Le commerce équitable affiche une santé éclatante en France. Selon l'Observatoire statistique publié en juin 2026 par Commerce Équitable France, les ventes de produits labellisés ont atteint 3,27 milliards d'euros en 2025, soit une progression de 23 % par rapport à l'année précédente. La performance détonne : le marché alimentaire global n'a progressé que de 1,8 % selon NielsenIQ, dans un contexte où l'inflation des produits alimentaires s'est limitée à 1,2 % d'après l'INSEE.

Un changement profond s'opère dans les habitudes de consommation des Français. Loin de constituer un marché de niche, le commerce équitable s'impose progressivement comme une composante structurante de l'économie alimentaire hexagonale. Les chiffres révèlent une réalité souvent méconnue : près de 98 % des ventes concernent des produits agro-alimentaires, répartis sur l'ensemble des rayons, du petit-déjeuner au dîner.

Filières françaises et internationales : une croissance partagée

L'analyse détaillée des données fait apparaître une dynamique équilibrée entre les deux grandes catégories de produits. Les filières internationales, portées par le café, le chocolat et les bananes, ont généré 1,63 milliard d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 21 %. Parallèlement, les filières françaises ont connu une progression encore plus marquée, atteignant 1,64 milliard d'euros avec une croissance de 26 %.

La parité entre produits d'origine tropicale et productions hexagonales constitue une évolution majeure. En dix ans, les ventes ont été multipliées par cinq entre 2014 et 2024, puis par six entre 2014 et 2025. Le commerce équitable origine France, longtemps parent pauvre du secteur, s'est imposé comme un levier essentiel de transformation des pratiques agricoles nationales. Aujourd'hui, 120 groupements agricoles français participent à des filières labellisées, bénéficiant à quelque 13 000 agriculteurs qui obtiennent un prix juste pour leurs productions. Une dynamique qui n'est pas sans rappeler les efforts de régulation accrus dans d'autres secteurs économiques.

Le café domine, la boulangerie explose

La répartition par familles de produits révèle des tendances contrastées selon les origines. Pour les filières internationales, le café règne en maître avec 34,4 % des ventes (535 millions d'euros), suivi du chocolat à 22 % (342 millions d'euros) et des bananes à 14,6 % (227 millions d'euros). L'épicerie salée représente 13 % du marché (202 millions d'euros), tandis que le sucre, les desserts et l'épicerie sucrée pèsent 7 % (109 millions d'euros).

Du côté des productions françaises, la boulangerie et la viennoiserie occupent la première place avec 37,4 % des ventes (613 millions d'euros). L'épicerie salée arrive en deuxième position avec 26,5 % (434 millions d'euros), devant la viande et les œufs qui représentent 12,4 % (203 millions d'euros). Les produits laitiers atteignent 7,6 % (124 millions d'euros), les boissons (jus et alcools) 5,7 % (92 millions d'euros), et l'épicerie sucrée 4 % (65 millions d'euros).

La grande distribution franchit le cap symbolique des 50 %

L'année 2025 marque un tournant dans la distribution du commerce équitable. Pour la première fois, les grandes et moyennes surfaces (GMS) représentent plus de la moitié des lieux de vente. La bascule illustre la banalisation progressive du commerce équitable, qui sort des circuits spécialisés pour investir les linéaires de la grande distribution. Tous les circuits affichent néanmoins une croissance, preuve que l'expansion du secteur ne se fait pas au détriment des magasins spécialisés ou des réseaux alternatifs.

La restauration hors domicile connaît également une progression significative, avec 450 millions d'euros de ventes et une hausse de 12 %. L'intégration croissante du commerce équitable dans la restauration collective, qui bénéficie désormais d'une offre adaptée, explique largement la dynamique. Certaines gammes de produits origine France illustrent particulièrement la tendance : les produits laitiers ont plus que triplé sur ce segment en un an, les produits de boulangerie ont bondi de 160 %, et les compotes de fruits connaissent une forte progression. Les produits exotiques comme le chocolat affichent une croissance de plus de 50 % dans ce circuit, tout comme le sucre et les épices.

