Le Comité de suivi des retraites tire la sonnette d'alarme et réclame, une nouvelle fois, de désindexer les pensions jusqu'en 2030. Une piste qui revient à faire payer les retraités plutôt qu'à s'attaquer au vrai problème : une dépense publique hors de contrôle. Il est temps d'ouvrir les yeux.
14 %
C'est la part des retraites dans le PIB français — la plus élevée de l'Union européenne, loin devant l'Allemagne (10 %) ou les Pays-Bas (7 %).
La désindexation : une taxe déguisée sur ceux qui ont cotisé toute leur vie
Le Comité de suivi des retraites est une instance sérieuse, composée d'experts compétents. Mais sa proposition phare — ne pas revaloriser les pensions sur l'inflation jusqu'en 2030 — mérite qu'on l'appelle par son vrai nom : une ponction déguisée sur le pouvoir d'achat des retraités. Autrement dit, une taxe.
Concrètement, si l'inflation tourne autour de 2 % par an jusqu'en 2030, un retraité touchant 1 500 euros par mois perdrait l'équivalent de près de 150 euros de pouvoir d'achat annuel à horizon 2030. Multiplié par les 17 millions de retraités français, on comprend l'ampleur du sacrifice demandé.
Je ne dis pas que le système des retraites n'a pas de problème. Il en a. La situation est même, selon les propres mots du Comité, « alarmante ». Mais pointer systématiquement vers les bénéficiaires du système en leur demandant de serrer la ceinture, sans jamais questionner sérieusement le niveau de dépenses de l'État, c'est soigner le symptôme en aggravant la maladie.
Les retraités d'aujourd'hui ont cotisé pendant 40 ans sur la promesse d'une pension indexée. Revenir sur cet engagement, c'est une forme de défaut. Discret, politiquement pratique, mais réel.
La vraie question : pourquoi coûtons-nous si cher ?
Force est de constater que la France dépense plus pour ses retraites que n'importe quel autre pays comparable. 14 % du PIB, contre 10 % en Allemagne et à peine 7 % aux Pays-Bas. L'écart n'est pas une fatalité : il est le résultat de décennies de promesses non financées, de régimes spéciaux jalousement préservés et d'un âge légal de départ longtemps maintenu sous la pression de la rue plutôt que dicté par la logique démographique.
La réforme de 2023 a relevé l'âge de départ à 64 ans — avec les difficultés que l'on sait — mais elle n'a pas touché à l'essentiel : la structure même d'un système à 42 régimes différents, avec ses règles byzantines, ses avantages catégoriels et ses coûts de gestion faramineux.
Pendant ce temps, nos voisins allemands ont simplifié, nos voisins néerlandais ont capitalisé. Résultat : leurs systèmes sont plus robustes, leurs cotisants moins écrasés, et personne ne parle de désindexer les pensions.
Ce qu'on ne veut pas entendre, mais qui s'impose
La vérité que personne ne veut dire dans les cercles officiels, c'est que la France a un problème de dépenses, pas seulement de recettes. Chaque fois que les experts proposent de « faire des économies », c'est vers les bénéficiaires qu'ils se tournent — retraités, malades, allocataires — jamais vers la machine administrative elle-même.
Pourtant, l'État français emploie 5,7 millions de fonctionnaires. La Suisse, avec un niveau de service public objectivement supérieur, en emploie proportionnellement deux fois moins. Ce n'est pas une question de moyens, c'est une question d'efficacité.
Brider les pensions sans réformer l'État, c'est vider la baignoire avec une petite cuillère pendant qu'on laisse le robinet grand ouvert. Nos retraités méritent mieux que d'être les variables d'ajustement d'un système que les politiques n'ont pas le courage de réformer en profondeur.
La prochaine fois qu'un expert vous expliquera qu'il faut « faire des efforts », demandez-lui d'abord combien de pages compte le code des pensions civiles. La réponse vous donnera une idée du chantier qui reste à ouvrir.
