Emploi : les Français préfèrent un plus gros salaire, quitte à avoir moins de temps libre

Une étude Ifop révèle qu’en 2025, 67% des Français privilégient désormais l’augmentation de revenus à l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle, inversant radicalement la tendance post-Covid. Analyse d’un retournement qui ramène la France aux priorités de 2008 et creuse les inégalités salariales.

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By Nicolas Egon Last modified on 17 juin 2026 16h04
Emploi : les Français préfèrent un plus gros salaire, quitte à avoir moins de temps libre
Emploi : les Français préfèrent un plus gros salaire, quitte à avoir moins de temps libre - © Economie Matin
67%En 2025, les Français privilégient le salaire à l'équilibre de vie

Après trois années marquées par la quête de sens et d'épanouissement personnel, le vent a tourné. En 2025, 67% des salariés français placent désormais l'augmentation de revenus au-dessus d'un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Un chiffre massif qui ramène la France aux priorités de 2008, année de la crise des subprimes. L'étude Ifop pour la Fondation Travailler Autrement, dévoilée par franceinfo, sonne comme une alerte : l'inflation et les tensions économiques ont redessiné les attentes salariales et obligent les entreprises à repenser leurs stratégies de rémunération.

Le grand retournement : le salaire reprend le dessus après l'après-Covid

Le contraste frappe par sa brutalité. En 2022, 61% des actifs français plaçaient le temps libre au cœur de leurs aspirations professionnelles, reléguant le salaire au second plan. Trois ans plus tard, les priorités ont pivoté à 180 degrés. Seuls 16% des sondés considèrent désormais que leur priorité absolue réside dans l'équilibre vie professionnelle-vie personnelle. Le reste du paysage ? Une écrasante majorité de salariés qui cherchent d'abord à sécuriser leur pouvoir d'achat.

De 61% en 2022 à 67% en 2025 : comment l'économie a remis le pouvoir d'achat au cœur des enjeux

L'inflation galopante, la hausse continue des prix de l'énergie, de l'alimentation et du logement ont sapé les velléités de bien-être au travail. Les Français ne rêvent plus de semaines de quatre jours ou de télétravail permanent : ils veulent simplement boucler leurs fins de mois. Comme le révèle Sud-Ouest, les préoccupations liées au pouvoir d'achat ont supplanté la recherche d'épanouissement personnel. Une transformation qui trahit l'anxiété économique ambiante et la pression croissante sur les ménages.

Le salaire moyen net déclaré s'établit à 2 321 euros mensuels, hors rémunération variable. Un chiffre qui masque des disparités abyssales entre catégories socioprofessionnelles : 1 846 euros pour un employé contre 3 368 euros pour un cadre. Autant de données qui éclairent pourquoi les Français réclament des augmentations plutôt que des horaires aménagés.

Le scénario de 2008 qui revient : quand la récession oblige à repenser les priorités

Les résultats de 2025 rappellent étrangement ceux de 2008, dernière grande crise économique mondiale. À l'époque, les salariés français avaient également mis de côté leurs aspirations à un meilleur équilibre de vie pour se concentrer sur la sécurisation financière. Dix-sept ans plus tard, le mécanisme se répète. Les crises économiques réalignent brutalement les priorités collectives vers des besoins fondamentaux : se loger, se nourrir, se soigner. L'équilibre vie pro-vie perso devient un luxe réservé aux périodes d'abondance.

Au-delà des moyennes nationales, l'étude Ifop met en lumière des fractures structurelles qui pèsent sur les négociations salariales et alimentent un sentiment d'injustice croissant parmi les travailleurs.

700 euros de différence entre TPE et grands groupes : le creuset de l'inégalité salariale

Travailler dans une TPE ou dans un grand groupe de plus de 1 000 salariés, c'est accepter un écart salarial de 700 euros nets mensuels en moyenne. Un fossé qui reflète les capacités financières inégales des entreprises, mais aussi leurs stratégies de fidélisation. Les grands groupes peuvent se permettre d'offrir des packages salariaux attractifs, des avantages sociaux étendus, des primes substantielles. Les TPE, elles, naviguent souvent à vue, contraintes par des marges serrées et une visibilité économique limitée.

