La réforme du RSA améliore sensiblement le retour à l’emploi des allocataires bénéficiant d’un accompagnement renforcé. Mais derrière ce résultat encourageant apparaît un effet beaucoup moins favorable : à l’échelle des territoires concernés, le nombre total de personnes en emploi n’a pas augmenté.
RSA : la réforme profite-t-elle vraiment à l’emploi ?

Le RSA rénové permet à certains allocataires de retrouver plus facilement un travail, sans produire davantage d’emplois au total. C’est le principal enseignement de l’évaluation menée conjointement par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, la Dares, et l’Institut des politiques publiques, l’IPP. L’étude mesure les effets de l’expérimentation conduite dans 18 territoires entre mars 2023 et décembre 2024, avant la généralisation de la réforme issue de la loi pour le plein emploi. Selon les chercheurs, les gains obtenus par les participants ont été compensés par une détérioration de la situation d’autres demandeurs d’emploi.
RSA : un retour à l’emploi supérieur de 25% pour les personnes accompagnées
Pour les bénéficiaires du RSA effectivement intégrés au nouveau parcours, les premiers résultats sont positifs. Leur taux de retour à l’emploi est supérieur de 25% à celui des personnes comparables qui n’ont pas bénéficié du même accompagnement renforcé, a expliqué Lucie Briand, l’une des autrices de l’étude souligne BFM Business.
En moyenne, la probabilité d’occuper un emploi salarié augmente de 3,2 points au cours de l’année qui suit l’entrée dans le dispositif. L’effet ne se limite pas aux missions de quelques jours : entre 65% et 75% de la hausse mesurée concerne des emplois salariés d’une durée supérieure à six mois, selon l’évaluation officielle.
L’expérimentation reposait sur une orientation plus rapide des allocataires, un accompagnement davantage tourné vers l’emploi et, dans certains cas, un suivi par des conseillers disposant de portefeuilles réduits. Les bénéficiaires pouvaient être accompagnés par France Travail, par les départements ou conjointement par plusieurs acteurs.
Dans les faits, le renforcement du suivi est cependant resté relativement limité. Cinq mois après leur entrée dans le dispositif, les participants suivis par France Travail avaient bénéficié d’environ 0,35 entretien supplémentaire par rapport aux bénéficiaires du groupe de comparaison. À l’échelle de l’ensemble des bénéficiaires présents dans les territoires pilotes, l’écart ne dépassait pas 0,13 entretien.
Malgré cette hausse modeste du nombre de rendez-vous, les résultats individuels sont visibles. Les personnes accompagnées ont davantage accédé à l’emploi salarié, notamment grâce à une meilleure orientation vers les dispositifs d’insertion et les contrats subventionnés.
Les enseignements de l’expérimentation
- Le retour à l’emploi progresse nettement pour les participants.
- L’effet repose en grande partie sur les contrats aidés.
- Certains non-participants voient leurs perspectives d’emploi se dégrader.
- Aucun effet positif net n’apparaît sur l’emploi salarié total.
- Les résultats ne peuvent pas être appliqués automatiquement à la réforme généralisée depuis 2025.
Les contrats aidés portent l’essentiel des résultats de la réforme du RSA
L’amélioration du retour à l’emploi repose largement sur les contrats aidés, pour lesquels l’employeur reçoit une aide publique destinée à diminuer le coût de l’embauche. « Cet effet est fortement tiré par l’accès à des contrats aidés, le taux d’emploi salarié aidé double par rapport à avant l’expérimentation », a précisé Lucie Briand.
D’après l’évaluation, l’accès à un contrat aidé progresse de 1,9 point pour les bénéficiaires intégrés à l’expérimentation. Ces contrats expliquent près des deux tiers de l’effet constaté sur l’emploi salarié durable.
Lorsque les contrats aidés sont intégrés au calcul, la probabilité d’occuper un emploi durable augmente de 2,2 points. Lorsqu’ils sont retirés, l’effet tombe à seulement 0,7 point. Parmi les contrats aidés occupés par les participants, 89% relèvent de l’insertion par l’activité économique, notamment au sein d’entreprises ou de structures spécialisées dans l’accompagnement des personnes éloignées du marché du travail.
Cette dépendance aux emplois subventionnés constitue une limite importante. Le nombre de contrats aidés dépend d’enveloppes budgétaires fixées par l’État. Une augmentation de leur utilisation au profit des bénéficiaires du RSA participant à l’expérimentation ne correspond donc pas nécessairement à la création de nouvelles places.
Les personnes les mieux accompagnées ont pu accéder plus facilement aux contrats disponibles, mais parfois au détriment d’autres candidats. La réforme a ainsi amélioré la position relative de ses participants sans augmenter le volume global des opportunités professionnelles.
Un effet positif subsiste néanmoins en dehors des contrats aidés. Les rendez-vous supplémentaires, la remobilisation des allocataires, l’amélioration des techniques de recherche d’emploi ou une meilleure transmission des offres ont pu jouer un rôle. L’étude ne permet toutefois pas de mesurer séparément la contribution de chacun de ces éléments.
