Gilets jaunes : près de 9 Français sur 10 anticipent une nouvelle mobilisation

La crainte d’un retour des Gilets jaunes grandit avec la nouvelle envolée des carburants. Alors que les prix à la pompe atteignent des niveaux particulièrement élevés et que des appels à manifester circulent pour le 17 octobre, 88% des Français pensent qu’un mouvement de colère comparable à celui de 2018 pourrait se produire.

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By Aurélie Giraud Published on 18 septembre 2026 10h34
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Des appels à une mobilisation des Gilets jaunes le 17 octobre 2026 circulent sur les réseaux sociaux. @shutter - © Economie Matin
88%Part des Français qui pensent que la hausse des carburants pourrait provoquer un mouvement de colère comparable à celui des Gilets jaunes.

Les Gilets jaunes reviennent dans le débat à mesure que la facture des carburants s’alourdit. Selon un sondage exclusif Odoxa-Backbone réalisé pour Le Figaro, publié le 16 septembre 2026, 88% des Français pensent que la hausse actuelle des prix pourrait provoquer un mouvement de colère comparable à celui apparu en 2018. L’inquiétude intervient alors que la hausse des prix se double désormais de tensions ponctuelles sur l’approvisionnement des stations-service.

Gilets jaunes : 88% des Français envisagent un nouveau mouvement de colère

Le chiffre est massif. D’après l’enquête Odoxa-Backbone pour Le Figaro, 88% des Français considèrent que la flambée des carburants pourrait déclencher un mouvement de colère similaire à celui des Gilets jaunes. Parmi eux, 48% jugent même que cela pourrait « certainement » arriver.

La question dépasse désormais le seul passage à la pompe. 48% des Français déclarent que la hausse des carburants pèse de manière importante sur leur budget, une proportion qui grimpe à 65% parmi les catégories populaires, selon Odoxa. Par ailleurs, 60% des personnes interrogées estiment que l’État devrait consacrer davantage d’argent à la baisse des prix des carburants et aux aides malgré la situation des finances publiques.

Le sujet est également devenu un enjeu politique majeur : 93% des personnes interrogées considèrent que les carburants pourraient constituer un sujet important de l’élection présidentielle, dont 38% un sujet prioritaire.

L’analyse des conversations en ligne réalisée par Backbone fait apparaître une colère qui dépasse le seul prix du litre. Véronique Reille-Soult, de Backbone, relève notamment cette formule circulant sur les réseaux sociaux : « Mettre du carburant pour aller travailler. Aller travailler pour mettre du carburant. » Selon son analyse, les appels à la mobilisation demeurent cependant dispersés et leur capacité à déboucher sur une coordination concrète reste à établir.

Une colère alimentée par la pompe

  • 88% des Français pensent qu’un mouvement comparable aux Gilets jaunes pourrait apparaître.
  • 48% estiment que la hausse des carburants pèse fortement sur leur budget.
  • 60% souhaitent davantage de moyens publics pour faire baisser les prix ou aider les Français.
  • 93% considèrent les carburants comme un possible enjeu important de la présidentielle.

Carburants : les difficultés d'approvisionnement progressent

La flambée des prix des carburants s’accompagne désormais de tensions plus marquées dans les stations-service. Au 18 septembre à 9 heures, 11% des stations françaises connaissaient des difficultés d’approvisionnement pour au moins un produit, selon les données publiées par le site gouvernemental Prix-carburants.gouv.fr. Environ 9.900 stations sont prises en compte dans ce suivi.

Le niveau est nettement supérieur à celui habituellement constaté. Fin avril, le gouvernement indiquait que 4% des stations rencontraient une difficulté sur au moins un carburant, un taux alors présenté comme identique à celui observé en situation normale. Le 5 septembre, la proportion de stations en difficulté atteignait encore 5%. Elle a donc plus que doublé en moins de deux semaines.

Ces difficultés restent très minoritaires à l’échelle du réseau, mais leur progression intervient au moment où les automobilistes subissent déjà la forte hausse des prix à la pompe. Selon le sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro, 48% des Français déclarent que la hausse des carburants pèse de manière importante sur leur budget, une proportion qui atteint 65% parmi les catégories populaires.