Résultat : le marché du travail français se fragmente entre salariés privilégiés des grandes structures et travailleurs moins bien rémunérés des petites entreprises. Une segmentation qui alimente la mobilité professionnelle et pousse nombre de salariés à quitter les PME pour rejoindre des organisations plus généreuses.

L'écart hommes-femmes persiste : 415 euros nets mensuels de moins pour les salariées

Les chiffres sont implacables. Les hommes perçoivent en moyenne 2 508 euros nets par mois, contre 2 093 euros pour les femmes. Soit un écart de 415 euros mensuels, 4 980 euros annuels. Malgré les lois sur l'égalité salariale, les plans d'action en entreprise et les sanctions théoriques, l'inégalité de rémunération entre les sexes demeure une réalité tenace du marché du travail français. Les femmes continuent d'occuper davantage de postes à temps partiel, d'être surreprésentées dans les secteurs moins rémunérateurs, et de subir un plafond de verre persistant dans l'accès aux postes de direction.

Dans ce contexte, peut-on s'étonner que les salariées françaises placent la question salariale au cœur de leurs revendications professionnelles ? L'actualité récente sur les discriminations rappelle d'ailleurs combien les inégalités structurelles restent ancrées dans le tissu économique français.

La perception illusoire des entreprises : 89% pensent bien payer, seulement 63% des salariés les croient

Le décalage entre employeurs et employés atteint des sommets vertigineux. Interrogées dans le cadre de l'étude Ifop, 89% des entreprises estiment accorder une rémunération juste à leurs salariés. Côté collaborateurs, seuls 63% partagent ce sentiment. Vingt-six points d'écart qui signalent un problème de perception majeur, voire d'aveuglement managérial.

Un fossé de communication qui coûte cher aux entreprises

Même constat sur la communication autour de la politique de rémunération. 87% des entreprises se targuent de communiquer clairement sur leurs grilles salariales, leurs critères d'augmentation, leurs systèmes de primes. Mais seuls 62% des salariés jugent recevoir des informations transparentes. Vingt-cinq points d'écart qui trahissent une opacité ressentie, un manque de pédagogie, ou des discours RH déconnectés de la réalité terrain.

Les conséquences de ce décalage ? Une érosion de la confiance, une démotivation larvée, et surtout une fuite des talents vers des employeurs perçus comme plus transparents et généreux. Comme le souligne Capital, 22% des salariés placent l'augmentation de salaire ou le treizième mois en tête des facteurs de fidélisation, tandis que 28% des entreprises misent davantage sur les primes, bonus et gratifications. Un alignement imparfait qui nourrit les malentendus.

Les titres-restaurant et la couverture mutuelle étendue aux ayants droit restent les avantages les plus répandus et les mieux perçus. Mais ces dispositifs, désormais banalisés, ne suffisent plus à compenser un sentiment de rémunération insuffisante. Les salariés veulent du concret, du cash, de la visibilité. Pas des promesses ou des avantages périphériques qu'ils jugent secondaires face à l'urgence du pouvoir d'achat.

Fait notable : les cadres se démarquent légèrement du reste de la population active. 49% d'entre eux privilégieraient une réduction de salaire en échange de plus de temps libre, contre 39% en moyenne toutes catégories confondues. Leur niveau de rémunération plus élevé leur offre une marge de manœuvre que les employés et ouvriers n'ont tout simplement pas. Un luxe de classe, en somme.

L'étude Ifop, menée auprès de 1 000 salariés du secteur privé et 468 dirigeants, DRH ou responsables de rémunération dans des entreprises de 20 salariés et plus, dresse un tableau sans fard du marché du travail français en 2025. Les Français ont fait leur choix : dans un environnement économique tendu, marqué par l'inflation et l'incertitude, le salaire redevient la priorité absolue. Les entreprises qui l'ignoreront risquent de voir leurs talents migrer vers des horizons plus rémunérateurs. Et tandis que le contexte économique global reste incertain, les stratégies RH devront impérativement intégrer ce nouveau rapport de force salarial.

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