Présidentielle 2027 : la croissance ne se décrète pas à coups de taxes

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud

À dix-huit mois de la présidentielle, la question fiscale s'invite dans le débat. "Qui osera promettre d'augmenter les impôts ?" interroge-t-on. Mieux vaudrait se demander : qui osera enfin promettre de dépenser moins ? Car la France n'a pas un problème de recettes. Elle a un problème d'addiction à la dépense.

58,2 %

La part des dépenses publiques dans le PIB français — record absolu parmi les grandes économies développées, loin devant l'Allemagne (48%) ou le Danemark (53%).

La fausse question fiscale

On peut se demander pourquoi la campagne présidentielle qui se dessine commence déjà par le mauvais bout. Augmenter les impôts ou ne pas les augmenter : voilà le cadre dans lequel on enferme le débat économique. C'est intellectuellement malhonnête. La France est déjà le pays où la pression fiscale est l'une des plus élevées au monde. Prélèvements obligatoires à 45,4% du PIB. Plus que la Suède. Plus que le Danemark. Plus que la Suisse, qui affiche pourtant des services publics d'une qualité sans comparaison avec les nôtres.

Imaginez un instant un chef d'entreprise qui, face à des pertes abyssales, commencerait par se demander combien facturer davantage ses clients — sans jamais regarder ses coûts. On jugerait cette approche irresponsable. Pourtant, c'est exactement la logique qui prévaut dans le débat politique français depuis deux décennies.

La dette atteint 3 460 milliards d'euros. Le déficit dépasse 5% du PIB. Dans ce contexte, proposer de nouvelles hausses d'impôts, c'est traiter le symptôme tout en aggravant la maladie. Car taxer davantage une économie déjà étranglée, c'est asphyxier la croissance — la seule vraie solution au problème de dette.

Ce que personne ne veut entendre

La réalité que les candidats évitent soigneusement est pourtant simple : la France dépense 600 milliards d'euros de plus par an que l'Allemagne à service rendu comparable, à population quasi équivalente. Ce n'est pas une question d'idéologie. C'est une question arithmétique.

Force est de constater que personne ne parle sérieusement de réforme de la fonction publique — 5,7 millions d'agents, un statut figé dans les années 1980, un absentéisme qui coûte chaque année 15 milliards d'euros aux contribuables. Personne ne parle d'évaluer sérieusement les 400 milliards d'euros de dépenses sociales pour distinguer ce qui fonctionne de ce qui n'est qu'un gouffre budgétaire confortable pour les appareils qui le gèrent.

En Suède, dans les années 1990, le gouvernement social-démocrate a réduit les dépenses publiques de 65% à 52% du PIB en dix ans. Résultat : retour à la croissance, désendettement, services publics assainis. Personne n'est mort. Le pays est devenu l'un des plus innovants d'Europe. On attend encore le politicien français qui osera s'en inspirer.

2027 : l'heure de vérité ou l'heure du déni ?

La présidentielle 2027 sera soit l'élection du sursaut, soit celle du déni organisé. Les marchés, eux, ne font pas de politique. La Banque centrale européenne surveille les spreads. Les agences de notation ont déjà dégradé la France. Le temps des promesses non financées est objectivement révolu.

Ce qu'on attend des candidats, c'est un programme budgétaire crédible, chiffré, avec des économies identifiées poste par poste. Pas des formules. Pas des effets d'annonce. Des actes.

La vraie question de 2027 n'est pas "qui osera augmenter les impôts ?" Elle est : "qui aura le courage de dire aux Français que l'État ne peut pas tout, ne doit pas tout, et qu'il est temps de vivre selon ses moyens ?"

Cette question-là, on l'attend toujours.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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