Une étude inédite de Xerfi pour l’Alliance du Commerce quantifie l’empreinte économique du secteur mode en France. Avec près de 200 000 emplois directs et un chiffre d’affaires de 53 milliards d’euros, le secteur génère au total 284 000 emplois et 92 milliards d’activité. Chaque euro dépensé en magasin réinjecte trois quarts de sa valeur dans l’économie nationale.
Le commerce du prêt-à-porter pèse 284 000 emplois et 92 milliards d’euros

Le commerce de mode emploie plus que l'aéronautique, les assurances ou l'automobile. Ce constat, tiré d'une étude Xerfi publiée par l'Alliance du Commerce, bouscule l'image d'un secteur souvent perçu comme secondaire dans le paysage économique français. Pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 198 510 salariés en emploi direct fin 2025, soit près d'un salarié sur cinq du commerce de détail non alimentaire, et 22 % de la valeur ajoutée du secteur. Un poids économique qui dépasse celui de l'industrie aéronautique, ferroviaire et navale réunies (193 700 emplois), des assurances (169 000) et de l'automobile (161 000).
L'intérêt de cette étude réside moins dans la célébration d'un secteur que dans la méthode employée. Xerfi a croisé les données de l'URSSAF, de l'INSEE, de la DARES et de l'AGIRC-ARRCO avec l'analyse financière d'entreprises représentatives. L'objectif affiché est de mesurer non seulement l'activité directe, mais aussi les effets indirects et induits sur l'ensemble de l'économie. Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de compter les vendeurs en magasin, mais de suivre la chaîne de valeur jusqu'aux grossistes, transporteurs, agences de marketing, services informatiques et propriétaires de locaux commerciaux.
Trois quarts de chaque euro réinjectés dans l'économie française
Le résultat est instructif. Pour 100 euros dépensés en magasin, près de 75 euros sont réinjectés dans l'économie nationale. Ce multiplicateur économique se traduit par 85 000 emplois indirects et induits : 21 230 dans l'amont de la filière (grossistes et fabricants installés en France), 17 950 dans l'immobilier commercial, 13 000 dans le marketing, l'IT et les services supports, 10 390 dans la logistique et le transport. Au total, chaque emploi direct génère 1,43 emploi dans l'économie. Un effet d'entraînement qui porte le chiffre d'affaires global à 92 milliards d'euros, contre 53 milliards en activité directe.
Ces chiffres éclairent une réalité souvent négligée dans le débat public : le commerce physique n'est pas qu'une simple interface entre un produit et un consommateur. Il structure un écosystème économique dense, où se croisent des métiers aussi variés que la manutention, la gestion immobilière, le conseil en stratégie digitale ou la fabrication textile. Reste que cette interdépendance comporte aussi son revers : toute fragilisation du commerce de détail se répercute mécaniquement sur l'ensemble de la chaîne.
Un ancrage territorial inégalement réparti mais réel
L'étude met en avant l'implantation territoriale du secteur. 80 % des magasins, 68,5 % des salariés et 65 % du chiffre d'affaires se situent hors Île-de-France. L'Auvergne-Rhône-Alpes (21 230 emplois, 5,58 milliards de chiffre d'affaires), la Provence-Alpes-Côte d'Azur (18 320 emplois, 5,07 milliards) et les Hauts-de-France (14 280 emplois, 3,68 milliards) figurent parmi les régions les plus ancrées. Le communiqué cite des enseignes nées en région : Groupe Beaumanoir, Chaussea, Eram, Kiabi, Orchestra, Saint James.
Plus de 30 % des points de vente se trouvent dans des villes moyennes de 20 000 à 100 000 habitants, une proportion supérieure à celle du commerce non alimentaire dans son ensemble. En apparence, cette répartition témoigne d'une vitalité commerciale en dehors des métropoles. En réalité, elle reflète aussi la dépendance de nombreux centres-villes à un modèle commercial fragilisé par la concurrence en ligne, la hausse des loyers et la baisse de fréquentation. Le commerce de mode joue un rôle de locomotive dans ces territoires, mais cette fonction repose sur un équilibre de plus en plus précaire.
Un secteur ouvert aux jeunes
Le communiqué insiste sur la fonction d'insertion du secteur. Deux tiers des nouvelles embauches en CDI concernaient en 2025 des personnes en CDD, en apprentissage ou sans emploi. L'âge médian des salariés est de 25 ans dans l'habillement et la chaussure. Le secteur a accueilli 12 000 apprentis en 2025, dont 45 % restent dans la branche trois ans après leur entrée en formation.
Sept milliards de contribution fiscale
L'étude chiffre à 7 milliards d'euros la contribution fiscale annuelle du secteur : cotisations sociales (patronales et salariales), fiscalité locale, impôt sur les sociétés, droits de douane, impôt sur le revenu des salariés. Un montant qui place le commerce de mode parmi les contributeurs significatifs aux finances publiques.
Bernard Cherqui, président de l'Alliance du Commerce, appelle à « créer les conditions permettant aux commerces de mode de continuer à investir, recruter et faire vivre durablement nos territoires ». Le message est clair : le secteur attend des pouvoirs publics un soutien accru. Mais quelles conditions, précisément ? Baisse de la fiscalité locale ? Régulation de la concurrence en ligne ? Encadrement des loyers commerciaux ? Soutien à la formation ? Jérémy Robiolle, directeur du développement de Xerfi, souligne que « pour chaque euro dépensé en magasin, les trois quarts sont réinjectés dans l'économie française ».