Un appel au 17 octobre circule, mais sa portée reste incertaine

C’est dans ce contexte qu’une date a commencé à circuler massivement sur les réseaux sociaux : le 17 octobre 2026. Des publications appellent à une mobilisation contre le prix des carburants et le coût de la vie, parfois en utilisant directement les symboles du mouvement de 2018.

Pour autant, les vérifications menées sur l’origine de cet appel invitent à la prudence. Selon Le Monde, les messages présentant le 17 octobre comme une mobilisation « officielle » des Gilets jaunes semblent notamment provenir de la diffusion virale d’une vidéo sur TikTok plutôt que d’une décision structurée émanant du mouvement historique.

Même constat sur TF1 Info : l’origine de l’appel ne se situe ni auprès des principales figures historiques des Gilets jaunes ni au sein d’une organisation syndicale. À ce stade, il existe donc bien des appels à manifester, mais cela ne permet pas d’affirmer qu’une mobilisation nationale comparable à celle de novembre 2018 est déjà organisée.

Le précédent reste néanmoins suffisamment présent pour que plusieurs responsables politiques s’en saisissent. Le 11 septembre, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et candidat à l’élection présidentielle, a appelé les Français à « se mobiliser sur les ronds-points » si le gouvernement n’agissait pas « dans les jours qui viennent » sur les prix de l’énergie, rapporte Le Monde.

Le précédent de 2018 reste dans toutes les mémoires

Le parallèle avec 2018 n’est pas seulement symbolique. Le mouvement des Gilets jaunes a été centré au départ sur la hausse des prix du carburant automobile avant de s’élargir à d’autres revendications, en particulier celles portant sur le pouvoir d’achat.

Les prix des carburants avaient alors fortement progressé : sur l’ensemble de l’année 2018, l’Insee avait mesuré une augmentation de 13,0% des prix des carburants et lubrifiants, avec une hausse de 16,5% pour le gazole.

La contestation avait finalement conduit le gouvernement d’Édouard Philippe à renoncer à plusieurs augmentations fiscales programmées pour janvier 2019, dont la hausse de la taxe carbone sur l’essence, le fioul et le diesel ainsi que la poursuite de la convergence de la fiscalité du diesel avec celle de l’essence.

La comparaison entre 2018 et 2026 doit toutefois être maniée avec précaution. La flambée actuelle intervient dans un contexte géopolitique et énergétique différent, tandis que les appels observés sur les réseaux sociaux ne constituent pas, à ce stade, la preuve de la reconstitution d’un mouvement organisé.

Le gouvernement prolonge les aides face à la flambée des carburants

Face à la hausse des prix, l’exécutif a commencé à prolonger plusieurs dispositifs de soutien ciblés. Le 16 septembre, Matignon a annoncé la prolongation jusqu’au 31 décembre 2026 des aides destinées à plusieurs secteurs professionnels particulièrement exposés.

Pour les entreprises de pêche, l’aide doit atteindre 35 centimes par litre. Les entreprises éligibles du BTP doivent continuer à bénéficier d’un soutien de 20 centimes par litre de gazole non routier, tandis que l’aide destinée aux agriculteurs est maintenue à 15 centimes par litre. Le ministère de l’Économie avait déjà détaillé plusieurs de ces mécanismes d’urgence mis en place à la suite de la crise énergétique liée au conflit au Moyen-Orient.

Le gouvernement surveille parallèlement les approvisionnements. Les données officielles sont actualisées à partir des déclarations des exploitants des quelque 9.900 stations suivies sur le territoire.

Cette réponse ciblée se heurte cependant à une demande plus large exprimée dans le sondage Odoxa-Backbone : 60% des Français interrogés souhaitent que l’État consacre davantage d’argent à la baisse des prix et aux aides, malgré la situation des comptes publics. Entre soutien budgétaire, maîtrise des prix et sécurisation des approvisionnements, la question des carburants est ainsi redevenue en quelques semaines un sujet économique et social de premier plan.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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