L'alliance fructueuse avec l'agriculture biologique

Le commerce équitable entretient des liens étroits avec l'agriculture biologique. En 2025, la moitié des produits issus du commerce équitable (filières françaises et internationales confondues) sont également certifiés bio, en valeur. La proportion varie selon les origines : 67 % des produits issus de filières internationales cumulent les deux labels, contre 32 % pour les filières françaises.

Les ventes de produits à la fois équitables et bio ont progressé de 11 % en 2025, une performance d'autant plus remarquable que les ventes de produits bio en général n'ont augmenté que de 3,6 % selon l'Agence Bio. La surperformance suggère que les consommateurs privilégient les produits combinant plusieurs garanties environnementales et sociales, quitte à payer un prix plus élevé. Le commerce équitable apparaît ainsi comme un vecteur de résilience pour la filière bio, qui peine à retrouver les taux de croissance d'avant la crise inflationniste.

Un écosystème qui se structure

L'Observatoire recense huit labels de commerce équitable significatifs, garantissant plus de 13 500 références produits alimentaires. Les labels s'appuient sur des référentiels précis, des audits indépendants de conformité et des logos repérables par les consommateurs. Plus de 600 marques implantées en France détiennent des produits labellisés, preuve de la diversité des acteurs engagés dans la démarche.

Au niveau mondial, plus de 2 700 organisations de production participent aux filières de commerce équitable, bénéficiant à plus de trois millions de familles, soit environ 15 millions de personnes. Les chiffres témoignent de l'ampleur de l'impact social généré par ce mode d'échange, qui vise explicitement un objectif de progrès économique et social des travailleurs en situation de désavantage économique, comme le précise l'article 60 de la loi française de 2005. Des enjeux de régulation qui résonnent avec d'autres batailles juridiques à dimension internationale.

La catégorie « ingrédients » stagne

À côté des produits de commerce équitable stricto sensu, où tous les ingrédients qui peuvent être issus d'un commerce équitable le sont, existe une catégorie « ingrédients » qui compile les ventes de produits composés dont seulement l'un des ingrédients (représentant entre 20 % et 50 % de la recette) est issu du commerce équitable. La catégorie permet aux entreprises de valoriser leurs premiers engagements en matière d'approvisionnements équitables.

En 2025, la catégorie a généré 144 millions d'euros de ventes, un montant stable par rapport à 2024. Elle concerne exclusivement des ingrédients labellisés par Fairtrade/Max Havelaar, et pour 97 % des produits chocolatés dont le cacao est garanti équitable. La stabilité contraste avec la forte croissance des produits entièrement équitables, suggérant que les consommateurs privilégient désormais les engagements complets plutôt que les démarches partielles.

Perspectives : vers une généralisation ?

La trajectoire du commerce équitable en France soulève des questions sur sa capacité à se généraliser. Avec 3,27 milliards d'euros de ventes sur un marché alimentaire de 140 milliards d'euros, il représente encore moins de 2,5 % du total. Pourtant, sa croissance soutenue, sa pénétration dans la grande distribution et son alliance avec le bio dessinent les contours d'une transformation durable des modes de consommation.

L'enjeu pour les années à venir sera de maintenir la dynamique tout en préservant l'exigence des cahiers des charges. L'augmentation des volumes ne doit pas se traduire par un affaiblissement des garanties offertes aux producteurs, qu'ils soient français ou issus des pays du Sud. La consolidation de l'écosystème, avec la structuration de l'offre en restauration collective et la multiplication des références, laisse présager une poursuite de la croissance. Reste à savoir si le commerce équitable parviendra à franchir le seuil des 5 % de parts de marché, seuil symbolique au-delà duquel un mouvement alternatif commence à peser réellement sur les pratiques dominantes de l'industrie agro-alimentaire.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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