France Travail a renforcé certains suivis à moyens constants
Le résultat le plus sensible de l’étude apparaît lorsque les chercheurs ne regardent plus seulement la situation des participants, mais celle de l’ensemble des demandeurs d’emploi présents dans les territoires expérimentaux.
À six mois, la probabilité d’être en emploi salarié augmente d’environ 0,9 point pour l’ensemble des bénéficiaires du RSA vivant dans les zones concernées. Mais cette amélioration disparaît lorsque l’analyse est élargie aux autres allocataires et demandeurs d’emploi appartenant à la même zone d’emploi.
« Les bénéfices qui ont été observés pour les participants sont compensés par une dégradation des perspectives d’emploi pour les non-participants, de sorte que l’évaluation globale de l’expérimentation ne permet pas de mettre en évidence d’effet net positif sur l’emploi salarié total », explique Lucie Briand.
L’une des principales explications tient aux conditions de mise en œuvre de l’expérimentation. France Travail a renforcé l’accompagnement des participants sans bénéficier de moyens supplémentaires équivalents. Le temps accordé à certains allocataires a donc été pris, au moins en partie, sur celui consacré à d’autres personnes inscrites.
Le dispositif a ainsi provoqué un déplacement des ressources disponibles. Les bénéficiaires du RSA retenus pour l’expérimentation ont obtenu davantage de rendez-vous et un accès plus direct aux solutions existantes, tandis que les non-participants ont vu leurs perspectives se dégrader.
Le même phénomène peut être observé sur le marché du travail. Dans une zone où le nombre d’offres accessibles demeure limité, améliorer l’accompagnement d’un groupe lui permet de mieux se positionner face aux employeurs. Mais chaque embauche obtenue par un participant peut alors correspondre à une opportunité perdue pour une autre personne.
Les auteurs de l’évaluation décrivent ainsi une réallocation des services d’accompagnement et des possibilités de retour à l’emploi en direction des participants, plutôt qu’une augmentation du nombre total d’emplois.
Une expérimentation différente de la réforme généralisée depuis 2025
L’évaluation porte sur une expérimentation menée entre mars 2023 et décembre 2024 dans 18 territoires. Elle ne constitue pas une mesure directe des effets de la réforme généralisée à toute la France depuis le 1er janvier 2025.
Dans le cadre de la loi pour le plein emploi, les demandeurs et bénéficiaires du RSA sont désormais inscrits automatiquement auprès de France Travail. Ils doivent être orientés vers un organisme référent et signer un contrat d’engagement adapté à leur situation. La loi prévoit également un objectif hebdomadaire d’activités favorisant l’insertion sociale ou professionnelle.
Ces dispositions n’étaient pas toutes appliquées lors de l’expérimentation. Celle-ci était conduite à droit constant et les quinze heures d’activité n’étaient pas systématiquement comptabilisées de la même manière dans tous les territoires.
Depuis janvier 2025, les procédures d’orientation ont également évolué. Un nouveau système de sanctions a été introduit, tandis que les contraintes budgétaires ont réduit le nombre d’emplois aidés disponibles, rapporte BFM Business.
Les chercheurs avertissent par conséquent que leurs résultats ne sont « pas transposables mécaniquement à ce qui se passe depuis janvier 2025 ».
Cette réserve joue dans les deux sens. La généralisation peut permettre de limiter certains effets de déplacement, puisque tous les bénéficiaires du RSA sont théoriquement intégrés au nouveau système. Mais la montée en charge nationale peut également accentuer la pression sur les conseillers de France Travail et sur les départements si les moyens humains ne progressent pas au même rythme.
L’expérimentation montre surtout qu’un suivi plus intensif peut améliorer les chances individuelles de retour à l’emploi. Elle montre également que cet effet disparaît à l’échelle globale lorsque les ressources consacrées à l’accompagnement, les contrats aidés et le nombre de postes disponibles restent constants.
Des résultats plus faibles à mesure que l’expérimentation s’élargit
L’évaluation ne porte que sur les premières vagues de l’expérimentation. Les participants intégrés au début du programme étaient souvent plus proches de l’emploi que les autres allocataires du RSA.
Les effets positifs sont d’ailleurs plus importants pour les premières cohortes, avant de diminuer au fur et à mesure de la montée en charge. Cette évolution peut s’expliquer par l’arrivée progressive de personnes rencontrant des difficultés sociales ou professionnelles plus lourdes, mais aussi par une saturation des capacités d’accompagnement.
Les territoires expérimentateurs étaient par ailleurs volontaires. Leur organisation et leur mobilisation peuvent différer de celles des départements qui ont appliqué la réforme uniquement lors de sa généralisation.
Enfin, l’étude mesure principalement l’accès à l’emploi salarié. Elle ne permet pas encore de déterminer avec précision les effets de long terme sur la sortie du RSA, les revenus des ménages, la stabilité professionnelle ou la qualité des emplois occupés.
